Échapper aux manipulateurs

Echapper aux manipulateurs · Chapitre 76 sur 81

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Échapper aux manipulateurs

Le transfert de responsabilité

Prenons en exemple une femme qui critique avec virulence une autre femme qui passe dans la rue habillée d’un caleçon au motif panthère et de très hauts talons. Elle la prétend vulgaire et aguicheuse. Cette critique vous en apprend plus sur celle qui critique que sur la passante. Elle indique que cette femme a intégré fortement pour son compte personnel l’interdit d’être vulgaire et d’être aguicheuse. La prise de conscience de cet interdit peut lui permettre d’assouplir son propre code et d’y ajouter de nouveaux choix de comportement. Il s’agit de transformer l’interdit en choix personnel. Dans certains contextes, n’est-il pas bienvenu de s’autoriser à être un peu sexy ou même très sexy ? Où commence la vulgarité ? Qui en a décidé ainsi ? N’y a-t-il pas des exceptions possibles à cette règle si stricte ? Quand cette femme sera capable de penser : « J’ai le droit d’être sexy et même vulgaire, si je le veux, mais je ne le veux pas. », bizarrement, son besoin de critiquer aura disparu. La même femme en caleçon panthère pourra passer près d’elle sans quelle réagisse. Tout au plus pensera-t-elle : « Cette tenue, c’est pas mon truc ! »

C’est ainsi que vous pourrez transformer vos interdits en choix de vie et assouplir votre code de conduite. Par exemple, transformez : « Les gens coléreux sont insupportables ! » en : « Je n’aime pas me mettre en colère, mais s’il le faut, je peux le faire. » Voici une phrase clé qui peut vous libérer de beaucoup d’interdits : « Où est-il écrit que je doive... ? » Par exemple : « Où est-il écrit que je doive être parfait ? » ou « Où est-il écrit que je suis méchante quand je dis non ? »

Et voici la première des permissions à vous rendre d’urgence : on a le droit de refuser de communiquer, surtout avec quelqu’un dont on sait que son but n’est pas d’ouvrir un espace de dialogue, mais de réactiver l’emprise qu’il avait sur nous.

Le transfert de responsabilité

Cette forme de culpabilité peut s’énoncer ainsi : « Je me rends responsable de ce que vit l'autre.»

Avec les manipulateurs, le partage est simple : vous avez 100 % des responsabilités et lui 0 %. Vous êtes seul responsable de la qualité de la relation que vous avez avec lui. C’est toujours à vous de téléphoner et de prendre de ses nouvelles. Sans doute connaissez-vous cette culpabilité de ne pas avoir appelé. Si vous êtes du genre à penser : « Je suis un fils indigne. J’aurais dû appeler ma mère dimanche et je ne l’ai pas fait. Elle va s’inquiéter ! », réalisez enfin une bonne fois pour toutes qu’elle peut aussi vous appeler et encore plus si elle doit s’inquiéter. Mais dans cette relation d’emprise, vous pensez que c’est vous seul qui avez le pouvoir de rendre vos rapports cordiaux et sympathiques ou tendus et conflictuels, en fonction de ce que vous allez vous autoriser à le contrarier ou non.

En matière de communication, chaque interlocuteur ne détient que 50 % de la responsabilité de la qualité de la relation. Or, le manipulateur ne prendra jamais en charge ses 50 %. C’est pourquoi la communication ne pourra jamais être bonne avec lui. Il ne veut pas communiquer, il veut manipuler. Vous ne pouvez que le cadrer, vous affirmer et pratiquer la contre-manipulation. Vous aurez ainsi une paix relative, mais en devant toujours être sur vos gardes pour qu’il ne recommence pas à empiéter sur votre territoire. Renoncez définitivement à une relation paisible et harmonieuse. Quand vous aurez fait le tri entre ce qui est de votre responsabilité et ce qui est de celle de votre manipulateur, vous allez vous sentir plus léger. C’est normal puisque vous en porterez moitié moins !

L’illusion de puissance

Après vous avoir invité à vous pencher sur votre éventuelle lâcheté, j’aimerais maintenant vous faire prendre conscience de la naïve prétention de votre culpabilité. C’est se croire beaucoup plus puissant que ce que l’on est en réalité, que de croire qu’on a le pouvoir de faire du bien ou du mal à l’autre ; on ne peut rien faire à l’autre sans sa permission : essayez seulement de faire le bonheur de quelqu’un qui n’a pas envie d’être heureux ! Inversement, vous n’aurez pas non plus le pouvoir de rendre malheureux quelqu’un qui n’a pas envie de l’être. C’est pourquoi quelquefois culpabiliser sert à refuser d’admettre sa propre impuissance. Avec un manipulateur, il n’est rien que vous puissiez faire pour améliorer la relation, rétablir le dialogue, lui faire admettre ses torts ni le rendre heureux. Renoncez !

Ainsi, quand il essaiera à nouveau de vous faire porter ce qui est à lui en vous disant : « C’est toi qui a un problème. Il faut te faire soigner ! » ou « Par ta faute…….», vous pourrez répliquer sereinement par des petites phrases que vous aurez préparées et qui sonneront juste pour vous : « Un couple, ça se construit, ça s’entretient et ça se détruit à deux. Tu as ta part de responsabilité. » ou « C’est un peu facile de tout me mettre sur le dos ! » ou encore « N’essaie pas de renverser la situation ! »

Fixer des limites à sa responsabilité envers autrui

Dressez la liste des exigences de votre manipulateur à votre égard et regardez-la avec objectivité. Pour développer votre objectivité, vous pouvez la transférer à un contexte plus général et vous poser la question suivante :

« Est-il normal qu’un mari exige cela de son épouse ? »

« Est-il normal qu’une femme exige cela de son mari ? »

« Est-il normal qu’une mère (ou un père) exige cela de son enfant ? »

« Est-il normal qu'un frère (ou un autre membre de la famille) exige cela de sa famille ? »

« Est-il normal qu’un employeur exige cela de son salarié ? »

« Est-ce qu’à sa place, j’aurais les mêmes exigences ? »

« Si mon meilleur ami subissait ce genre d’exigences, que lui conseillerais-je ? »

Pour restaurer les frontières de votre responsabilité envers autrui, restez dans ce contexte de généralités et dressez votre propre liste d’exigences réciproques pour une relation normale et équitable dans le contexte conjugal, familial, amical ou professionnel qui vous concerne. Cette liste d’exigences une fois rédigée vous donnera probablement une idée du gouffre qui existe entre votre vécu et ce qu’il devrait être. Petit à petit, il vous faudra regagner du terrain et remettre les limites en place. Une nouvelle petite phrase à garder toute prête dans un coin de votre tête va pouvoir vous y aider : « Il n’est pas normal qu’un mari (un patron, une mère, etc.) ait de pareilles exigences envers sa femme (son employé, sa fille, etc.) »