Dépasser Darwin

Didier Raoult · Chapitre 41 sur 52

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Dépasser Darwin

— Les temps de la science : création, académisation, momification

Les temps de la science :

création, académisation, momification

Avec l'exploration de ces terra incognita, la microbiologie vit ce qu'a pu vivre la marine aux XVe et XVIe siècles quand elle découvrait des continents.

Cette période de découvertes tous azimuts entraîne immanquablement son cortège de tensions et d'amertume. Certains, comme dans les grandes compétitions sportives, sont contraints à se retirer de la course. La période étant aventureuse, la compétition est rude.

Devant le foisonnement de nouveautés, il devient plus que difficile d'en faire la synthèse, sans compter que, d'année en année, les choses s'accélèrent. Si, actuellement, séquencer un génome humain coûte environ dix mille dollars, cela signifie que dans quelques années nous aurons séquencé des dizaines de milliers de génomes humains. L'heure sera alors à la méta-analyse de ce séquençage, et qui peut dire ce qu'il en sortira ? Qui sait ce que nous allons trouver ?

Une fois encore, et c'est Kuhn qui a bien développé cette idée, tout cela est une affaire de cycles. La création de nouveaux outils, à mon sens, précède et favorise les révolutions scientifiques et artistiques. À une période d'intense création succède une période de développement de ces nouveautés, suivie d'une académisation (pour ne pas dire dogmatisation, momification, sclérose) de la discipline.

Si j'ai pu entendre dans certains médias que la science actuellement patinait, n'avançait plus, c'est en fait que nous vivons dans une société d'enfants gâtés qui veut tout, tout de suite. Le problème, au contraire, viendrait plutôt d'une avancée trop rapide. En effet, songez à quel point l'espérance de vie a augmenté ces dernières années ! Les problèmes de nos sociétés — déficit de la sécurité sociale et batailles sur l'âge de la retraite en tête — viendraient plutôt de l'efficacité de la médecine sur la qualité et la durée de vie. Les gens n'ont pas de mémoire et oublient qu'il y a peu de temps les femmes mouraient en couches, le taux de mortalité infantile était effrayant et les épidémies faisaient des ravages. Trop habitués à l'augmentation faramineuse de l'espérance de vie (qui n'a finalement guère plus d'un siècle), ils voudraient, en fait, ne jamais mourir et rester toujours jeunes. Il faut rendre à la science sa juste place. Ni magique ni incompétente. L'écrivain Georges Bernanos disait déjà dans la première moitié du XXe siècle : « La science ne saurait être rendue responsable de l'illusion des imbéciles qui prétendent, on ne sait pourquoi, qu'elle doit assurer leur bonheur. »