Dépasser Darwin
— Darwinisme : ne pas en faire une nouvelle religion
• Les parents transmettent à leur descendance ces modifications acquises
L'idée que la transmission des caractères se fait exclusivement de façon verticale, de parent à enfant, et ce à partir d'un ancêtre commun, ne tient plus du tout la route face aux découvertes de ces dix dernières années qui indiquent que les gènes s'échangent allègrement en permanence tout autour de la planète. En revanche, on peut effectivement parler de cousinage entre les vivants. En cela, Darwin avait raison. De même qu'il faut lui reconnaître la justesse de ses intuitions quand il avance que les espèces ne sont pas figées et qu'elles luttent pour la domination de leurs écosystèmes.
Darwinisme : ne pas en faire une nouvelle religion
Darwin a beaucoup apporté à la science à un moment donné, son analyse est tout à fait intéressante replacée dans son contexte (idem par exemple pour le marxisme ou la psychanalyse), mais il faut se garder d'en faire une nouvelle religion.
Les scientifiques ne sont pas des croyants. Par nature, ils sont des renégats.
Ils sont amenés à changer d'opinion en fonction de l'apparition de faits nouveaux.
« C'est évident » ou « ça tombe sous le sens » sont des assertions parfaitement antiscientifiques. En science, il y a ce que l'on connaît et ce que l'on ne connaît pas. Tant que les choses ne sont pas vérifiées, démontrées, on peut toujours avoir une opinion mais il faut se garder de la présenter comme une vérité révélée.
Si j'ai pu constater quelque chose au cours de ma carrière, c'est que, lorsqu'on parle de ce que l'on ne connaît pas, on se trompe toujours. Quand je donnais des cours il y a quelques années, je parlais de la prolifération des chats et de la disparition inéluctable des tigres dans le monde. Je connaissais mal le sujet et je ne savais pas que le hobby des classes aisées américaines était la possession de tigres d'appartement. Avec plusieurs milliers de leurs congénères vivant sous des toits américains, les tigres n'étaient pas si menacés que je le croyais et l'enseignais. Les chats, en revanche, stérilisés en masse par des sociétés protectrices d'animaux, ont peut-être un avenir moins prolifique que celui que je leur prédisais.
La leçon que j'en ai tirée est qu'il ne faut pas parler de ce que l'on ignore et qu'il ne faut pas se hasarder à prédire l'avenir.
Un exemple récent de cette impossibilité à prévoir l'avenir d'une espèce ou l'avenir tout court ? La panique autour de la grippe H1N1 est venue nous rappeler que nous ne sommes pas à l'abri des événements stochastiques que sont les épidémies.
Ces épidémies, d'ailleurs, ne sont rien d'autre que le résultat de la stratégie de survie et de prolifération d'espèces microbiologiques dont, comme nous allons le voir, nous pouvons, par nos comportements, assurer le succès. Nous pouvons, en fait, agir assez puissamment sur l'évolution des espèces (plantes, animaux, microbes). L'homme vit dans des écosystèmes, visibles et microscopiques, qu'il modifie profondément (concentrations urbaines, déplacements, guerres, nouveaux loisirs...), pas toujours à son avantage.
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