Dépasser Darwin

Didier Raoult · Chapitre 38 sur 52

Pages du PDF

Dépasser Darwin

— Neutralité : le pays où l'on n'arrive jamais

Imaginons que, pour valider le résultat d'une expérience, il faille la répéter trois ou quatre fois. Si une des tentatives ne donne pas le résultat escompté, le chercheur aura spontanément tendance à vérifier la validité de l'expérience pour cette tentative décevante mais pas pour les autres.

Rien n'étant jamais parfait, il trouvera presque toujours des raisons (méthodologiques, techniques, etc.) justifiant que ce résultat, qui ne va pas dans son sens, soit écarté du résultat final. Pas de malhonnêteté dans cette démarche, juste une tendance naturelle à écarter ce qui ne correspond pas à nos attentes. De toute façon, les résultats sont toujours peu ou prou biaisés (au moins par le « biais d'observations »). Il n'y a pas de résultat neutre, cela n'existe pas.

C'est la raison pour laquelle j'estime qu'il faut au moins deux équipes de chercheurs, travaillant sur le même sujet mais indépendantes l'une de l'autre, pour qu'une conclusion (analysée enfin par une troisième équipe) soit considérée comme crédible. Avant de la valider, il faut que ces deux équipes trouvent la même chose avec des résultats significatifs sur des chiffres conséquents et non sur des résultats susceptibles de quantité d'interprétations. Pour moi, la science n'est pas subtile, elle ne doit pas l'être. Les finasseries, les arguties et querelles jésuitiques sur d'infimes pourcentages ne sont pas notre affaire ; elles laissent trop la part belle aux errements de l'interprétation subjective.

Pendant des décennies, dans ma discipline, les maladies infectieuses, la méthode dominante de recherche était la vérification de l'hypothèse. En somme, le chercheur fonctionnait ainsi : « Je pense savoir assez de choses pour avoir une opinion. Cette opinion, je la formule, et je vais réunir les conditions pour permettre de démontrer que j'ai raison. » Alors, bien sûr, c'est la base de notre métier, le chercheur va mettre des témoins (négatifs et positifs), mais jamais assez finalement pour contrebalancer le fait qu'il a monté cette expérience à seule fin de prouver qu'il avait raison.