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Frank Labat · Chapitre 35 sur 48

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Chapitre 35

Roissy, France

 

— Tiens mon chéri, sèche tes larmes. Voilà, c’est fini, là…

L’enfant a été très impressionné par l’atterrissage et a pleuré pendant toute l’approche finale. Lucy ignore la petite scène familiale qui se joue sous ses yeux. Elle s’est déjà levée pour se mettre en position dans le couloir et sortir rapidement. D’où elle se trouve, elle ne peut pas discerner avec détails les personnes installées en première classe, mais elle compte bien rejoindre Baltac au plus vite dès la descente de l’avion.

Déjà, les premières têtes avancent. Lucy joue des coudes pour gagner quelques places, ce qui lui vaut des commentaires offusqués dont elle ne se soucie guère. Elle arrive à son tour dans la zone des premières. Tous les occupants sont déjà sortis. Elle continue et prend pied sur la passerelle de débarquement sans répondre aux salutations courtoises de l’équipage de vol.

Elle presse le pas et remonte le flot des passagers à la recherche de Baltac. Elle sait qu’avec son passeport français, il pourra traverser plus vite qu’elle aux postes de sécurité. Elle veut par conséquent s’assurer de passer avant lui pour avoir une chance de le retrouver dans la zone nationale de l’aéroport. Devant elle la cohorte s’amenuise, elle a rattrapé les voyageurs de première classe. Nulle part elle ne voit Baltac. Le couloir dans lequel elle se trouve fusionne avec un second qui déverse d’autres passagers. Elle fend la foule, persuadée d’être désormais la première de son propre vol Toronto-Paris. Pourtant, elle n’a pas relevé la trace du Français. Un nœud commence à se former au creux de son estomac. Elle est frappée d’un mauvais pressentiment. Elle s’arrête net, fait demi-tour et fend la foule à contre sens sous les regards étonnés et parfois réprobateurs de ses anciens compagnons de cabine.

Elle arrive à l’avion dont tous les passagers ont maintenant débarqué. Une hôtesse la voit pénétrer dans la cabine.

— Vous avez oublié quelque chose, madame ? demande-t-elle avec un sourire.

Lucy entre sans répondre, s’avance un peu dans la cabine et pointe vers le siège où elle a vu Baltac avant le décollage.

— L’homme qui était ici, vous l’avez vu sortir ?

L’hôtesse la regarde, surprise.

— Sortir ?… Je ne peux pas vous affirmer de l’avoir vu sortir, par contre je peux vous dire que tout le monde a débarqué, le décompte passager est formel.

Une seconde hôtesse apparaît, en provenance de l’arrière de l’appareil.

— Il y a un souci ?

— Madame voulait savoir si le monsieur du 2B était sorti, lui répondit sa collègue.

— 2B ? Ce n’est pas le passager qui a débarqué juste avant le décollage ?

Blême, Lucy interroge d’une voix étranglée :

— Débarqué ?

— Oui, renchérit l’hôtesse. Il avait une urgence et comme il n’avait pas de bagage enregistré, nous l’avons laissé partir.

Elle se retourne avec un geste agacé et ressort de l’avion, abandonnant les deux hôtesses assez pantoises devant son sans-gêne.

Lucy se saisit de son portable et appelle son supérieur.

— Monsieur ?

Elle crispe la mâchoire et lève les yeux au ciel avant de lâcher :

— Il est parti, monsieur. Débarqué de l’avion avant le décollage.

Silence.

— Quoi !

— Il était en première, je n’avais pas…

— Épargnez-moi vos excuses idiotes, où est-il maintenant ?

— Heu… peut-être toujours à Toronto ? propose-t-elle.

Comment veut-il que j’aie la moindre idée de sa localisation ? Je viens de passer huit heures dans une boîte de conserve…

— Ça va, je m’en occupe… restez sur Paris en attendant vos prochaines instructions.

— Bien monsieur.

Ils raccrochent ensemble et Lucy reprend le chemin vers la sortie, cette fois-ci avec beaucoup moins d’entrain.

 

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