Forfait illimité

Frank Labat · Chapitre 22 sur 48

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Forfait illimité

Chapitre 22

Philadelphie, États-Unis

 

Replaçant son portable dans sa poche poitrine, Macmillan déboule dans le cagibi qui le mène à l’antre de son employeur.

Il hésite un instant sur le seuil de la porte, sans glisser son pouce sur le lecteur. Les nouvelles de Fisher ne vont pas plaire à son client et Macmillan appréhende la manière de présenter son rapport.

La gâche se déverrouille avec un claquement sec.

— Entrez ! lance Phoenix qui l’a vu arriver par les caméras de surveillance.

Le commandant se décide, raffermit sa posture et entre.

Toujours en blouse blanche, l’albinos est perché sur un haut tabouret, le corps voûté, en train de consulter l’ordinateur portable placé sur le comptoir devant lui. Il ne lève pas les yeux et continue sa besogne, comme hypnotisé par l’écran.

Macmillan ne dit rien, attendant d’être invité à parler, ce qui vient bientôt sous la forme d’un simple :

— Alors ?

Le mercenaire se racle la gorge et commence à égrener son rapport sur un ton formel.

— Le composé a bien été livré dans plusieurs points de fabrication. La distribution a déjà commencé. Selon notre estimation les produits devraient se répandre dans la population générale d’ici demain. Dans quelques heures seulement dans le cas de l’Europe, avec le décalage horaire.

— Parfait, commente Phoenix sans daigner relever la tête de son écran.

— Côté communication, les plus grands fournisseurs ont déjà été compromis selon vos spécifications. Il reste juste Verizon pour la couverture domestique.

— Que s’est-il passé ?

— L’homme que nous avions infiltré n’a jamais pu pénétrer dans les locaux qui nous intéressaient. Mais nous avons payé l’un des techniciens qui possède les accréditations nécessaires, il devrait passer à l’action dès demain, lors d’une demande de maintenance officielle, une couverture parfaite.

— Un outsider ? questionne Phoenix d’une voix froide.

— Nous disposerons de lui juste après sa participation.

— Discrètement cette fois, j’espère ?

— Ce sera maquillé en accident, monsieur, pas comme l’intervention de Las Vegas. Et nous éliminerons toute trace du versement d’argent pour éviter les soupçons.

— Excellent ! Nous approchons du but. Tout est prêt de mon côté, à l’exception d’une chose…

Macmillan et son équipe n’étant instruits que des informations pertinentes à leurs tâches, il ne peut pas se constituer une idée complète du plan de son employeur. Il sait, bien sûr, qu’il s’agit d’une opération de grande envergure, mais seul son commanditaire en connaît tous les détails. Aussi se garde-t-il bien de commenter les propos du géant, préférant laisser celui-ci en dire davantage s’il le souhaite.

— Des nouvelles de mon ami Baltac ? reprend Phoenix.

— Non, monsieur. Aucune activité sur son portable depuis plusieurs jours. Le dernier relevé GPS enregistré le situe à Toronto.

— Toronto ? Hum, intéressant… Parti rendre visite à la veuve éplorée de l’abeille…

— Monsieur ? questionne Macmillan, ne comprenant pas ce que cet insecte vient faire dans l’histoire.

Phoenix relève la tête et pour la première fois depuis le début de la conversation, semble prêter attention à son interlocuteur.

— Il aura sans doute éteint son mobile pour être tranquille pendant qu’il porte réconfort à madame Wessler.

— C’est notre théorie aussi, monsieur.

— Hum, je ne les savais pas si proche, commente Phoenix d’un air songeur. Resserrez votre surveillance sur Baltac, dépêchez quelqu’un sur place, c’est votre prochaine cible.

— Bien monsieur.

— Macmillan…

— Monsieur ?

— Pas de bévue. Il me faut Baltac vivant. J’ai besoin de le faire parler, si vous voyez ce que je veux dire.

— Tout à fait monsieur.

Phoenix s’arrête là et Macmillan pense qu’il va mettre fin à la conversation. Mais il reprend, lancé sur ses pensées et apparemment en veine de confidences.

— Baltac est la clé. C’est lui qui va me permettre d’obtenir un rendez-vous avec le Docteur…

Un sourire sinistre se dessine sur la face du géant, qui s’apercevant sans doute que ses propos paraissent incohérents à Macmillan, complète :

— Ne vous inquiétez pas pour ma santé. Ce n’est pas ce genre de docteur.

Macmillan acquiesce d’un bref mouvement de tête. Il a l’habitude des soliloques de son mandataire. Si certaines déclarations lui paraissent parfois confuses, nul doute que Phoenix, lui, comprenne ses propos. Pour l’instant, ce qui préoccupe Macmillan, c’est de devoir jeter de l’ombre sur le beau tableau de son employeur…

Phoenix se redresse et descend de son tabouret.

— Et l’Espagne, interroge-t-il ?

Nous y sommes, pense Macmillan avant de répondre.

— Nous avons pu retrouver les documents. Fisher les a transférés à notre équipe technique, ils modifient le contrat pour que la clause publicitaire soit acceptée.

— Parfait, maintenant que ce cher Mosquito ne peut plus s’y opposer, nos échantillons vont pouvoir inonder tous les magasins de jeux vidéo de Corée, du Japon, de l’Europe et d’Amérique du Nord. Tout est prêt ?

— Toute la production est en zone de stockage. Dès que le contrat sera validé, la distribution pourra commencer.

— Je veux ce contrat ratifié aujourd’hui, c’est compris ?

— Ce sera fait monsieur.

— Vous pouvez disposer Macmillan.

Le mercenaire ne bouge pas.

— Autre chose ? interroge Phoenix.

Le commandant se racle de nouveau la gorge.

— C’est à propos de l’Espagne, monsieur.

Phoenix hausse les sourcils.

— Vous venez de me dire que tout était en ordre.

— Oui, monsieur, nous avons éliminé la cible et récupéré le contrat. Mais Fisher est persuadé d’avoir rencontré des hommes du gouvernement, monsieur… Je crains que nous n’ayons été repérés.

Macmillan s’attend au pire. Il s’arrime fermement au sol et se prépare pour la réaction de son employeur.

Phoenix se penche en arrière et… éclate de rire…

 

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