Échapper aux manipulateurs

Echapper aux manipulateurs · Chapitre 70 sur 81

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Échapper aux manipulateurs

Le juste et l'injuste

– Tout ce qui pourrait alimenter un fantasme de toute-puissance

Ne soyez jamais à 100 % disponible. Ne cherchez jamais à satisfaire ses désirs et ses demandes à 100 %. De toutes façons, vous n’y arriveriez pas ! Soyez conscient que le simple fait d’essayer aggrave leur folie.

L’inacceptable est plus facile à repérer quand on le voit de l’extérieur. Nelly me racontait le harcèlement dont elle faisait l’objet de la part de son ex. Il la suivait dans la rue, tambourinait à sa porte, lui téléphonait au milieu de la nuit... « Avez-vous porté plainte ? » ai-je demandé. « Oh non ! Il a deux enfants ! » répondit-elle choquée. Quel bel exemple de rationalisation : en quoi le fait d’avoir des enfants donnerait-il le droit d’harceler son ex-compagne ? Mais Nelly ne voulait pas en démordre « pour les enfants. » Alors je lui ai demandé : « Si votre meilleure amie vivait ce que vous vivez, que lui conseilleriez-vous ? » Étonnée, Nelly s’est entendu répondre instantanément et fermement « De porter plainte ! »

Alors, si votre meilleur(e) ami(e) vivait ce que vous vivez, trouveriez-vous toujours que c’est acceptable ?

Lorsqu’on commence à signifier à un manipulateur que ses comportements ne sont plus acceptables, il capitule souvent d’une façon surprenante. Mais faites très attention aux promesses de changement qui ne servent qu’à gagner du temps et aux actes forts mais ponctuels, qui n’ont pour seul but que de restaurer l’emprise.

Quand Sonia a quitté le domicile conjugal et emménagé dans un nouvel appartement, Alain est enfin parti en cure de désintoxication alcoolique. Cela faisait vingt-cinq ans que Sonia le demandait en vain. Un tel revirement aurait dû lui paraître louche, mais Sonia était empêtrée dans sa culpabilité. Sorti de cure, Alain pleura, supplia, jura... Il se comportait enfin comme elle l’avait toujours espéré. À bout d’arguments, elle est revenue vivre avec lui. Comme cela était prévisible, il se remit à boire comme avant, dès qu’elle a rendu les clés de son nouvel appartement.

Le juste et l'injuste

Cette notion de juste et d’injuste est une étape supplémentaire de la clarification, au-delà de ce qui est légal et illégal, puis acceptable et inacceptable. Certaines fois, parce qu’elles ne sont pas inacceptables, nous acceptons des situations injustes. Prenons l’exemple d’une famille de quatre personnes. Le père est dans le canapé. Il regarde le journal télévisé. Les deux enfants jouent à un jeu vidéo dans leur chambre. Dans la cuisine, la mère prépare le repas du soir. Il n’y a rien d’illégal ou d’inacceptable dans cette scène banale de la vie des familles. Pourtant, si on présente les choses ainsi : dans cette famille, il y a quatre personnes en bonne santé. Trois sont en train de s’amuser et se détendre et une s’active pour le bien de tous. Est-ce juste ? J’entends d’ici certains maris de mauvaise foi rétorquer : « Mais ça l’amuse et ça la détend de cuisiner ! » Non, cette situation est injuste et nous le savons tous, même si beaucoup évitent d’y penser. C’est pourquoi, même si cette maman prépare le repas avec une bonne volonté apparente, elle accumule sans le savoir une frustration directement liée au fait de donner plus qu’elle ne reçoit. Cette frustration va peu à peu empoisonner ses relations avec sa famille. Elle deviendra irritable, se plaindra souvent, fera de plus en plus de reproches et de remarques blessantes sur l’égoïsme et la paresse des siens. Son mari autant que ses enfants auront en parallèle une mauvaise conscience latente à son égard et sa mauvaise humeur sera l’alibi idéal pour se dédouaner et justifier leur passivité : elle n’est jamais contente.

Tout se passe comme si chaque concession que l’on fait pour éviter le conflit, parce qu'on est conditionné à faire plaisir ou parce qu’on croit que c’est notre devoir, est comptabilisée par l’inconscient. Rien n’est gratuit en fait et ceux qui donnent trop ont souvent le secret espoir que cela leur sera rendu selon la logique du renvoi d’ascenseur. Je vous invite donc à observer lucidement les faits. D’autant plus que le manipulateur se taille la part du lion. Dans le pacte implicite que vous avez noué avec lui, il est stipulé silencieusement que vous donnez et qu’il prend. Comme il sait mettre en valeur le peu qu’il fait pour vous, comme il brandit à chaque occasion LE service qu’il vous a rendu, il y a parfois cinq ans en arrière et qui de surcroît n’en était peut-être même pas un, il arrive à vous donner l’impression que c’est vous qui êtes en dette à son égard. Redevenez objectif et regardez les faits avec lucidité : Qu’est-ce qui est réellement donné et par qui ? Comment votre manipulateur s’y prend-il pour que vous vous sentiez perpétuellement en dette vis-à-vis de lui, pour que vous ayez l’impression que vous lui en devez bien plus que ce que vous donnez ?