Dépasser Darwin

Didier Raoult · Chapitre 28 sur 52

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Dépasser Darwin

Le déséquilibre microbien : quand la maladie survient

Le déséquilibre microbien :

quand la maladie survient

Dans le monde du visible, les organismes et organisations se livrent une lutte pour la conquête du territoire. Les nations campent sur leurs frontières et de temps à autre lorgnent de l'autre côté ; les entreprises se disputent âprement des parts de marché ; les espèces se supplantent l'une l'autre. Il en va de même dans le monde microscopique.

Notre organisme abrite des dizaines de milliers d'autres organismes. Pour se tailler une place, non pas au soleil en l'occurrence mais au chaud, ils doivent souvent lutter les uns contre les autres.

Avec les antibiotiques naturels, les hommes ont su mettre à profit cette lutte des micro-organismes entre eux. La pénicilline n'est rien d'autre que le produit d'un champignon assez commun qui sécrète des produits toxiques pour empêcher les bactéries de s'implanter.

Les bactéries se tuent les unes les autres mais aussi peuvent s'encourager mutuellement.

Elles jouent entre elles le rôle de sergent recruteur via des estafettes, des molécules appelées Quorum Sensing. En ce cas, elles s'envoient des messages disant en substance : « Ici c'est un bon endroit pour se multiplier. L'accueil est bon, la nourriture abondante et la concurrence peu féroce. Venez me rejoindre ! » La communication des micro-organismes est très complexe et ces mêmes molécules Quorum Sensing peuvent aussi collaborer à des visées nettement plus inamicales. Elles peuvent en effet servir à stimuler un virus présent au sein d'une bactérie afin de réduire la population des bactéries présentes.

Ce faisant, elles permettent une redistribution massive des gènes des bactéries qui infectent ces virus et participent à la création de bactéries plus résistantes.

Une maladie infectieuse traduit un déséquilibre entre un micro-organisme et son hôte.

La plupart du temps, nous vivons en bonne intelligence avec les milliers de micro-organismes qui vivent dans notre tube digestif, sur notre peau, etc. La prolifération d'une bactérie peut finir par tuer son hôte. Toutefois, le microorganisme n'est pas intelligent, il n'a pas de stratégie machiavélique. Contrairement à ce que laissent imaginer les images utilisées dans certaines campagnes de sensibilisation, il ne réfléchit pas dans sa petite tête de virus sournois au meilleur moyen de vous attaquer, le couteau entre les dents, pour mieux vous rendre malade. Comme disait Henri Michaux : « Le microbe, lui, n'a pas le temps d'examiner le biologiste. » Tout ce qu'il veut, c'est se multiplier. S'il finit par tuer l'écosystème dans lequel il se répand, tant pis pour l'hôte et tant pis pour son encombrant invité. Le microbe n'était pas adapté à son environnement ; c'est là le principe même de l'évolution. Vae victis !

De la même manière, lorsque, ici ou là, nous saccageons notre planète, ce n'est pas par haine de cette planète, c'est pour satisfaire un besoin à court terme. Le comportement des micro-organismes n'est pas plus délibérément destructeur ou suicidaire que le nôtre.

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