Échapper aux manipulateurs

Echapper aux manipulateurs · Chapitre 4 sur 81

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Échapper aux manipulateurs

La manipulation mentale

Où finit l’influence et où commence la manipulation mentale ? Chacun pourrait se poser la question dans sa vie personnelle dès qu’il ressent l’envie de devenir insistant. Les principales différences entre influencer et manipuler viennent de l’intention autant que de la transparence et du degré de pression que l’on met à l’autre. Lorsqu’on cherche à influencer quelqu’un, on le fait ouvertement et plutôt avec pour intention le bien de l’autre. La pression est apparente, la tentative pour exercer un pouvoir aussi. La manipulation mentale, elle, ne vise pas le bien de l’autre mais la satisfaction d’objectifs personnels à ses dépens. La pression est cachée, de pseudo-arguments rationnels déguisent une demande non formulée.

Certains auteurs trouvent quelques vertus à la manipulation. Son enjeu principal étant l’évitement des refus, tant qu’elle n’est pas repérée, elle peut effectivement convenir aux deux parties. Le manipulateur obtient ce qu’il désire sans risquer d’essuyer un refus. Le manipulé reste convaincu d’avoir agi librement et n’ayant pas eu à s’affirmer et à dire non, a évité la confrontation. La manipulation peut également représenter un contre-pouvoir et un moyen de sabotage, face à une tyrannie. D’autre part, certains moyens de persuasion sont couramment employés. Flatterie, séduction, exagération, minimisation, insistance, chantage, menace, rétorsion, victimisation, pression, intimidation, dévalorisation, mensonges..., tout est parfois bon pour obtenir ce que nous désirons. Les enfants ne sont pas en reste et savent très tôt utiliser ces techniques pour prendre le contrôle sur leurs parents. Pour Milton Erickson, célèbre psychothérapeute américain, les enfants deviendraient même des champions de l’hypnose indirecte dès l’âge de deux ans ! On peut également comprendre que lorsqu’une personne n’a ni pouvoir, ni moyen de pression, lorsqu’elle n’a pas non plus de charisme, ni de capacité à convaincre, il ne lui reste que la manipulation pour arriver à ses fins. Au regard du nombre de gens utilisant ce mode d’interactions, on peut envisager effectivement que beaucoup s’y complaisent et y trouvent leur intérêt. Finalement, la manipulation reste l’ultime recours des gens sans autorité ni charisme. Mais on peut aussi envisager que ce mode relationnel est un « faute de mieux » pour ceux qui n’ont pas pu apprendre à communiquer de façon saine et authentique, dans le respect et la confiance.

Pour beaucoup d’experts, la manipulation mentale consiste simplement à amener quelqu’un à faire de lui-même, « en toute liberté », ce qu’on voudrait le voir faire et qui est différent de ses agissements habituels. Vous trouverez une excellente analyse de toutes les techniques qui permettent de faire agir quelqu’un sur commande, dans l'illusion de son plein gré, dans le délicieux Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, de J. L Beauvois & R. V. Joule. Tant que la manipulation est ponctuelle et que ses conséquences restent limitées, cette définition est suffisante.

Mais la manipulation peut s’exercer à plus long terme et l’emprise qui se met alors en place sournoisement aura un autre impact. La victime perd progressivement ses repères. Dans les relations d’emprise, les personnes manipulées peuvent être partiellement conscientes des contraintes, des pressions, du chantage qu’elles subissent. Elles savent bien qu’elles n’agissent pas en toute liberté. Elles se sentent piégées, dépendantes, vivent dans la peur et si elles ne se libèrent pas de cette prison mentale, c’est parce qu’elles ne savent pas comment faire pour s’en évader. Dans ce cas, la définition de la manipulation mentale, citée plus haut, ne suffit plus, alors qu’elle reste l’élément central de la relation.

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