Dépasser Darwin
— L'obésité est contagieuse
Cette vision des microbes médicaments, des « gentils » microbes, relève en partie pour moi de la vision « Blanche‐Neige » de la nature relayée par le marketing bio. D'une part, nous aurions les médicaments issus de l'industrie pharmaceutique, des produits chimiques donc, et en tant que tels forcément suspects. D'autre part, voici les microbes, des organismes vivants issus de la fermentation, donc labellisés « naturels » et inoffensifs.
Les microbes en soi ne sont ni bons ni mauvais. Ils sont en revanche beaucoup plus complexes et malaisés à connaître que les produits chimiques.
Une tendance passéiste assez à la mode voudrait que la nature soit bonne par principe. La nature, la science l'a en partie domptée pour l'empêcher de nous tuer ! Il me souvient avoir entendu parler de randonneurs qui, dans un parc naturel, avaient consommé des champignons trouvés sur place et en étaient morts. Ils ont été, à mon avis, victimes d'une sorte de fantasme qui fait de la nature un Eden bienveillant et de la science le grand méchant loup perturbateur de ce paradis originel. Il s'agit là d'un écologisme naïf et finalement dangereux pour ses adeptes. Moi-même spécialiste des écosystèmes, je suis ce que l'on peut appeler un écologiste. Mais je ne prête pas à la nature des intentions bienveillantes. Je la connais trop bien.
L'obésité est contagieuse
La qualité de l'alimentation, la nature des bactéries de notre flore intestinale mais aussi leurs interactions jouent un rôle dans l'obésité, sans oublier le facteur génétique. Reste que, pour l'instant, la meilleure parade trouvée à l'obésité, ce sont les femmes françaises qui la pratiquent le mieux : se peser quotidiennement. La balance entre l'entrée et la dépense de calories est à gérer très régulièrement. Il suffit en effet de prendre un kilo par an, soit moins de trente grammes par jour, pour devenir obèse en quelques années. On constate aussi, sans que vienne pour l'instant l'expliquer une théorie scientifique, que l'obésité est contagieuse. Avoir un proche obèse multiplie les chances de le devenir. Faut-il imputer à cette contamination des causes alimentaires (repas pris en commun), sociologiques (dérive progressive des normes corporelles), psychologiques (imitation), microbiennes (dérèglement de l'écosystème intestinal) ? Nul ne le sait. Quoi qu'il en soit, l'obésité est transmissible. Nous sommes même maintenant confrontés à une véritable pandémie et nous ne pouvons plus nous satisfaire des explications fournies jusqu'ici : alimentation trop calorique et sédentarisation. En d'autres termes, on ne peut plus se contenter d'incriminer le pop-corn devant la télévision. En effet, les Américains n'ont pas changé leurs habitudes alimentaires depuis une trentaine d'années. Ils n'ont pas non plus modifié leur pratique du sport. Pendant ce temps-là, la courbe de croissance de l'obésité, elle, ne cessait de grimper de façon vertigineuse. Qu'on le veuille ou non, l'alimentation n'est pas seule en cause. La génétique non plus ne saurait répondre entièrement à cette problématique. Une communauté chinoise, dont une partie s'est expatriée en Californie, a été étudiée sous l'angle de la prise de poids. Tous les membres de la famille installés en Californie ont grossi plus que ceux restés en Chine ! L'obésité est donc bien, d'une manière ou d'une autre, transmissible. C'est une véritable épidémie.
Il existe par ailleurs des travaux suggérant qu'un virus adénovirus serait associé chez l'homme à l'obésité. Il peut en tout cas rendre les souris obèses.
OceanofPDF.com