Gwendolyn

Bruno Vaisse · Chapitre 7 sur 36

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Gwendolyn

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VII

 

Jeudi 26 novembre, Bar du Mahzen, 16 heures.

Lorsque Klaas revient sur une scène de crime scellée, il a toujours cette sensation nauséeuse que le monde s’est figé dans l’horreur. Son imagination fertile le transporte vers ces séries post-apocalyptiques qui abreuvent nos écrans au quotidien et créent des atmosphères anxiogènes, où le regret du monde d’avant ne nous fait pas pour autant changer celui d’aujourd’hui, comme si personne n’y croyait vraiment.

L’agitation collective des constats liminaires a disparu. Les premières heures sur un lieu de crime sont complexes. En effet, la coordination des différents acteurs ne facilite pas la concentration nécessaire pour extraire les éléments substantiels qui font avancer une enquête. La plupart du temps, l’indice pertinent ne se révèle qu’a postériori. Il est là, en sommeil, anodin. Lorsque l’enquête piétine, il devient celui qui liera les différentes pièces du dossier entre elles. Mais cet élément aime se faire désirer, il ne s’impose pas de lui-même. Il faut aller le chercher et surtout ne pas le négliger car il n’apprécie guère cela. Cet indice aime jouer à cache-cache et ne se dévoile qu’aux besogneux, à ceux qui le méritent, qui sont volontaires pour lire, relire une scène de crime et pour en extorquer le moindre détail. Alors, il surgit et lorsqu’il est présenté au suspect, il impose l’aveu ! Pour déceler cet indice, un inspecteur aguerri se replonge forcément, à un moment donné, sur le lieu du crime ; faut-il, bien évidemment, que ce dernier ait pu être identifié pour rendre, de surcroît, l’enquête plus facile.

Nous savons tous que la vie est une pièce théâtre et, pour la comprendre, il faut nécessairement s’asseoir dans le fauteuil du spectateur. Les pires criminels sont ceux qui écrivent le scénario de leurs méfaits, le réalisent et le jouent. Leurs homicides sont volontaires, imaginés, réfléchis. Ils sont particulièrement redoutables car ils ont besoin de reconnaissance et qu’importe qu’ils soient un jour démasqués. L’essentiel pour ces personnages fascinants est d’exister le plus longtemps possible. Ils savent qu’à l’issue du procès le rideau tombera, que les spectateurs détourneront leur regard vers une autre affaire tout aussi glauque mais captivante. S’ils veulent perdurer, ils ne peuvent le faire qu’à la seule condition que leurs horreurs puissent être médiatisées et surtout romancées. Il faut reconnaître que le crime prémédité exige un certain talent et une patience méthodique.

La journée de mercredi n’a rien ajouté à ce dossier estampillé désormais : « Bar du Mahzen  » . L’inspecteur doit assurément repérer une piste sérieuse afin d’orienter l’enquête. Il lui faut absolument avancer, le procureur du Roi n’acceptera certainement pas le statu quo, d’autant que Klaas se trouve être, dorénavant, le seul référent. Il ne pourra pas se justifier en évoquant sa hiérarchie. Klaas y songe en mordant à pleines dents le sandwich acheté à la sauvette sur la route qui l’a conduit jusqu’au Mahzen. Il se concentre : gourmand, il recherche l’indice impartial tant convoité.

Il s’approche du tiroir de la caisse enregistreuse encore grand ouvert et totalement vide. Spontanément, il soulève le bac à monnaie, sous lequel, il découvre une enveloppe en papier kraft. Elle contient plusieurs coupures de billets avec cette inscription : « recette 23/11 2356 euros ». Pourtant à l’intérieur, 1000 euros manquent. Comment un tel élément a-t-il pu échapper à la scientifique qui a relevé les empreintes sur la caisse enregistreuse ? s’interroge-t-il. Pour Klaas, un débriefing s’impose, il faut absolument éviter ce genre de négligence. Une telle erreur n’aurait jamais été commise par un voleur, quel qu’il soit, car il a toujours le réflexe de vérifier que rien ne se cache sous ce casier. Il interrogera Ute à ce sujet. Si la globalité de la somme n’a pas été dérobée, nous pouvons supposer que le mobile du meurtre n’est pas la recette du bar. Avons-nous affaire à un règlement de compte ? Pourquoi ne prendre que mille euros ? Le bar du Mahzen s’adonnait-il à des activités illicites ? Cet argent a-t-il permis d’honorer une quelconque facture en attente ?

Consciencieusement, l’inspecteur prend des notes sur son smartphone. 

Il pénètre dans la chambre sinistre. L’hémoglobine au sol lui rappelle ce film « Cleaner » où Samuel Jackson joue un ancien flic dont le métier est de nettoyer les scènes de crimes. Klaas apprécie le cinéma américain et sa manière grandiloquente de gérer les affaires criminelles.

Lorsque l’on est policier, on s’amuse de ces entorses faites par les scénaristes d’outre-Atlantique avec la réalité des contraintes juridiques et surtout statistiques. A lire ou écouter les différents médias, à regarder les séries américaines qui sont diffusées en permanence, les Etats-Unis seraient une nation ultra violente. A la télévision, on peut sans crainte affirmer que les scénaristes tuent chaque minute alors que, statistiquement, les américains sont loin d’être dans le peloton de tête. Certains états comme Le New Hampshire, le Vermont ou Iowa, entre-autres, ont des niveaux de criminalité inférieurs à de nombreux états d’Europe. Les différents médias, à force de diffuser inlassablement des feuilletons policiers sordides, ne créent-ils pas un sentiment d’insécurité chez les citoyens américains qui ont la sensation angoissante que les tueurs en série foisonnent dans les rues ?

