Échapper aux manipulateurs

Echapper aux manipulateurs · Chapitre 41 sur 81

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Échapper aux manipulateurs

On dit que leur communication est complexe et hypnotique

Entièrement mise au service de leurs techniques de manipulation, leur intelligence n’est utilisée que pour concevoir un système de pensée imperméable aux critiques et aux remises en cause. Il est donc impossible de discuter rationnellement avec les manipulateurs. Il arrive malgré tout qu’ils aient un QI élevé, mais comme ils n’ont aucune aptitude à la joie de vivre, au bonheur, à l’intimité ni même à une communication simple et authentique, peut-on appeler cela de l’intelligence ?

On dit que leur communication est complexe et hypnotique

Un discours réellement hypnotique

C’est assez vrai en ce qui concerne l’aspect hypnotique. Les manipulateurs se complaisent dans le flou, les généralités, les euphémismes ou les énormités, les propos à double sens, les demi-vérités et les erreurs délibérées, mais aussi dans les interprétations, les insinuations et les médisances, qui sont leurs armes préférées. Ils chercheront toujours à embrouiller les choses au lieu de les clarifier. Leur discours est décousu, inquiétant et plein de sous-entendus venimeux. Ils sautent du coq à l’âne, ne finissent pas leurs phrases, utilisent des formulations ambiguës. Ça saoule, ça embrouille, c’est fait pour.

C’est en fait la même technique que celle des musiciens. Lors d’un tour de magie, la mise en scène, le boniment, la jolie collaboratrice en justaucorps pailleté, les foulards aux couleurs vives que les prestidigitateurs agitent sous notre nez, servent à focaliser notre attention et leur laissent tout loisir d’effectuer discrètement leurs tours de passe-passe et de cacher l’astuce qui rend leur numéro spectaculaire.

Je suis formée à l’hypnose Ericksonienne, donc capable de repérer les attitudes et discours hypnotiques. Je dois dire que les manipulateurs m’épatent par leur connaissance intuitive des mécanismes hypnotiques et par cette dextérité instinctive qu’ils ont à générer des états de conscience modifiés chez leurs interlocuteurs.

Par exemple, ils vont vous dire des phrases du genre :

– « Tiens au fait, quand on s’est vus mardi... »,

Le hic, c’est qu’il y a une erreur de date : vous ne vous êtes pas vus mardi, mais mercredi. Le besoin humain de rectifier l’erreur va occuper une partie de votre esprit pendant la conversation.

– « Avant qu’on se quitte, faudra pas que j’oublie de te dire un truc important. »

Pourquoi ne pas le dire tout de suite ? Simplement pour rendre un de vos canaux sensoriels en attente de cette information et le mettre ainsi hors service pour le reste de la conversation.

– « Chacun a ses difficultés, n’est-ce pas ? Mais c’est l’amitié qui compte. Tu vois ce que je veux dire ! »

Si elle arrive comme un cheveu sur la soupe, ce qui est leur spécialité, cette phrase obscure à souhait est un os à ronger pour votre mental. Qu’a-t-il voulu dire ? Rien probablement, mais ça va vous distraire de la conversation en cours et vous faire cogiter un bon moment !

– « Au fait, j’ai lu ton petit rapport sur la réunion. Globalement, c’est plutôt pas mal fait ! »

Subtilement méprisante, cette phrase ne peut que révolter intérieurement l'auteur dudit rapport : « Petit, mon rapport de 130 pages ? » et le faire douter de la qualité de son travail : « plutôt pas mal », ça veut dire « pas terrible » ? Et pourquoi « globalement » ? Qu’est-ce qui cloche dans ce que j’ai fait ? De cette façon, l’attention est éparpillée délibérément. De plus, au milieu de ce fatras de phrases décousues, incomplètes, contradictoires, circule un discours venimeux constitué de déni, de mépris et de menace pure. C’est ce qui génère un malaise, une sourde inquiétude chez les interlocuteurs qui, n’étant pas formés à l’hypnose, ne peuvent pas capter ces mécanismes.

Une communication sophistiquée, en apparence

Pour remarquable qu’elle soit, leur maîtrise de l’hypnose est plutôt inconsciente car située dans le registre des réflexes de survie. Brouiller les pistes, ne pas prendre la responsabilité de ce qu’ils disent, intimider l’autre sont autant de moyens pour essayer de garder le contrôle d’un monde qui les effraie. Selon Milton Erickson, l’hypnose indirecte est un procédé accessible à un enfant de deux ans. Il raconte ainsi avoir été spectateur d’une scène où une toute petite fille s’est fait offrir le jouet qu’elle convoitait dans une vitrine sans avoir eu à le demander verbalement. En revanche, en ce qui concerne la complexité de leur communication, elle est bien plus limitée que ce qu’on croit : il s’agit de gens immatures, peu intelligents et intellectuellement paresseux, alors cette communication ne peut pas être très élaborée.

