Forfait illimité

Frank Labat · Chapitre 32 sur 48

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Forfait illimité

Chapitre 32

 

Philadelphie, États-Unis

 

Phoenix initie son protocole de protection, qui rendra son appel anonyme et impossible à tracer. Certain désormais que des nanobots sont actifs, il ne lui reste plus qu’un coup de fil à passer pour pouvoir les commander à son gré. Sachant que Baltac a éteint son portable et ne possédant bien évidemment pas les numéros des agents de Kinkaid en touche d’appel rapide, il compose donc celui de la veuve Wessler.

Il n’a aucune certitude quant à la personne qui a absorbé les nanites, mais il espère sincèrement que ce soit Baltac, afin qu’il puisse lui soutirer l’information tant convoitée. Bien qu’en y réfléchissant, Sarah Wessler semble aussi un excellent choix de chantage. Nul doute que l’informaticien dévoilerait l’identité du Docteur si Phoenix la soumettait à une rigoureuse séance de torture sous ses yeux.

L’échalas s’équipe d’une oreillette sans fil munie d’un micro intégré, puis vérifie sur son écran d’ordinateur que son application de messagerie instantanée et sa console de contrôle des nanobots sont bien opérationnelles. Trois sonneries retentissent, puis une voix féminine répond en anglais. Phoenix prend la parole dans la même langue :

— Madame Wessler ? Nous avons un ami commun que vous hébergez depuis quelques jours, je crois. J’apprécierais que vous me le passiez, j’ai une importante question à lui poser…

Pour toute réponse, il entend son nom jaillir si fort du petit écouteur qu’il esquisse une grimace d’inconfort et baisse aussitôt le volume.

— Je vois que ma réputation me précède.

Sur sa console, les indicateurs d’activation des nanobots passent au vert ; Sarah Wessler est infectée. Parfait, pense-t-il.

— Puisque vous savez de quoi je suis capable, cela nous fera gagner du temps. Vous savez sans doute ce qu’il va vous arriver si vous ne me mettez pas en communication avec Baltac tout de suite.

Une courte réponse dans son oreillette, prononcée d’une voix ferme et résolue, lui indique clairement l’état d’esprit de sa victime.

— Quelle grossièreté, cela ne vous va pas du tout miss Wessler, réplique-t-il sereinement.

Il positionne le pointeur de sa souris sur la zone qui inflige les décharges électriques, la pousse à quinze pour cent et saisit un SMS pour véhiculer ses instructions aux nanobots.

Il entend un léger gémissement dans son oreille. Un petit sourire en coin se dessine sur ses lèvres. Il prend de toute évidence beaucoup de plaisir à sa besogne.

Comme la veuve Wessler demeure muette, Phoenix insiste :

— Baltac, passez-le-moi maintenant.

Toujours rien, à part quelques échos. Il devine que la veuve est en mouvement. Parfait, pense-t-il, elle va chercher SdS.

Il entend quelqu’un crier le prénom de sa victime. Sans doute Baltac qui la rejoint.

Il a un regard de connivence vers Macmillan, toujours immobile à ses côtés. « Encore quelques secondes et vous pourrez partir à la recherche du Docteur » semblent dire les iris de nacre. Un claquement de porte résonne dans son oreillette. Phoenix fronce les sourcils en signe d’incompréhension. Un bruit de verre brisé lui parvient. Incrédule, il essaie d’imaginer ce qui peut se passer dans la résidence.

Le téléphone de Macmillan interrompt le cours de ses pensées. Le mercenaire s’en empare prestement et écoute sans rien dire. À peine quelques secondes et il raccroche pour annoncer d’un ton monocorde :

— C’était Lucy… apparemment la femme s’est jetée d’une fenêtre.

Les sourcils blancs se froncent un peu plus. Phoenix crispe la mâchoire en comprenant le sacrifice que la veuve vient de faire.

— Garce ! grince-t-il entre ses dents.

De son côté, Macmillan se demande ce qui dérange le plus son client. Le fait que sa question reste pour le moment sans réponse, ou le fait qu’il ne pourra pas torturer sa victime…

Il décide de prendre la parole sans y être invité, même si son employeur risque d’interpréter une telle audace comme un outrage, surtout dans son état d’esprit actuel.

