Comment je vois le monde
La Question du Désarmement
Point n'est besoin d'ajouter davantage : la Conférence du désarmement représente aussi bien pour vous que pour nous la dernière occasion de nous garantir ce que l'humanité civilisée a produit. Les regards et les espoirs se tournent vers vous qui êtes les plus puissants et relativement en meilleure santé.
LA QUESTION DU DÉSARMEMENT
Mein Weltbild, Amsterdam: Querido Verlag, 1934.
La réalisation du plan de désarmement est devenue particulièrement difficile du fait qu'en général on ne s'est pas rendu compte de la plus grande difficulté du problème. La plupart des buts ne sont abordés qu'à petits pas ; imaginez-vous, par exemple, la substitution de la démocratie à la monarchie absolue. Mais dans notre cas nous poursuivons un but qui ne peut pas se réaliser progressivement à petits pas.
Tant que toute possibilité de guerre ne sera pas supprimée, les nations ne se laisseront pas enlever leur droit de se préparer militairement le mieux possible, de manière à pouvoir se trouver vainqueurs à la prochaine guerre. On ne pourra pas non plus se dispenser d'élever la jeunesse dans des traditions guerrières, de cultiver l'étroite vanité nationale conjointement avec la glorification du sentiment guerrier, tant qu'il faudra compter devoir faire usage de ce sentiment des citoyens en faveur du règlement de comptes par les armes. Armer, cela signifie affirmer et préparer, non pas la paix, mais la guerre.
Il ne faut donc pas désarmer à petits pas, mais tout d'un coup, ou bien pas du tout.
La réalisation d'une modification aussi profonde de la vie des peuples suppose une puissante tension morale, un détachement conscient de traditions fortement enracinées.