Imaginez un garçonnet de cinq ans qui vient de casser un vase. Les débris du vase sont à ses pieds. Il secoue la tête énergiquement et dit fermement : « C’est pas moi ! ». Ce qui veut en fait dire : « Je voudrais que ça ne soit pas moi ! » De la même façon, les manipulateurs sont restés mentalement à l’âge de la pensée magique infantile. Parler consiste à formuler des incantations magiques. Pour eux, la déclaration verbale a force de loi. Si c'est dit, c'est vrai et dire l'inverse suffit à annuler une réalité déplaisante. Cela explique leur hallucinante mauvaise foi. Lorsqu’ils disent : « Je n’ai jamais dit ça ! », traduisez : « Je voudrais ne pas l’avoir dit ! »

La pensée magique infantile n’a rien à voir avec la visualisation créatrice. Dans beaucoup de méthodes de développement personnel, il est proposé de faire de la pensée positive afin d’envisager le changement sous son jour le plus favorable et d’élaborer mentalement des solutions nouvelles, plurielles, créatives, dynamisantes et constructives. La visualisation créatrice est un excellent outil et ceux qui utilisent régulièrement cette pratique pourront vous dire tout le bénéfice qu’ils en retirent. Mais lorsqu’on propose cette méthode à des personnes très immatures, on prend le risque de les renforcer dans leur système de pensée magique infantile et dans leur déni des réalités. Pour être sûr qu’il s’agit bien de visualisation positive et non de pensée magique, il est important avant tout de rester conscient de l’aspect virtuel de ces visualisations et de bien faire la distinction entre le réel et l’imaginaire, puis de poser des actes allant dans le sens de ce qu’on souhaite voir évoluer. En pensée magique, c’est l’inverse : on ne fait pas la distinction entre réel et virtuel et on reste totalement passif donc peu créatif. Ainsi, le système de négation de la réalité des manipulateurs est extrêmement puissant, mais il ne consiste qu’à bloquer la pensée. À aucun moment il ne sert à élaborer des solutions. Ils pensent : « Si je n’y pense pas, ça partira » ou « Si je pense qu’il en est autrement, il en sera autrement ». Quand leur déni magique ne fonctionne plus assez bien, ils auront facilement recours aux médicaments, à l’alcool ou à la drogue pour faire disparaître les problèmes et continuer à planer.

Voilà pourquoi il est impossible d'avoir une discussion rationnelle avec les manipulateurs. Ils utilisent les mots comme des armes, des formules magiques, des sortilèges, auxquels ils sont les premiers à vouloir croire. Ils sont rarement sincères et le plus souvent par inadvertance. En principe, nous savons bien que le mot n’est pas la chose nommée : le mot « chien » ne mord pas. Les manipulateurs n’ont pas cette capacité d’abstraction. Pour eux, le nom est la chose même, le signifiant est le signifié, le vu est le vrai. Voilà aussi pourquoi ils soignent tant les apparences : elles leurs suffisent pour croire à la réalité de leur personnage. De même, les manipulateurs trouvent normal d’agir sans penser et de penser sans agir, de parler de toute l'aide qu’ils apportent aux autres tout en ne faisant rien. Ils n’établissent pas de connexion entre les paroles prononcées et les actes posés. Le simple fait de dire équivaut pour eux à avoir fait. Mais l'écart entre le discours et l’action n’est pas si inconscient et peut être pleinement calculé, surtout lorsqu’ils se retrouvent confrontés à une contradiction entre le besoin de protéger leur image et leur refus d'agir. Les mots restent comme d’habitude la solution. C’est ainsi qu’une mère manipulatrice a osé dire à sa fille hospitalisée : « Tu diras à tout le monde que je suis passée te voir à l'hôpital ! »

Dès que l’on a assez de recul pour ne plus prendre pour argent comptant ce qui est dit, on découvre une communication finalement digne d’une cour de récréation qui peut se résumer en quelques phrases enfantines.

« Tu vas voir ta gueule à la récré ! »

Mille représailles vous guettent si vous ne respectez pas les règles du jeu qu’ils ont eux-mêmes édictées et qu’ils remanient sans cesse, en mauvais joueurs et en tricheurs dès que les choses risquent de tourner à leur désavantage. Les menaces et les tentatives d’intimidation peuvent aussi se décliner en « Pan ! T’es mort ! », « J’vais t’tuer ! » ou « Pisque c’est comme ça, j’vas mourir et ce sera bien fait pour toi ! »

« Même pas vrai ! »

La mauvaise foi leur permet de nier toutes les évidences. C’est assez déroutant tant qu’on ne réalise pas qu’ils mentent effrontément. Dans le même ordre d’idée se retrouvent toutes les composantes de la pensée magique comme par exemple : « Même pas mal ! », « On dirait que je serais... », « T’es complètement folle ! » ou « J’allais justement le faire ! »

« Je l’ai dit le premier, nananère ! »

Pour vous couper l’herbe sous les pieds, ils vous accuseront de ce que vous pourriez leur reprocher. Ils vous traiteront de voleur en vous escroquant, de menteur en mentant, de manipulateur en vous manipulant, bien sûr. On croit couramment et naïvement que les gens ne font pas ce qu’ils critiquent avec véhémence chez les autres. Il faut donc réaliser que c’est pour masquer leurs propres faiblesses qu’ils critiquent leur entourage sans relâche. « C’est celui qui le dit qui y est ! » pourriez-vous rétorquer du tac au tac tant leur mécanisme de projection est primaire.