Forfait illimité
Chapitre 14
Las Vegas, États-Unis
Il n’arrive pas à se reconnaître dans le miroir. Michael Gilbert a tellement bu que sa vision se trouble. Il inspecte encore son reflet dans la glace qui tapisse le mur de l’autre côté du comptoir, réussit cette fois à focaliser sa vue et son attention quelques secondes.
Il est ébouriffé, le regard dans le vague. Ses lèvres pincées lui confèrent un air abruti et il se voit dodeliner de gauche à droite dans un équilibre précaire sur le haut de son tabouret. Il est temps pour lui de rentrer à son hôtel.
Michael se masse les yeux, ouvre et referme plusieurs fois sa bouche pâteuse. Il finit par se donner des petites gifles pour se réveiller. Cela produit l’effet escompté et il inspire une grande bouffée d’air pour finir de recouvrer ses esprits.
Il décide de tenter sa chance et descend avec précautions du tabouret tout en s’accrochant au bar. Après avoir vérifié qu’il peut tenir debout, il fouille la poche de son pantalon et en ressort une poignée de billets froissés qu’il laisse sans compter à côté de son verre de bourbon vide. Il s’éloigne en titubant et manque de se rétamer de tout son long. Un bras salvateur vient lui apporter le soutien nécessaire.
— Drank too much ?11
En se redressant, Michael inspecte une paire de jambes sveltes au galbe accentué par la position haute des chevilles dans des escarpins bleus à paillettes. Des jambes qui ne semblent pas en finir. Il réalise qu’elles appartiennent à celle qui vient de lui demander s’il a trop bu. Il se redresse d’un coup en essayant de prendre l’air surpris de celui qui a juste trébuché. Mais le mouvement est un peu trop rapide pour son cerveau embrumé et il vacille dangereusement, non sans noter au passage que la paire de jambes est surmontée par une robe du même bleu que les escarpins et d’une taille merveilleusement courte.
Le soutien du bras de l’inconnue se raffermit pour l’empêcher de choir à nouveau. Michael profite de cette stabilité retrouvée pour finir son inspection. La jeune femme mesure environ une tête de moins que lui. La robe au décolleté plongeant moule son corps athlétique à la perfection. L’échancrure laisse deviner des seins ronds et fermes. Michael ne discerne aucun rembourrage artificiel, chose plutôt rare.
Avant qu’il ne puisse répondre à l’évidente question, elle lui décoche un large sourire en lui expliquant qu’elle ne peut pas le laisser partir tout seul dans cet état. Il ne lui vient pas à l’esprit une seconde de la contredire. Et, s’appuyant sur elle avec un peu plus d’insistance que nécessaire, ils quittent le bar du casino pour sortir sur les trottoirs bondés du « Strip ».
Le Strip est le nom donné à une portion du « Las Vegas Boulevard » le long duquel s’étirent les plus célèbres casinos et les plus grands complexes hôteliers du monde. Les lumières ne s’y éteignent jamais si ce n’est en hommage aux crooners de légende comme Dean Martin ou Frank Sinatra. Sur plus de six kilomètres, c’est un défilé de styles et de couleurs, où bateaux de pirates, pyramides égyptiennes, Paris de pacotilles et Rome antique se côtoient avec un goût plus que douteux. La foule y est dense, surtout la nuit et le bruit incessant des machines à sous assaille les oreilles aux alentours de toutes les portes d’entrée. Tout y est démesuré et abondant : spectacles, Casinos, buffets à volonté, longues limousines et racolages plus ou moins subtils. En général, les Européens, passé le stade des premiers émerveillements, s’en écœurent vite. Le Strip est aux adultes ce que Disney World est aux enfants. Et les grands ne vont pas plus visiter la ville de Las Vegas elle-même que les petits ne vont visiter Orlando en sortant du parc de Mickey.
Après avoir quitté « l’Excalibur », casino au thème médiéval, ils remontent le fameux boulevard vers le nord sur environ deux kilomètres entre l’avenue Tropicana et la route Flamingo. Là, ils arrivent enfin au « Caesar Palace » où Michael a loué une suite de luxe. La petite marche l’a en partie dégrisé et il est plus amène de juger la situation. Nul doute que sa bonne samaritaine ne soit autre qu’une professionnelle à la recherche d’un riche client. Vegas regorge à foison de ce type « d’escorte » dans ses casinos, qui moyennant bon prix accompagnent les joueurs jusque dans leur chambre.
