Dépasser Darwin
— Obésité : la diversité bactériologique en question
En étudiant la flore intestinale des minces et des obèses, on s'aperçoit que la flore de ces derniers est considérablement appauvrie (pas en nombre total de bactéries mais en diversité, en variété).
Chez un homme lambda, la flore se constitue à 80 % de bactéries Firmicutes et à 20 % de bactéries Bacteroidetes. Chez un obèse, on ne retrouve plus que 5 % de Bacteroidetes, alors que ce sont elles qui fournissent le plus grand nombre d'enzymes facilitant la digestion.
L'idée initiale des études menées il y a quelques années par le Dr Jeffrey Gordon sur ces bactéries était de démontrer que les personnes obèses avaient plus d'enzymes pour digérer et convertissaient mieux les aliments en calories.
Elles devaient donc présenter une flore intestinale plus riche, plus variée. Le résultat des études a démontré exactement l'inverse.
La variation du rapport Firmicutes/Bacteroidetes est donc fortement liée à la prise de poids. Mais restait à déterminer si cette différence de flore était la cause ou la conséquence de l'obésité. Pour le savoir, l'équipe de Jeffrey Gordon a donc fait suivre des volontaires obèses ayant des régimes basses calories ou des régimes sans hydrates de carbone. Au bout de deux ans, les obèses ayant bien suivi leur régime avaient une flore plus variée, redevenue proche de celle des minces. Cette expérience tend à prouver que l'alimentation détermine la composition du microbiote intestinal. Là où les choses se compliquent, c'est qu'une autre expérience, menée sur des souris, indique... l'inverse ! À des souris élevées dans un environnement stérile (et donc sans flore microbienne), Jeffrey Gordon a transféré, greffé pourrait-on dire, un microbiote d'obèse ou un microbiote de mince. Résultat : les souris auxquelles avait été transféré le microbiote d'obèse sont devenues obèses ; les autres sont restées minces.