Dépasser Darwin
— Ne pas insulter l'avenir
Parmi les archaea, on trouve des bactéries très importantes, les méthanogènes, qui transforment les ions acides en méthane. Plus simplement, ces habitants de notre tube digestif sont responsables de nos émissions de gaz, les nôtres et ceux de tous les mammifères. Les ruminants, surtout, en produisent en grande quantité. Au point qu'on sait maintenant que les troupeaux ont plus de responsabilité dans l'émission des gaz à effet de serre que toutes les énergies fossiles brûlées par nos voitures ! Un certain nombre d'écologistes militent d'ailleurs maintenant pour que nous devenions végétariens. Les archaea méthanogènes nous sont cependant très utiles puisqu'ils nous aident à digérer. Sans eux, notre intestin serait nettement trop acide. L'abattage massif des troupeaux que préconisent certains écologistes radicaux ne me semble pas une bonne solution. La peur est mauvaise conseillère. Je crois plutôt — une fois encore sans faire de la science un nouveau dogme — que l'homme a la capacité de trouver des solutions par l'innovation. Ceux qui pourfendent les OGM oublient que l'agriculture en fait depuis des siècles en croisant les espèces : maïs, tomates, riz, etc. Les chiens de berger, les chiens de garde ? Des espèces créées par l'homme ; idem pour les chiens d'appartement destinés à tenir compagnie aux personnes âgées. Une partie de notre pharmacie ? Des espèces de bactéries créées par l'homme. Les OGM, boucs émissaires de toutes les angoisses futuristes, pourraient même servir la cause des nostalgiques du passé. Lors de l'épidémie de phylloxera qui a ravagé les vignes européennes dans le derniers tiers du XIXe siècle, les viticulteurs ont fini par trouver la parade en créant des hybrides entre des plants français et des plants importés d'Amérique, spécialement sélectionnés pour leur résistance au phylloxera. L'échange génétique a permis, dans ces conditions, de conserver, en partie, le goût des vignes françaises et de les doter de la résistance des vignes américaines. Il est possible qu'un jour on propose de créer des organismes génétiquement modifiés basés sur les plans français non greffés auxquels on aura rajouté un gène de résistance au philloxera, ce qui permettra de retrouver pleinement le goût des vins du XIXe siècle.