Forfait illimité
Chapitre 10
Toronto, Canada
Le cimetière Mount Pleasant de Toronto n’a rien à voir avec le concept terne et fermé des cimetières français. Ici, pas de hauts murs sombres et sinistres, mais plutôt une grille aérée qui laisse passer les regards. Pas non plus d’allées de gravier rectilignes avec, bien alignées de chaque côté, de longues pierres tombales de marbres gris ou marron. En fait, si les grandes villes nord-américaines sont souvent bâties au cordeau, avec un contraste géométrique flagrant par rapport aux petites ruelles sinueuses des capitales européennes, leurs cimetières, eux, sont à l’inverse de véritables parcs. De larges allées goudronnées serpentent au milieu d’une verdure bien entretenue. Les badauds arpentent tranquillement les lieux, protégés des ardeurs solaires par le feuillage de nombreux arbres vénérables, et pour certains importés de lointaines contrées. Les pierres tombales classiques restent rares. Ici, on appose plus volontiers une inscription sur une simple stèle. Toutes les tailles, toutes les couleurs et plusieurs types de roches reçoivent ainsi des épitaphes variées en provenance de toutes les confessions.
En plus de ce côté nord-américain, le cimetière Mount Pleasant a la particularité d’être ancien. Il est vallonné, limitrophe avec plusieurs ravins et autres parcs qui forment la « green belt » de Toronto. Une vallée verte qui coule sur des kilomètres et dont le cimetière est une extension naturelle. Bien des tombes sont en toute simplicité recouvertes d’une herbe drue et entretenue. On erre de stèle en stèle sans craindre le tabou de marcher sur une sépulture. Dans les allées, des habitués pratiquent leur jogging, des parents promènent leurs nouveau-nés en poussettes, des étudiants lisent en toute quiétude, assis sur des bancs et ce, au milieu des familles qui se recueillent sur leurs défunts disparus.
L’étendue et le calme y sont tels qu’une faune forestière y a repris ses droits. Le pelage terne des inévitables écureuils contraste avec le rouge ou le bleu vif des cardinaux et des geais. Plus surprenant, quelques familles de ratons laveurs et de coyotes ont élu domicile dans cette vallée verte. Elles peuvent parfois être aperçues aux aurores ou au crépuscule dans les endroits reculés du cimetière lui-même.
À proximité de l’accès de l’un des ravins, dans la partie haute du cimetière, figurent les plaques commémoratives des personnes incinérées ne possédant ni tombe ni stèle. Tout autour d’une large fontaine artificielle à étages, incrustés au parapet ou sur un muret, s’alignent des centaines de cadres en bronze. Ils n’apparaissent pas plus grands qu’une feuille de papier standard et les familles ont pu y faire graver un dernier mot, une phrase ou un dessin en souvenir de leurs chers disparus.
Bien que d’origine anglaise, Brian Wessler n’en demeurait pas moins un Canadien de cœur et sa femme avait décidé d’apposer une plaque à son nom ici, tandis que ses cendres seraient dispersées en amont de la Tamise.
Depuis une semaine, Jérémy était resté chez Sarah afin de lui apporter tout le soutien possible dans les douloureux préparatifs auxquels elle avait dû s’astreindre. Ils avaient organisé les obsèques et la crémation ensemble. Jay avait chaque fois offert une épaule solide pour permettre à la veuve d’assécher ses larmes. Sarah avait puisé dans sa force de caractère jour après jour et la présence de son ami aidant, elle avait peu à peu repris contenance. La pose de la plaque commémorative représente pour elle un dernier cadeau offert à la mémoire de son mari. Pour des adieux qu’elle avait désormais acceptés. Pour un deuil qui, loin d’être encore terminé, se continuerait néanmoins avec plus de sérénité.
