Forfait illimité
Chapitre 30
Philadelphie, États-Unis
Téléphone en main, Phoenix prend connaissance du texto de confirmation
de Vaughan : « Done19». Il arbore un sourire satisfait.
Macmillan, toujours à côté de lui, n’en laisse rien paraître, mais il éprouve une profonde aversion pour son employeur. Ce dernier s’apprête à mettre à mort l’un de ses collaborateurs sans aucune arrière-pensée.
Le mercenaire prend une note mentale de bien vérifier ses arrières et ceux de son équipe. Il ne peut plus avoir confiance désormais. Lui se vend peut-être au plus offrant, mais il ne trahit pas ses propres hommes ! Quand plus tôt, il a proposé un raid sur la résidence Wessler, c’était pour en extraire Vaughan, pas pour l’abattre.
— Macmillan ?
— Oui monsieur, répond froidement le mercenaire en s’attendant à être remercié.
— Je sais ce que vous pensez.
Cela m’étonnerait, songe Macmillan.
— Les hommes de votre trempe, malgré l’illégalité de vos activités, vous avez, comment dire… une certaine loyauté entre vous.
— Il n’y a pas de loyauté entre criminels, récite laconiquement le mercenaire.
Phoenix esquisse un sourire.
— Hum… Vous comprenez ce que je veux dire… En tout cas… Ne voyez pas Vaughan comme un membre à part entière de l’équipe. S’il n’avait pas accepté de collaborer de son propre gré, nous l’aurions utilisé et éliminé, tout comme les autres. Vous n’avez pas d’arrière-pensée envers les autres ?
— Non, monsieur.
— Juste des pions, comme cet infirmier de Toronto, ou les nombreuses personnes que vous avez soudoyées, puis assassinées. Tous des pions sur l’échiquier, Macmillan. Vaughan ne déroge pas à la règle, même s’il est une pièce avec laquelle on fait durer le jeu, une botte secrète pour mettre le roi en péril.
— Je comprends, monsieur.
— Vaughan est condamné depuis le début. Ce n’est qu’une commodité. Ne le prenez pas comme une trahison. Vous et vos hommes n’avez rien à craindre. Vous savez pourquoi ?
Macmillan a depuis longtemps appris à laisser son employeur faire la conversation tout seul. La question est d’ailleurs toute rhétorique et Phoenix poursuit.
— Parce que vous et moi, nous avons simplement une relation de travail. Entre nous, c’est juste du business. Pas de sentiment, pas de complications… Vous vous acquittez de vos tâches, je vous paye, c’est tout. Quand notre opération sera achevée, vous toucherez votre bonus et ce sera fini, on ne se reverra plus jamais.
Phoenix regarde sa montre.
— Bon, Vaughan a amplement eu le temps de s’acquitter de sa dernière tâche. Une petite démonstration s’impose pour Kinkaid et sa bande. De quoi leur donner à réfléchir lorsque je ferai mes demandes.
Macmillan regarde son employeur pianoter sur le clavier de son ordinateur portable. Il ne peut pas voir l’écran dans son intégralité de là où il se trouve, mais ne s’avance pas pour autant sans y être invité.
Phoenix entre le numéro de téléphone de Vaughan dans son programme de messagerie instantanée. La fonction d’origine de cette application est l’envoi de texte type SMS à partir de n’importe quel ordinateur vers des appareils mobiles. Mais Phoenix l’a développée avec bien d’autres fonctionnalités supplémentaires. Une petite interface apparait au côté de la boîte de dialogue destinée à la saisie des messages, affichant une jauge de niveau et plusieurs indicateurs. Lorsqu’ils s’affichent tous au vert, Phoenix écrit un court texto et actionne un curseur avec le pointeur de la souris. Aussitôt la jauge augmente d’intensité, passant d’une zone blanche à verte, puis jaune. Phoenix maintient la jauge dans la zone rouge pendant quelques secondes, un sourire en coin, puis la fait passer dans le dernier segment du cadran, un petit carré noir. Plusieurs voyants s’éteignent et Phoenix commente :
— Les nanobots ne sont plus alimentés… Le champ électrique de notre ami s’est éteint.
C’est bien une épitaphe d’informaticien, pense Macmillan, habitué à des mises à mort plus directes.
— Tenez-vous prêt Macmillan, l’activation des nanobots disséminés par Vaughan ne devrait pas tarder. Baltac va bientôt nous avouer la localisation du Docteur.
19. Fait.
OceanofPDF.com