Échapper aux manipulateurs
La mise en accusation
Une personne enlisée dans la honte et la culpabilité se sent de moins en moins légitime à s’affirmer, à poser des limites aux autres. Si ses tentatives pour réajuster son comportement échouent à lui rendre la considération et l’affection de son entourage, elle perd progressivement l’estime d’elle-même. Elle va de ce fait devenir plus facilement influençable et continuer à essayer d’adapter son comportement à ce que son groupe de pairs attend afin d’éviter sa mise à l’écart. Sachant cela, les manipulateurs, eux-mêmes totalement exempts de culpabilité, n'hésitent jamais à l'activer chez les autres et savent en détourner les avantages à leur profit. Ils font de cette culpabilité un puissant levier pour générer un sentiment d’obligation à leur égard. Il est normalement indispensable de conserver, quoi qu’il nous en coûte, l’interdit de porter atteinte à l’intégrité morale, physique ou matérielle d’autrui ainsi que l’interdit de transgresser les lois. Mais il est fréquent que les personnes sous emprise aient des comportements socialement déviants, autant pour protéger leur prédateur que pour en obtenir l’approbation. Cela rejoint le syndrome de Stockholm.
Comme pour semer le doute et la peur, les techniques pour faire honte et culpabiliser sont diverses et complémentaires.
La mise en accusation
Avec les manipulateurs, c’est à une mise en accusation permanente que vous serez soumis : vous êtes toujours coupable de quelque chose et il n’y aura pas de prescription pour vos crimes. Ainsi, même si vous n’avez rien fait de particulièrement condamnable depuis un bon moment, un vieux crime fera toujours l’affaire. En témoigne l’histoire de ce foulard vieille de vingt-cinq ans. Bernard m’a raconté qu’à la fin de chaque dispute, pour lui clouer le bec, son épouse ressortait la tragique histoire du foulard perdu. Ce foulard, auquel elle tenait comme à la prunelle de ses yeux, avait été égaré par la faute de son indigne mari, lors de leur voyage de noces vingt-cinq ans plus tôt. Cela lui causait depuis un chagrin inconsolable et était la preuve irréfutable et définitive que son mari était un raté, un minable, etc. Le plus surprenant est que Bernard ait pu culpabiliser si longtemps pour si peu. Je me souviens avoir souri : « Mais ce n’est qu’un foulard ! En vingt-cinq ans, il aurait dû être remplacé dix fois. D’ailleurs, si elle y tenait tant que ça, pourquoi n'a-t-elle pas veillé dessus elle-même ? » Ce commentaire pragmatique a suffi pour qu’il réalise l’absurdité de la situation. Lorsqu’il a quitté mon bureau, il avait repris de l’assurance. J’ai pensé que ce foulard virtuel, dont sa femme avait fait un si bel usage pendant vingt-cinq ans, venait enfin d’être définitivement mis à la poubelle.