— Voulez-vous repenser à votre décision concernant le raid, monsieur ?

Phoenix lui jette un regard glacial.

— Vous et Kinkaid, lâche-t-il d’un ton méprisant. Avec vos « armes à feu »… Je ne peux pas courir le risque que Baltac prenne une balle perdue, je vous l’ai déjà dit ! Amenez-moi toute la surveillance que nous avons sur son compte, je vais l’analyser moi-même, il y a forcément quelque chose qui vous a échappé et qui pourra nous mettre sur la piste.

— Comme vous voudrez, répond le mercenaire en quittant son poste.

Pendant plusieurs heures, Phoenix est passé au travers d’enregistrements de conversations, de captures de données et autres rapports de filatures concernant Baltac. Il le sait, ce dernier est lié au Docteur et il compte bien trouver une information quelconque qui lui permettrait de découvrir l’identité de ce fantôme.

Un avertissement sonore émanant de son ordinateur le sort de son travail de fourmi. Il saisit son mot de passe pour déverrouiller sa session et fixe l’écran, tout d’abord avec curiosité, puis une totale incrédulité. Ce qu’il voit s’afficher n’a aucun sens. Son logiciel de communication lui annonce un message entrant. Normalement, rien d’extraordinaire quand on se sert d’un ordinateur comme un téléphone, mais impossible dans le cas de la configuration de Phoenix. Il utilise en effet cette ligne uniquement pour composer les appels spéciaux vers ses victimes et pouvoir piloter ses nanites. Le numéro est masqué et en théorie impossible à tracer. Il ne l’a jamais fourni à quiconque, alors qui peut bien lui envoyer un message ?

Il ouvre l’application de communication en s’attendant à voir un texte qui ne lui est pas destiné. Car pour lui, une erreur de numérotation reste la seule explication possible. Quand ses yeux déchiffrent le message, il comprend qu’il s’est trompé. La simple ligne dit « � I’m coming for you ». La signature de trois lettres s’inscrit sur ses rétines aussi sûrement qu’un tison chauffé à blanc l’imprimerait sur sa peau, « SdS ».

La respiration coupée, Phoenix reste un moment immobile devant son écran, figé par la surprise. Puis, petit à petit, son souffle redevient régulier. Il quitte l’ordinateur des yeux et appelle Macmillan sur son portable. Ce n’est plus le moment de tergiverser, il faut agir au mieux et au plus vite.

— Macmillan ? Préparez vos hommes. Je veux Baltac tout de suite !

— Il a quitté la résidence, monsieur.

— Comment ça « quitté la résidence » ? aboie Phoenix. Et vous ne m’avez rien dit !

Macmillan marque un temps d’arrêt avant de répondre.

— Vous aviez explicitement demandé à n’être dérangé qu’en cas d’urgence…

— Et Baltac quittant la résidence, cela ne vous semble pas être une urgence ?

La voix de Phoenix trahit maintenant son stress. Le mercenaire l’a bien saisi et c’est d’un ton mesuré qu’il répond à son tour.

— Pas une qui nécessitait de vous déranger, monsieur.

— Imbécile ! crache Phoenix dominé par sa colère. Comme si vous pouviez ne serait-ce que comprendre ce qui est important ou pas, incapables que vous êtes !

Macmillan sourit devant son combiné et son sourire s’élargit encore lorsqu’il laisse tomber :

— Mais Lucy l’a pris en filature, monsieur. Nous pouvons l’intercepter quand vous voulez…

Un blanc s’installe, durant lequel Phoenix comprend le petit manège de son homme de main. Il se calme et reprend froidement.

— Non, inutile… il ne parlerait plus maintenant… Continuez la filature. Il va nous mener tout droit au Docteur.

— Bien monsieur.

— Et Macmillan… restez discret, c’est notre seule chance.

De son côté, le mercenaire se passe la langue sur les lèvres pour mieux savourer sa réponse.

— Aucun problème, monsieur, nous sommes peut-être des incapables, mais nous sommes aussi des professionnels…

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