Échapper aux manipulateurs

Echapper aux manipulateurs · Chapitre 20 sur 81

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Échapper aux manipulateurs

Le climat de danger permanent

– Peur d’être pris pour quelqu'un d’égoïste, d’incompétent, de méchant, etc.

– Peur de déplaire, de faire de la peine ou de blesser,

– Peur de ne plus être aimé, d’être abandonné ou rejeté. L’être humain est un animal tribal pour qui la simple idée de perdre le soutien et l’affection de ceux qu’il aime devient vite insupportable. La peur d’être abandonné figure donc parmi les angoisses les plus puissantes, les plus envahissantes et les plus faciles à déclencher.

Le climat de danger permanent

C’est affreux

Il existe un jeu psychologique appelé « c’est affreux » (cf. bibliographie Victime, bourreau ou sauveur, comment sortir du piège ?) qui consiste à se plaindre de tout, tout le temps en dramatisant le moindre incident. Les manipulateurs jouent à ce jeu de façon exacerbée car ils ont une attirance particulière pour les catastrophes, les drames et les accidents. Cela vient en partie de la dramatisation théâtrale dont nous avons déjà parlé, et en partie de cette prédilection pour le malheur. Très cancaniers, ils racontent les ennuis des autres avec une volupté clairement perceptible : c’est toute leur méchanceté qui transparaît dans cette jubilation. Le jour où le drame est réellement là, ils ne sont plus concernés. Leur attitude est froide et détachée, leurs réflexions aberrantes de bêtise, de manque d’empathie et de cruauté.

L’oiseau de mauvais augure

Les manipulateurs détestent les projets positifs. Alors, ils éprouvent une joie mauvaise à doucher l’enthousiasme des naïfs, à torpiller leur optimisme et à saccager leurs espoirs. Ils essayeront toujours de démolir la motivation et le dynamisme de ceux qui osent croire en l’avenir. Au besoin, ils n’hésiteront pas à vous affirmer qu'un jour vous serez vieux, sénile, à l’hospice, alors tant d’agitation pour ce résultat... Leur discours est toujours venimeux, inquiétant. Il va se passer des choses très graves ! Ils ne vous diront jamais quoi exactement, mais vous assurent que vous regretterez de ne pas les avoir écoutés.

Place au danger

Dans Parents immatures et enfants-adultes, l’auteur Gisèle Harrus-Révidi souligne un trait particulièrement troublant chez ces parents manipulateurs. Ils fantasment la mort de leurs enfants et « laissent sa place au danger ». C'est-à-dire qu’au-delà d’un manque de protection et de surveillance déjà remarquable et directement imputable à leur immaturité, ils organisent de véritables mises en danger avec le secret espoir de voir se réaliser ce drame qu’ils semblent perpétuellement attendre. J’ai ainsi eu en consultation une dame qui pratiquait souvent la voile en famille. Son mari refusait d’attacher leurs enfants, pourtant très jeunes lorsqu’ils étaient sur le pont du bateau. Il prétendait les surveiller, mais n’en faisait manifestement rien. Quand cette femme, captant le risque, paniquait et s’énervait, il niait froidement le danger et lui renvoyait d’elle-même une image de mère maladivement anxieuse et abusivement surprotectrice, jusqu’à la faire douter du bien-fondé de son inquiétude. C’est dans mon bureau qu’elle a repris contact avec les réalités : oui un enfant très jeune sur un bateau court réellement le danger de passer par-dessus bord et doit être attaché pour sa sécurité.

Une autre cliente m’a raconté que son mari, s’étant énervé à table, a lancé un lourd saladier de verre à travers la pièce. Le saladier est passé tout près de la tête de leur fils qui était dans sa chaise haute et est allé se fracasser en mille morceaux contre le mur, juste derrière le bébé. L’enfant aurait réellement pu être touché par le saladier dans sa trajectoire comme par les éclats de verre quand il a explosé. Mais lorsque la jeune maman affolée le lui a fait remarquer, le père a haussé les épaules avec beaucoup de légèreté. Puisqu'il ne s’est rien passé de tout cela, elle était complètement folle de l’imaginer. Encore une fois, c’est avec mon aide qu’elle a pu se reconnecter avec objectivité au danger bien réel, dont son mari avait réussi à la faire douter.