Dépasser Darwin

Didier Raoult · Chapitre 44 sur 52

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Dépasser Darwin

— « Ce que je sais, c'est que je ne sais rien... ou pas grand-chose »

Il y a quinze ans, ce sont deux mille bactéries qui étaient identifiées. Aujourd'hui, nous en connaissons plus de dix mille. Demain, nous nous attendons à en distinguer au moins cent cinquante mille. Nous en saurons donc beaucoup plus que dix ans plus tôt, mais on pourra encore moins en tirer de conclusions explicatives. Plus nous apprenons, plus nous mesurons l'étendue de ce qui nous reste à apprendre. Le chercheur qui tente de pénétrer les mystères du vivant doit renoncer à trois illusions :

• Les choses sont simples : nous vivons dans des écosystèmes complexes composés de chimères. Nous sommes nous-mêmes des chimères.

• Les choses sont stables : depuis Héraclite, on sait que ce n'est pas vrai — « Ceux qui descendent dans les mêmes fleuves surviennent

toujours d'autres et d'autres eaux{25}. » La création est permanente, les écosystèmes sont mouvants.

• Les choses sont accessibles par la connaissance : on en sait beaucoup plus qu'il y a quelques années, infiniment moins que dans les années qui viennent.

Loin d'être décourageants pour le chercheur que je suis, ces constats montrent à quel point la science reste une aventure pleine de promesses pour qui a su garder un esprit curieux. Quand je me suis penché sur le plus gros virus au monde découvert dans mon laboratoire, Mimivirus, c'est à peu près avec le même esprit que celui de l'enfant qui démonte le jouet qu'il a reçu à Noël. L'envie de savoir ce qui se cache dedans. Et il se cache et se cachera toujours beaucoup plus qu'on ne peut l'imaginer.

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