Elle se tient, grande et fière, face au muret où l’un des employés du cimetière s’apprête à enlever le petit rideau de velours bordeaux foncé qui protège des regards la plaque nouvellement scellée. Pas de cérémonie, Sarah a voulu cet instant intime. Seuls les amis canadiens les plus proches ont été conviés à la crémation et la famille anglaise sera réunie pour la dispersion des cendres. Mais pour l’inauguration de la plaque, elle n’a souhaité que Jérémy à ses côtés. Pour l’occasion, elle a revêtu une discrète robe de ville sombre et lâché ses cheveux en la crinière naturelle que son mari appréciait tant. Lui a toujours sa queue-de-cheval bien serrée et est affublé d’un jean, d’un blazer noir au-dessus d’un T-shirt blanc et d’une paire de baskets de la même couleur. « Parce que c’est comme ça que Brian te voyait », lui a dit Sarah. « Je ne m’attends pas à ce que Jay porte un jour un costard, même pour son propre enterrement. » avait un jour plaisanté son mari.
L’employé enlève d’un geste solennel le tube de bronze qui sert de tringle. Il s’écarte sans un bruit, emportant le rideau de velours et son support. Sarah s’approche de l’inscription ainsi révélée et promène ses doigts sur les caractères estampés : « To my lovely husband who left his flower without a Bee – À mon tendre époux qui laisse sa fleur sans Abeille ». Jérémy se remémore les débuts du couple, « l’abeille et la fleur ». Ce sobriquet a vu le jour parce que Brian avait choisi comme pseudonyme la première lettre de son prénom, « B » qui se prononce « bi » en anglais, comme bee « l’abeille ». Et Sarah… Sarah ne pouvait être qu’une fleur à ses côtés…
Ils restent un moment en silence, à contempler la plaque, chacun dans ses pensées. Puis, au bout de quelques minutes, un geai bleu se pose sur le sommet du muret. Le soleil se reflète sur l’azur brillant, presque métallique, des plumes de son cou et de ses ailes. Il cacaade brièvement, relève la houppette noire de sa tête, puis prend son envol. Cela agit comme un signal, les deux êtres humains sortent de leur rêverie et s’éloignent à leur tour sans avoir à se concerter.
Ils marchent d’abord, côte à côte, le long d’une petite allée de dalles qui sillonne cette partie du cimetière de lacets étroits. Ils rejoignent une grande artère bitumée sur laquelle quelques cyclistes circulent sans hâte. Là, ils commencent à parler, échangeant des souvenirs sur Brian tout en se laissant guider par la pente douce et le hasard des entrelacements goudronnés, sans réelle destination. Après plusieurs minutes, ils rient. Jérémy conte avec force mouvements l’apprentissage du français par Brian, avec les inévitables erreurs qui se sont ensuivies et leur première rencontre en personne après des années de collaboration à distance. Ce jour-là, Brian n’avait rien trouvé de mieux que de porter un T-shirt aux couleurs du drapeau anglais « comme cela tu vas reconnaître moi facile » avait-il écrit dans son dernier message à Jérémy.
— Alors évidemment, au lieu de choisir un coin tranquille, on se donne rendez-vous dans un endroit public, comme les idiots que nous sommes, raconte Jérémy. Et quoi de plus facile à trouver à Paris que la tour Eiffel ?
Sarah approuve d’un mouvement de la tête, attendant la suite de l’histoire.
— Je débarque sur le parvis et là, horreur, des centaines de supporters de football anglais, tous vêtus d’une déclinaison quelconque de leur drapeau national ! Férus de sport comme nous l’étions, ni Brian ni moi n’avions réalisé qu’il y avait un match France-Angleterre ce jour-là… Plus d’une heure à arpenter cette foule bigarrée avant que je n’aperçoive finalement un grand gaillard aux couleurs de l’Union Jack en train de battre des bras en faisant des cercles, comme s’il voulait s’envoler : c’était Brian qui imitait l’abeille en faisant « Bzzz, Bzzz »…
— Non ! s’exclame Sarah. Il ne m’avait jamais raconté ça.
