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Frank Labat · Chapitre 21 sur 48

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Chapitre 21

 

El Formigal, Espagne

 

Le docteur passe devant Fisher sans lui prêter attention.

Dans un tout autre établissement hospitalier digne de ce nom, le mercenaire aurait dérobé une blouse blanche et personnifié lui-même un médecin. Le staff y est si étendu, entre équipe de jour et équipe de nuit, que personne ne connaît tous les praticiens. Une blouse blanche suffit à arpenter les couloirs sans éveiller les soupçons.

Mais dans la petite clinique privée d’El Formigal où tout le monde se connaît, ce type de stratagème le ferait repérer tout de suite. C’est pourquoi il a opté pour la blouse grise et les gants réglementaires des équipes de nettoyage. Personne ne fait attention au personnel de nettoyage, surtout pas les médecins.

Il continue tranquillement le long du couloir dont l’accès est réservé aux employés. Il pousse un chariot qui contient un balai, une serpillière, un sceau et un grand sac plastique noir tendu autour d’un cerceau de métal. La visière de sa casquette est inclinée vers le bas, masquant son visage.

À l’approche du panneau marqué « depósito de cadáveres », il ralentit son allure et s’empare du balai. S’avançant vers la morgue il fait mine de balayer le couloir avec une conscience toute professionnelle.

Arrivé à la hauteur des doubles portes grises, il entrebâille l’un des battants avec son épaule et risque un rapide coup d’œil à l’intérieur. Rassuré de ne voir personne, il vérifie que le couloir est lui aussi désert et entre dans la pièce.

Fisher a déjà fouillé l’appartement de Rodriguez de fond en comble la veille sans trouver ce qu’il cherchait. La seule explication reste donc que le graphiste a gardé le contrat sur lui le jour de son exécution.

La morgue est petite, pas de tiroirs frigorifiques dans ce modeste établissement, mais un grand réfrigérateur dans le fond, fermé par une épaisse porte en métal avec un imposant levier en chrome. Un vrai frigo de boucher, pense Fisher. Mais lorsqu’il l’ouvre, ce ne sont pas des carcasses de porcs pendus par les pieds qui l’accueillent. À l’intérieur, un simple chariot où un drap vert pâle laisse deviner les formes du corps qu’il recouvre. Il est glissé dans le coin opposé à la porte.

Fisher n’est pas surpris. En cette saison El Formigal est très peu fréquenté et il ne s’attendait pas à devoir vérifier de nombreux cadavres avant de trouver celui de Rodriguez. Sans même se soucier de confirmer l’identité du corps, le mercenaire se penche et fouille le plateau inférieur du chariot. Il en extirpe un sac plastique blanc sur le flanc duquel l’écusson de la clinique est imprimé, entouré d’un cercle de lettres indiquant « Haga clic en privado El Formigal » — « Clinique privée d’El Formigal ».

Il pose le sac sur le drap, au niveau des cuisses et commence à fouiller les vêtements que Rodriguez portait en arrivant. Il récupère bientôt une épaisse enveloppe de la poche revolver du veston.

Il remet le sac à sa place et sort de la chambre froide pour profiter de plus de lumière. Le mercenaire extirpe la liasse de papier de l’enveloppe pour la feuilleter rapidement. Il reconnaît bien le contrat de lancement du prochain jeu vidéo produit par le studio multimédia du graphiste. Fisher glisse le tout de nouveau dans l’enveloppe et l’empoche. Il se dirige vers la double porte et s’arrête net en entendant des voix en provenance du couloir.

Scrutant la pièce avec attention, il avise une corbeille à papier, extirpe le sac gris à moitié plein et se redresse au moment où les battants s’ouvrent.

Brandissant le sac devant lui comme un trophée, il se faufile au milieu des étrangers en civil qui pénètrent dans la place accompagnés d’un médecin, en disant :

— La basura…

Personne ne fait mine d’empêcher le nettoyeur de sortir avec « la poubelle » et on s’écarte même pour le laisser passer.

Fisher remarque le pli du pantalon de l’un des hommes, de travers au niveau de la cheville, signe de la présence d’un holster et d’un petit calibre. Il n’a pas l’occasion de détailler le second visiteur, mais ne serait pas surpris que celui-ci porte un holster sous l’aisselle… Des agents. Il s’attarde juste un temps derrière la porte pour s’en assurer. De l’autre côté, on parle, en anglais, de faire rapatrier le corps dans un établissement mieux équipé pour pratiquer une autopsie complète.

Machinalement, Fisher veut se saisir de son portable pour informer Macmillan. Mais il se trouve dans une clinique. Utiliser son cellulaire ne ferait qu’attirer l’attention sur sa personne en ces lieux où un tel usage est contrôlé. Il accélère le pas, jette la poubelle dans le grand sac de son chariot, abandonne ce dernier sur place et part au pas de course vers le bout du couloir qui mène à la porte de service.

Délaissant sa blouse d’emprunt et sa casquette sur le seuil, il se saisit aussitôt de son portable.

 

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