Dépasser Darwin
— « La meilleure façon de prédire l'avenir, c'est de le créer »
Cette créativité permanente des gènes se double d'une créativité permanente des organismes dont les répertoires génomiques se recomposent. Seul le temps triera ce qui survit et ce qui ne survit pas dans la niche écologique où sont apparus ces organismes.
« La meilleure façon de prédire l'avenir, c'est de le créer{39}»
Cela peut paraître une évidence mais, répétons-le : Tout change, tout le temps. À titre d'exemple, il y a fort à parier que les nouveaux modes de contamination ne ressembleront pas aux anciens.
Dans l'explosion des maladies infectieuses, la source majeure des pathogènes a été le péril fécal, la contamination de l'eau dès que les hommes ont commencé à vivre dans un village et à déféquer à proximité de l'endroit où ils buvaient.
Cette période est en train de régresser de manière spectaculaire, même si elle persiste dans les pays les plus pauvres. La source de nos contaminations sera donc moins l'eau que nous buvons localement, ou les aliments que nous mangerons localement, que ce que nous importerons et consommerons comme aliments industrialisés.
Nos nouveaux modes de consommation et de production assurent en effet un succès mondial à certains agents pathogènes : par exemple les hamburgers que contaminent souvent une bactérie Escherichia coli; les poulets élevés en batterie qui donnent des infections urinaires à Escherichia coli, etc.
Par ailleurs, l'utilisation d'aliments fermentés tend aussi à homogénéiser les compositions microbiennes des populations humaines tout autour du monde.
Cette contamination et cette colonisation massive par certaines espèces de microbes sont un volet non négligeable du changement des écosystèmes.
Les choses changeront pour nous aussi.
L'homme est à la fois une mosaïque et un écosystème. Pour chaque homme, chaque cellule considérée comme étant humaine est associée à cent bactéries, dix archaea et mille virus qui constituent en soi un écosystème extrêmement abondant. À l'intérieur même de nos cellules, pour des gènes qui verticalement semblent remonter aux eucaryotes, nous avons aussi des gènes qui sont originaires de bactéries (c'est ce qui permet la respiration de la cellule) ainsi que des gènes d'archaea et de nombreux gènes viraux, y compris certains acquis récemment.
L'homme n'est pas le fruit d'une création unique mais l'objet de synthèses multiples d'organismes d'origines extrêmement différentes ; il continue à intégrer des gènes d'origine externe, en particulier venant de virus. La manipulation génétique de l'homme s'est toujours faite de façon naturelle, et cela sans que nous en prenions conscience. La manipulation génétique des êtres vivants par l'homme, elle aussi, a commencé il y a fort longtemps.
Elle joue maintenant un rôle de plus en plus important (agriculture, médecine), et quoi qu'on en pense et quoi qu'on en fasse, s'il n'y a pas de destruction de nos capacités scientifiques, il paraît clair que nous manipulerons de plus en plus nos propres organismes pour les rendre plus résistants et pour les adapter au monde comme nous avons modifié notre environnement.
Nous modifierons aussi les organismes de notre environnement pour pouvoir nous le rendre plus favorable.
C'est bien là notre avenir.
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