— Certainement pas sa meilleure heure, renchérit Jérémy en souriant. Je crois bien l’avoir récupéré juste à temps avant qu’il ne soit conduit dans un hôpital spécialisé.
Ils éclatent de rire, puis Sarah s’arrête, toujours un sourire aux lèvres, mais le regard lointain, plongé dans celui – désormais un souvenir – de son mari. Jérémy enchaîne aussitôt, pour ne pas laisser s’installer un long moment de silence pesant :
— Bon, c’est pas tout ça, on avance, on avance, mais on est où maintenant ?
La question procure l’effet escompté et Sarah sort de la rêverie qui la gagne pour se retourner et regarder autour d’elle.
Au bout d’un moment elle hausse les épaules.
— Aucune idée.
Ils sont arrivés dans la partie la plus basse du cimetière. Tout au bout, une grille discrète percée d’une porte à double battant donne sur un terrain en friche qui longe un étroit cours d’eau. À deux pas du grillage, l’allée se finit en un petit rond-point pour permettre aux corbillards de faire demi-tour.
— On est au bout du cimetière, conclut Jérémy.
— Hum, ça ne donne pas sur la rue, je crois qu’il vaut mieux remonter un peu si on ne veut pas se perdre dans les méandres de la « green belt ».
Comme ils se retournent, cherchant par laquelle des trois allées ils ont bien pu arriver, Jérémy remarque une silhouette dans l’ombre d’un arbre, une centaine de mètres en amont.
— Tu penses que c’est par là ? demande Sarah en songeant que Jérémy reconnaît le chemin.
— Hum ? Heu… pas certain, non. On n’a pas déjà vu ce type au crématorium ?
Sarah regarde discrètement dans la direction de la silhouette.
— Je ne sais pas. Par contre, il me semble l’avoir aperçu près de la fontaine quand nous sommes descendus, pourquoi ?
Jérémy bat l’air d’une main en signe d’indolence.
— Bah, ce n’est rien. Je ne veux pas t’ennuyer avec ça.
— Jérémy ?
— Non, vraiment ce n’est rien. J’ai appris que mon téléphone portable était sur écoute l’autre jour, je me monte des films, c’est tout.
— Sur écoute ? mais pourquoi ?
— Je ne sais pas, ce n’est rien, je t’assure… espionnage industriel sûrement, la concurrence qui veut en savoir un peu plus sur ma compagnie ? Je réglerai ça quand je serai de retour en France, ne t’inquiète pas. Oublie… je n’aurais même pas dû le mentionner.
Il s’engage dans l’allée qui remonte vers la mystérieuse ombre. Sarah lui emboîte le pas sans un mot. Là-haut, l’homme disparaît derrière le large tronc de l’arbre sous lequel il se trouvait quelques secondes plus tôt.
Sarah rejoint Jérémy.
— Peut-être un paparazzi ? risque-t-elle. Je ne suis pas une vedette nationale, mais en tant que présentatrice du journal régional…
— Nah, pas d’appareil photo et puis les paparazzis ne se baladent pas en costume trois-pièces.
Ils continuent à avancer le long de la pente, en essayant de percer les ténèbres sous le feuillage du majestueux chêne centenaire. Mais l’homme semble s’être volatilisé.
— Je deviens parano, soupire-t-il quand ils arrivent à hauteur de l’arbre. Sans doute juste un quidam qui se balade dans le parc.
Ils reprennent leur ascension sans plus y penser et débouchent sur l’artère qui mène à la rue Yonge, longtemps la plus longue rue du monde. Elle s’étend sur près de 2000 km depuis les berges du lac Ontario jusqu’à la frontière américaine. Du bord de l’eau où s’écrasent les tours du quartier financier de Toronto, la rue monte plein nord jusqu’aux rives, bien plus tranquilles, du lac Simcoe. Elle bifurque ensuite au sud-ouest pour contourner les Grands Lacs jusqu’à la petite bourgade de Rainy River, à la frontière du Minnesota.
