Gwendolyn
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XIII
Vendredi 27 novembre, café de Toekomst, tard…
Franchir le pont éclairé Erasmus est toujours un spectacle. Une harpiste est venue poser son instrument sur la nouvelle Meuse et le chant de ses notes enveloppe les rives des mélancolies qu’elle transporte. Le visage collé à la vitre, les yeux sautillant dans les cordes, Klaas profite des mélodies qu’il s’invente en traversant l’ouvrage phénoménal. Les buildings lumineux qui se reflètent sur le rivage transcendent la mise en scène du pont à haubans sur le fleuve dont le point d’orgue est son basculement, les soirs de nuits claires, pour laisser filer un magnifique trois-mâts, rappelant aux Néerlandais qu’ils sont avant tout un peuple maritime. Chaque jour, ils doivent vivre avec la mer avec qui ils partagent les moindres caprices.
Le pont passé, le trafic de la cité vous replonge immédiatement dans votre réalité, celle ou Willem attend ses deux collègues pour faire un point sur l’enquête.
Entre temps, Klaas a appelé Hartmann et ils ont convenu de poster un policier devant la chambre du suspect dès samedi matin, lorsqu’il ne sera plus sous sédatif et en attendant les résultats du labo le concernant.
C’est la fin de journée, les trois policiers aiment se retrouver au café de Toekomst sans que l’ambiance conviviale nuise à la qualité de leur travail. Bien au contraire, devant un verre, l’émulation qui s’y développe agit comme un brainstorming. C’est bien souvent ici qu’ils trouvent la solution. Willem rend compte de ses investigations.
« J’ai donc rencontré Ute comme convenu. Elle reconnaît, avec beaucoup d’hésitation, Godelieve sur la photo que je lui ai présentée. Il est vrai que la photo n’est pas significative, c’est celle de son dossier prise lors de son arrestation et sur cette photo Godelieve a le crâne rasé et le visage tuméfié. Concernant un éventuel trafic illicite au Mahzen, elle affirme qu’Harald ne se livrait à aucun trafic, ou alors elle l’ignorait. La seule entorse qu’elle lui reconnaît, c’est l’embauche de serveuses qu’il ne déclarait pas ; comme Godelieve. D’ailleurs elle ignorait que Godelieve était son vrai prénom et qu’elle avait été incarcérée. Après, elle admet qu’elle était rarement de service la nuit et qu’il lui est difficile de savoir qui fréquentait le bar, durant ces soirées. Pour l’écart de caisse, elle ne sait pas. Les recettes journalières étaient répertoriées chaque jour dans une enveloppe, qu’Harald déposait le lendemain à la banque. Le reçu bancaire était remis au comptable avec le ticket récapitulatif de la caisse enregistreuse. Le fond de caisse était toujours le même. Harald manipulait, à son sens, peu de liquide, hors comptabilité, juste pour payer les filles non déclarées.
Joep a fait des recherches concernant une disparition éventuelle d’un Frederik mais pour le moment ces investigations demeurent vaines. Et pour les caméras, toujours rien d’exploitable.
— Merci Willem. De notre côté, nous avons rencontré la mère de
Godelieve. Aucune piste, elles ne se parlent plus depuis l’incarcération de sa fille. Floortje, tu vas lancer un avis de recherche au niveau national pour que nous puissions la localiser. Godelieve est, j’en suis certain, un élément clé. Elle seule sait vraiment ce qui s’est passé dans cette chambre. Demain, nous aurons les résultats du labo, cela sera certainement décisif. Je sais que vous n’êtes pas de service ce week-end, je vous appellerai si j’ai des informations déterminantes. »
Le débriefing se termine concluant la journée. La tournée qui suit laisse place à la convivialité, celle où ils oublient leur statut pour être quelques instants eux-mêmes. Ce sont ces échanges qui consolident une équipe et créent des liens sociaux et amicaux, sans eux, la grande famille policière ne saurait prendre corps.
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