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Frank Labat · Chapitre 39 sur 48

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Chapitre 39

Paris, France

 

— Organiser une visite de routine, ce n’est pas le problème, explique Alexandre d’un ton soucieux. Eh oui, ton accréditation est toujours valable et te permettra d’accéder au sous-sol. Mais tout ceci est de la folie !

Jérémy a rejoint Alexandre à son appartement. Se sachant très probablement recherché, surtout après son petit jeu de cache-cache à l’aéroport de Toronto, il n’a pas voulu prendre le risque de se rendre au bureau ni même chez lui.

Le salon de son bras droit, tout comme le reste de son appartement, est d’un style classique. Boiseries sombres, larges moulures aux murs, papier peint à rayures lie-de-vin et crème surlignées de fins liserés dorés. Sans être ancien, le mobilier est massif, avec des formes courbées et des ornements qui rappellent un style Louis XV. Au-dessus de la grande table en acajou ciré, un immense lustre à plusieurs niveaux supporte plus d’une douzaine d’ampoules en forme de flammes de bougies dont la lumière se reflète dans les décorations de cristal suspendues à ses branches. Alexandre est installé en bout de table, dos à une longue fenêtre montant presque jusqu’au plafond haut de plus de trois mètres. Jay est assis le long de la table, face à un buffet dont les portes vitrées centrales gardent jalousement un set de couverts en argent.

Les deux hommes ont discuté un long moment. Jérémy a non seulement résumé la situation avec Phoenix, mais il a aussi, sous le sceau de la confidence, révélé l’existence du Docteur à Alexandre.

— C’est de la folie, répète Alexandre. Toi et ton… Doc… contre un sociopathe et son armée de mercenaires. Ça n’a aucun sens.

— C’est pour cela que j’ai besoin de toi Alex. S’il m’arrive quoi que ce soit, je te charge de prendre soin de Doc.

— Comment veux-tu qu’il ne t’arrive pas quelque chose ! s’emporte Alexandre. Tu es informaticien Jérémy, ingénieur en sécurité, pas garde du corps ni cascadeur ni agent secret. Ce n’est pas pour toi tout ça.

Jay le fixe longuement.

— C’est quelque chose que je dois faire, tu comprends ?

— Je comprends ce que tu peux ressentir, mais je t’en conjure, laisse les autorités s’en charger.

— Kinkaid est au courant, comme je te l’ai expliqué. On aura tout son soutien pour donner le change. Mais il faut agir vite et pour le moment, il n’y a que le Doc qui puisse faire quelque chose.

Alexandre se recule dans son siège et laisse tomber ses mains sur le bord de la table.

— Quand ai-je jamais pu t’empêcher de suivre tes idées ? Tête de mule que tu es.

— Jamais, mais tu as toujours réussi à les tourner en centre de profit… ironise Jérémy.

Alexandre soupire.

— Ce n’est pas pareil et tu le sais bien… conspirer, comploter… ce n’est pas toi…

— Qu’y a-t-il de si différent avec la lutte contre un hacker qui tente de pénétrer un système ?

— Pour commencer ton hacker n’a pas un revolver à la main ou des sbires à sa botte. Ce n’est pas du virtuel ce coup-ci, Jérémy.

— L’est-ce réellement jamais ?

Alexandre lève les bras au ciel.

— Ce n’est pas le moment pour la philosophie de boulevard, Jay. Si cela tourne mal, c’est ta vie qui est en jeu !

— Et si je ne fais rien, combien de vies sont en jeu ?

— Jay, épargne-moi le discours du héros, s’il te plaît. Toi et moi savons très bien que ta motivation principale n’est sûrement pas de sauver des vies.

Jérémy prend un air offusqué. Mais son ami l’ignore et poursuit :

— Oh ! Oui, bien sûr, c’est un bon bonus, mais ça reste du collatéral. Si tout marche comme prévu, quand tu auras la localisation de Phoenix, tu comptes la partager avec ton major ?

— Absolument, répond Jérémy avec conviction.

Alexandre hoche la tête.

— Avant ou après que tu lui aies rendu une visite personnelle ?

Jay demeure silencieux.

— Écoute, reprend Alexandre. Tu sais bien que tu peux compter sur moi. Mais c’est aussi mon rôle de remettre en question tes décisions, non ?

Jérémy sourit.

— C’est pour cela que tu es là, oui.

— Bon, maintenant que j’ai rendu mon office… Si les choses tournent mal, c’est promis, je m’occuperai de ton ami. Discrètement, il ne se doutera de rien. Et je m’efforcerai d’aider ton major Kinkaid à arrêter cette folie.

— Merci Alex.

— De rien… J’appellerai le directeur de l’informatique demain matin à la première heure, pour le laisser savoir que tu passeras faire une petite maintenance. En attendant, on va t’installer dans le bureau, le sofa se déplie. Tu devrais essayer de te reposer un peu. Demain sera une dure journée.

 

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