En face de la station de métro Davisville, Jay et Sarah entrent dans un « Second Cup », une franchise de café similaire à « Starbuck », mais plus intimiste. Le chocolat chaud, boisson favorite de Jay, y est aussi bien meilleur. Alors qu’ils passent leur commande, une silhouette sombre s’arrête de l’autre côté de la devanture en jetant un rapide coup d’œil dans leur direction.
Occupés à indiquer leur choix, ni l’un ni l’autre ne prêtent attention à l’homme qui entre dans le café. Un quarteron afro-américain à peine plus grand que Jay, bien bâti, tout vêtu de noir, smoking et pardessus, chaussé de souliers vernis qui reflètent la salle en arabesques difformes.
Tandis que Jay fouille dans la poche de son jean à la recherche d’un billet de vingt dollars pour payer son chocolat et le café de Sarah, l’homme s’interpose.
— Permettez-moi de vous les offrir, dit-il d’une voix grave en un parfait français, teinté d’un rien d’accent acadien peut-être. Difficile à affirmer sur les inflexions particulières de cette seule phrase.
Avant que Jay ne proteste, l’homme règle la note et se saisit des deux gobelets. Sans se départir de son flegme, il poursuit :
— Nous avons à discuter. Un endroit moins public si possible… Je propose la résidence Wessler, dans disons… quinze minutes ? J’apporte les boissons, ajoute-t-il en soulevant les deux gobelets bien en vue.
Sur ce, il se retourne et sort nonchalamment en poussant la porte du pied, un verre dans chaque main.
Jay regarde Sarah, bouche bée. La scène surréaliste s’est déroulée en moins de vingt secondes durant lesquelles ni l’un ni l’autre n’ont rien trouvé à dire. Au bout d’une minute, Jay se décide à briser le silence.
— C’est le type du cimetière, non ?
— Il me semble, oui.
Il se retourne vers la rue où l’homme a disparu.
— C’est quoi son problème ?
— Jay ? On ferait peut-être mieux de rentrer à la maison ?
Jay hésite un instant puis a un geste désinvolte.
— Oui, tu as raison, allons-y. Je suis curieux de savoir ce qu’il nous veut.
Perplexes, ils quittent le café et retournent à la voiture de Sarah. Ils remontent l’avenue Mount Pleasant vers le nord, laissant le cimetière éponyme derrière eux, puis bifurquent dans l’avenue Eglinton pour rejoindre Bayview et entrer dans le quartier de Sarah. Après quelques minutes à peine, ils pénètrent dans l’allée devant la demeure des Wessler, où une lourde Ford noire est déjà stationnée. Le conducteur attend, appuyé sur le capot, les deux gobelets de boissons chaudes perchés sur le toit.
À leur arrivée il se redresse et saisit un attaché-case en cuir lustré jusque-là posé à ses pieds.
— Mme Wessler, si vous voulez bien ouvrir la porte. Monsieur Baltac ? Puis-je vous confier les gobelets ?
Il indique sa mallette d’un geste significatif pour justifier qu’il ne peut plus s’acquitter de cette besogne lui-même.
Sarah va ouvrir la porte tandis que Jay décoche un regard noir à l’intrus. Il décide cependant de s’emparer des gobelets sans pour autant entamer la moindre discussion.
Une fois à l’intérieur, l’homme continue à se comporter avec aisance, comme si leur rencontre était des plus normales. Jay caresse un instant l’idée de vilipender l’importun. Mais il décide de jouer le jeu, ce qui, sans concertations préalables, semble aussi être le cas de Sarah. Elle garde un calme olympien devant cette intrusion.
