Échapper aux manipulateurs
Les peurs irrationnelles
– « Oui, mais si on divorce, il faudra vendre la maison et habiter en appartement ! »
– « Très bien, alors, juste pour le bonheur de vivre en pavillon, dans le stress et la négativité, vous allez continuer à vous faire insulter, dénigrer, dévaloriser vingt ans de plus ? »
– « Oui, mais j’ai mis toutes mes économies dans cette affaire ! »
– « Très bien, alors vous allez continuer à vous endetter pour éviter de voir que vous vous êtes fait escroquer dès le départ ? »
Il est vrai que lorsque les apparences volent enfin en éclats, ils se retrouvent momentanément bien démunis. Mais comme ce sont des gens optimistes et dynamiques par nature, il leur faudra finalement peu de temps pour retrouver l’énergie de reconstruire leur vie, une fois sortis d’emprise. J’ai pu le vérifier très souvent, mais eux ne peuvent le savoir avant de l’avoir vécu alors ils hésitent et tergiversent longuement avant de briser leurs chaînes.
Les peurs irrationnelles
Les difficultés d’affirmation
Trop polies, trop « bien élevées », empêtrées dans des codes sociaux rigides et erronés, les victimes de manipulation mentale s’interdisent presque tous les comportements qui leur permettraient de remettre définitivement à sa place leur tourmenteur. Un nombre incroyable de peurs irrationnelles les paralyse et les empêche autant d’agir que de se protéger des dangers objectifs. Comme des boxeurs sans gants sur un ring face à un adversaire sans scrupule, ils n’osent pas protéger leur visage, de peur de paraître lâche, ni rendre les coups de peur de paraître agressifs. De l’extérieur, tout cela paraît absurde. On n’est pas une « mauvaise personne » parce qu’on demande à quelqu’un de respecter ses engagements. On ne perd pas un ami, parce qu’on a refusé de lui rendre un service. On ne se fait pas licencier parce qu’on s’en tient à la définition de son poste. Alors, pour beaucoup de gens, ces raisons qu’invoquent les victimes d’emprise ne sont que des faux prétextes. Même si elles semblent aberrantes, ces peurs existent et le manipulateur sait parfaitement les entériner et les activer à son profit. Les gens qui savent pratiquer sereinement et systématiquement l’affirmation de soi sont assez rares. Qui peut prétendre sans mentir n’avoir jamais eu peur d’être jugé égoïste, incompétent, amoral ou ingrat ? Qui n’a jamais eu peur de faire de la peine, de vexer, de blesser ? La peur des conflits, des ruptures, des représailles est très répandues. Alors de l’extérieur, on peut juger ces peurs stupides, mais nul n’est à l’abri de les éprouver, même ponctuellement.
Les victimes de manipulation mentale doivent revisiter entièrement leur code d’obligations sociales, lui fixer des limites et y ajouter des exceptions. Pour chacune des obligations qu’elles croient avoir vis-à-vis des autres et de leur propre éthique, il est important qu’elles apprennent à formuler leurs auto-instructions de la façon suivante :
« En général je dois..., mais ça dépend des cas... »
Le non-droit à l’autoprotection
C’est dans l’enfance, en fonction de la façon dont les parents ont joué leur rôle de protecteurs qu’on acquiert ou non l’instinct d’autoprotection. Pour ceux qui ont été choyés, respectés et correctement protégés, défendre leur intégrité physique et morale est une évidence. Mais les personnes qui ont eu des parents peu ou trop protecteurs, absents ou indifférents ont bien du mal à développer cette capacité à assurer leur autoprotection. Quant aux gens qui ont eu des parents maltraitants, ils ont directement été agressés par le système qui aurait dû assurer leur protection. Dans ce cas, c’est leur droit d’être protégé et de se protéger qui leur a été dérobé. Quand l’adulte maltraitant prend une baguette, l’enfant doit tendre les doigts pour se faire frapper. Celui qui lève le bras pour se protéger de la gifle parentale recevra l’ordre de baisser sa garde. La consigne est claire : l’enfant doit se laisser agresser sans esquisser le moindre geste d’évitement. Cela fonctionne aussi au niveau de la maltraitance psychologique : l’enfant doit apprendre le non-droit à la protection contre les critiques, les dévalorisations et les moqueries, le non-droit à l’intimité et au jardin secret, la profanation systématique de son sens du sacré, de son accès au divin. Le pire qui puisse arriver à quelqu’un est d’avoir eu des parents prédateurs : la personne risque d’aimanter tous les pervers qu’elle croisera. Il ne s’agit pas de masochisme mais d’incapacité généralisée à éviter les relations de prédation. Réapprendre le droit à l’autoprotection est un énorme travail de reconstruction personnelle, mais c’est indispensable pour se débarrasser enfin des relations destructrices.
Un trop grand besoin d'être aimé
J’ai coutume de dire que les ennuis commencent lorsque le besoin d’être aimé est plus fort que le besoin d’être respecté, pour une simple et bonne raison : on ne peut pas aimer quelqu’un qu’on ne respecte pas. Le mépris est le plus puissant des tue-l’amour. Dans l’absolu, il ne faut donc jamais laisser l’espace à quiconque de nous manquer de respect. Encore une fois, il y a des gens pour qui c’est une évidence, mais il y en a tant d’autres qui croient devoir beaucoup donner, beaucoup s’oublier pour récolter quelques miettes d’affection. C’est un redoutable point d’ancrage pour un manipulateur. Il saura vite vous faire croire que vos comportements conditionnent son affection.
De même, le besoin d’être approuvé et validé est particulièrement piégeant. Les manipulateurs s’infiltrent par la flatterie. Ils vous donnent d’abord les compliments et la reconnaissance dont vous avez un besoin vital, puis s’arrogent le droit de juger tous les aspects de votre vie : vos amis, vos habits, votre travail, vos goûts, jusqu’à vous dépersonnaliser. Vous ne serez plus du tout manipulable le jour où, quand quelqu’un vous dira : « Elle est complètement nulle, ton idée ! », vous serez capable de répondre sereinement : « J’entends bien ton avis, mais ce n’est pas le mien ! »
Alors qu’elles ont un tel besoin d’être aimées, les victimes de manipulation mentale se retrouvent vite dans une grande privation sensorielle, sans empathie, sans affection, sans soutien et sans encouragements. C’est une telle solitude glaciale qu’elles vivent avec leur manipulateur qu’elles s’imaginent que ce serait encore pire sans lui. De toutes façons, être réellement aimées un jour leur paraît irréel et inaccessible. De plus, quand on aime un manipulateur, ses méchancetés causent tant de peine qu’on érige une barrière de protection autour de ses émotions. Cela crée une sorte d’anesthésie qui rend insensible à sa cruauté, mais qui rend aussi insensible à la nécessité impérieuse d’un changement. Une fois libérées de l’emprise, les victimes retrouvent vite la chaleur de la vie, la présence des amis, la paix de l’esprit et réalisent enfin que cette solitude était artificiellement entretenue.