Parfaite situation pour Michael. Quoi de mieux pour finir sa première journée à Las Vegas ? Il a joué tout son saoul sur les machines à sous, claqué des jetons de 500 $ au Black Jack et bu les meilleurs bourbons de la place. Maintenant il va remonter dans sa suite, commander les plats les plus onéreux et coucher avec cette créature de rêve, prête à combler le moindre de ses fantasmes contre monnaie sonnante et trébuchante. Et l’argent, ce n’est pas cela qui lui manque, pense-t-il lorsqu’ils traversent le hall en direction des grands ascenseurs.
À peine dans la cabine, elle se colle à lui, ondulant son corps parfait contre le sien.
— A night to remember…12 souffle-t-elle dans son oreille.
La tête lui tourne un peu, mais cette fois d’excitation. Il compte bien se souvenir de cette nuit, en effet.
Ils sortent de l’ascenseur en gloussant. Michael la dirige vers la grande double porte de sa suite. Elle enlève ses souliers et continue pieds nus sur l’épaisse moquette rouge du couloir, ses escarpins à la main.
Par maladresse, Michael laisse tomber la carte magnétique sur le seuil de la porte. Avant qu’il ne puisse s’en emparer de nouveau, elle l’a déjà ramassée et ouvre en grand les deux battants. Il prendrait bien une douche pour finir de dessouler, mais elle le tire à l’intérieur, claque les portes et ses seins collés contre son torse, le fait reculer jusqu’au bord de l’immense lit. Michael vacille lorsque ses mollets heurtent le sommier. Elle le pousse en arrière pour achever de rompre son équilibre.
Il tombe sur le dos, les bras en croix, rebondissant mollement sur le matelas souple. Il n’arrive pas à y croire, c’est une vraie tigresse. Elle progresse déjà à quatre pattes, puis se redresse à califourchon sur lui. Il se débarrasse de ses chaussures en frottant ses pieds l’un contre l’autre et commence à se dandiner pour rejoindre le centre du lit. Elle suit langoureusement sa remontée à coups de hanches suggestifs.
Lorsqu’il arrête enfin sa progression, elle fait de même, plaçant de manière stratégique son entrejambe au niveau des cuisses de son partenaire pour mieux le soumettre à sa volonté. Elle se penche en ondulant son corps et d’une main experte déboucle la ceinture du pantalon de Michael qui ne peut réprimer un râle de plaisir anticipé. D’un coup sec, elle glisse la lanière de cuir en dehors de ses passants. Puis d’une moue aguicheuse, elle lève ses sourcils tout en faisant claquer la ceinture dans les airs. Le bruit de coup fouet dessine un sourire béat sur le visage de Michael. Il va vraiment passer un bon moment.
La call-girl s’incline vers lui et il tend ses lèvres dans l’attente d’un langoureux baiser. Tout se passe alors très vite. Elle se soulève un peu pour soulager la pression de son corps et exerce une impulsion précise sur l’épaule de son partenaire. Michael tourne sur lui-même. Couché sur le ventre, il sent tout le poids de la tigresse peser sur son dos. Impossible pour lui de se soustraire à sa prise. Autour de son cou, une étrange pression se fait ressentir et avant que Michael ne comprenne que sa propre ceinture l’étrangle, il manque déjà d’air.
Il veut crier, mais la lanière de cuir utilisée d’une main experte lui écrase le larynx. Alors il cherche à se défendre, remuer et dans un dernier sursaut il se cabre de tout son long. Mais elle ne bouge pas, les cuisses fermement serrées sur ses flancs, la professionnelle prend maintenant des allures de cow-girl chevauchant un taureau de rodéo. Elle resserre la ceinture un cran plus fort et Michael retombe sur le lit. Définitivement privé d’oxygène, un voile rouge, puis noir s’abaisse sur ses yeux jusqu’à ce qu’il perde connaissance.
La prédatrice maintient sa prise une minute supplémentaire. Il ne s’agit pas d’un jeu érotique, mais bel et bien d’une mise à mort. Une fois certaine que sa besogne est exécutée, elle se redresse, descend du lit et réajuste sa robe sans précipitation.
11. Trop bu ?
12. Une nuit inoubliable.
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