Comment je vois le monde
Deuxième Partie : Politique, Gouvernement et Pacifisme
DEUXIÈME PARTIE : POLITIQUE, GOUVERNEMENT ET
PACIFISME
OceanofPDF.com
L'INTERNATIONALE DE LA SCIENCE
Écrit peu de temps après la Première Guerre mondiale. Paru dans Mein Weltbild, Amsterdam: Querido Verlag, 1934.
Lorsque, pendant la guerre, l'aveuglement national et politique avait atteint son maximum, Émile Fischer, le chimiste fameux, au cours d'une séance de l'Académie, avait prononcé avec énergie les paroles suivantes : " Vous n'y pouvez rien, messieurs, la Science est et demeure internationale. " Cela, les grands parmi les savants l'ont toujours su et senti passionnément, même si aux époques de complications politiques ils restaient isolés au milieu de leurs collègues de petite envergure. Cette foule de ceux qui disposent du droit de vote a pendant la guerre et dans tous les camps, trahi le bien sacré qui leur avait été confié. L'Association internationale des Académies a été dissoute. Les congrès ont été et sont encore organisés en maintenant l'exclusion des collègues des pays qui étaient du côté adverse. Des considérations politiques, présentées avec des airs importants, empêchent les points de vue purement objectifs de triompher, ce qui est pourtant indispensable pour réaliser des buts élevés.
Que peuvent faire les hommes de bonne volonté, ceux qui ne se laissent pas aller aux tentations passionnées du moment pour reconquérir ce qui a été perdu ? Les congrès vraiment internationaux de grande envergure ne peuvent pas encore, en raison de l'excitation présente, comprendre la majorité des travailleurs intellectuels, et les résistances d'ordre psychologique qui s'opposent au rétablissement des associations scientifiques internationales sont encore trop puissantes pour pouvoir être renversées par la minorité qui est imbue de points de vue et de sentiments au-dessus de ces contingences. Ceux qui font partie de cette minorité peuvent contribuer au rétablissement des communautés internationales en entretenant des relations étroites avec les savants des autres pays qui pensent comme eux et en intervenant avec persistance, dans leur propre, cercle d'action, en faveur des intérêts internationaux. Le succès en grand se fait attendre, mais il viendra sûrement. Je ne veux pas laisser échapper cette occasion sans faire ressortir, avec grande satisfaction, le fait qu'en particulier un grand nombre de collègues anglais ont manifesté activement, pendant toutes ces années pénibles, des aspirations vers le maintien de la communauté intellectuelle.