L’inconnu s’assied sans gêne dans un fauteuil du salon sans y être invité et ouvre le porte-documents sur ses genoux. Jay dépose les gobelets sur le guéridon de l’entrée, sachant pertinemment que ni Sarah ni lui n’y toucheront désormais et s’installe sur le canapé. Sarah choisit le fauteuil qui fait face à celui de l’homme au costume. Ce dernier se racle la gorge et sort une chemise cartonnée beige sur laquelle un nom apparaît, imprimé sur une petite étiquette blanche autocollante.
— Brian Wessler, alias « The Bee », spécialité : Reverse Engineering. Britannique.
Il laisse choir la chemise sur la surface vitrée de la table basse d’un geste nonchalant et néanmoins calculé pour son effet.
Il sort ensuite un second dossier de son attaché-case et, tel un commercial qui bonimente ses articles, il continue à égrener ses informations sans autres formalités.
— Paul Rodriguez, alias « Mosquito », spécialité : Graphisme, logo et démo. Espagnol.
La chemise atterrit elle aussi sur la table, rejointe bientôt par une troisième tandis que le visiteur poursuit.
— Sergey Kagda, alias « KryptBoy », spécialité : cryptage de données. Russe.
Un quatrième dossier s’écrase sur la pile avec un bruit de porte qui claque.
— Allan Vaughan, Alias « Ante », spécialité : Communication et réseau. Américain.
L’homme s’arrête et se tourne vers Jérémy.
— Ces noms vous disent quelque chose, monsieur Baltac ?
Jérémy sourit en toisant son interlocuteur. Pas la peine de nier l’évidence.
— Bien sûr que je connais ces noms, enfin plutôt leurs alias. Qu’est-ce que vous vouliez que je vous réponde ? Que je prétende ne pas les connaître alors que le prochain dossier que vous avez est sans doute le mien ?
Une dernière chemise cartonnée claque en rejoignant la pile.
— Jérémy Baltac, alias « SdS », spécialité : Sécurité informatique. Français, termine l’étrange personnage.
— Qu’est-ce que vous attendez de moi au juste ? demande Jay. Je me doute que vous savez très bien qu’en dehors de Brian, je n’ai pas gardé de contact avec ces gens depuis près de vingt ans. De fait, vous venez de m’apprendre leur état civil à l’instant…
— Je sais, réplique l’homme sans se démonter. Toutefois, nous avons oublié un membre de votre groupe et un membre important qui plus est…
— Phoenix ? s’enquiert Jay d’une voix métallique de peur que l’intrus ne fasse allusion au Docteur.
— Thomas Andrews, alias « Phoenix », programmeur américain et cofondateur, avec vous-même, de votre petite équipe de hackers « RoTP » — « Rise of The Phoenix », l’envol du Phénix… Touchant, presque poétique si vous voulez mon avis… Monsieur Andrews est décédé dans un accident de la route en 1989, quelques mois après la dissolution de votre groupe.
Un bref silence menace de s’installer, Jérémy décide de le briser.
— Écoutez, quoi que ce soit dont vous voudriez m’accuser, monsieur ?… Je n’ai pas bien compris votre nom…
— Je ne vous l’ai pas donné, articule clairement l’homme au smoking.
— Je vois… appuie Jérémy en levant les yeux au ciel. Quoi que vous ayez en tête, nous avons toujours œuvré dans l’intérêt public, en prévenant les compagnies et les individus des failles que nous trouvions… Quant à Phoenix, je ne connaissais même pas son nom il y a encore cinq minutes, si vous insinuez que j’aurais quelque chose à voir avec sa mort…
— Je n’ai que faire de vos activités passées de hacker, monsieur Baltac, le coupe l’inconnu. Qu’elles aient été louables ou douteuses m’importe peu et je sais que vous n’avez rien à voir avec la disparition de monsieur Andrews. Ce que je ne sais pas en revanche, c’est pourquoi les membres de votre petite confrérie sont assassinés les uns après les autres…
OceanofPDF.com