Dernièrement, Klaas avait échangé avec un de ses amis français qui revenait d’un voyage à New York City. « Sais-tu Klaas qu’il est plus paisible, paradoxalement, de se promener à New York qu’à Paris ? La violence est moins visible et l’insécurité quasi absente ? »

Pourtant, la violence télévisuelle surexposée ne crée-t-elle pas, in fine, une surenchère qui suscite elle-même la violence réelle, qu’elle autoalimente, tel un mouvement perpétuel, donnant du grain à moudre aux monstres en sommeil ?

Quand il enquête en solo, Klaas se surprend à jouer à l’acteur, il cherche la caméra et fixe le spectateur imaginaire. Il entend le metteur en scène lui crier : « Klaas ! Fixe la caméra, ne la quitte pas des yeux, nom de Dieu ! »

Cette petite voix intérieure le fait sourire, elle est si réconfortante. Nous partageons tous de longs moments avec cette voix familière sans que nous soyons capables d’en identifier le son. L’entendez-vous ?

Klaas se reconcentre et dresse un inventaire à la Prévert des objets qui traînent et qui ont été abandonnés par Gwendolyn. Son départ précipité est certainement la conséquence directe du meurtre d’Harald.

Au-dessus de l’armoire se trouve une valise d’un rouge pomme d’amour, cette friandise que l’on achète sur les champs de foire. La recette consiste à enrober une pomme golden d’un nappage en sucre de la couleur d’une cerise. La première croquée est toujours difficile, nos dents glissent sur la surface de la boule brillante comme des patins sur la glace. Rares sont les enfants qui y parviennent sans la gourmandise ogresque de leurs parents.

La fermeture Éclair du bagage vide est hors d’usage. Klaas fouille les poches, méticuleusement, une à une, et découvre au fin fond de l’une d’entre elles, dans une couture, une jolie bague en argent coiffée d’un diamant. A l’intérieur, la date du 10 janvier 1949 est gravée en italique. Il la regarde avec attention puis la glisse dans un sac en plastique qu’il referme soigneusement. Il poursuit sa quête méthodiquement.

Dans l’armoire, quelques vêtements froissés traînent, ici et là, ainsi que quelques flacons, quasi vides, de produits cosmétiques.

Il abandonne la chambre, visite la cuisine, les toilettes, les salles du bar et la cour intérieure mais il ne détecte aucun nouvel élément.

Klaas referme la porte, consolide les scellés et s’en retourne au commissariat. Hormis cette bague et l’enveloppe dans la caisse enregistreuse, il se sent bien bredouille.

*

Lorsque Klaas retrouve Willem et Floortje, l’après-midi bat son plein. Partageant un café dans une agréable pièce de repos parfaitement aménagée, ils échangent leurs différentes investigations.

« Alors Willem, l’enquête de voisinage a-t-elle porté ses fruits ?

— Rien de vraiment pertinent. La zone n’est pratiquement pas habitée.

Ce sont surtout des locaux professionnels. Le bar de Mahzen fait plutôt office de lanterne sociale dans le quartier. Entre deux et trois heures du matin, la rue est complètement déserte et aucune caméra de surveillance n’est installée dans le périmètre. Les quelques commerces qui y sont implantés n’ouvrent qu’à partir de 7 heures du matin. Désolé Klaas, je n’ai rien trouvé d’utile pour le moment.

— Oui je comprends, toujours difficile d’enquêter autour du port. Et

toi, Floortje ?

— Du côté des hôpitaux, il y a eu, ce soir-là, six urgences dont une qui

pourrait correspondre à nos recherches : un homme d’une soixantaine d’années gisant aux abords du Park de Heerlijkheid a été pris en charge par le 112. Il a été amené au Centre médical Erasme vers quatre heures du matin. La police fluviale a été dépêchée sur place et a fait les constatations d’usage ; l’homme était inconscient. Il présentait plusieurs fractures et plaies diverses avec une hémorragie

abondante. Les autres cas sont des accidents de la route sauf une personne qui s’est défenestrée dans le quartier de Delfshaven. Donc rien, a priori, qui pourrait être lié à notre enquête, hormis le blessé du parc. 

— Parfait Floortje, allons à l’hôpital rendre visite à cet homme.

Willem peux-tu élargir les recherches autour de la zone, en te rendant au point central de surveillance pour vérifier quelles sont les caméras les plus proches, on ne sait jamais ! Téléphone également à la fluviale pour savoir qui est en charge de l’enquête concernant l’homme blessé au Park de Heerlijkheid !»

En remontant l’avenue Coolsingel qui mène à l’hôpital Erasme, Klaas espère secrètement que la personne hospitalisée ne soit pas celle dont l’ADN a été retrouvé au Mahzen. Cela serait bien trop facile et le priverait d’une enquête qu’il souhaite hardie et trépidante. Il n’obtiendra ses galons de maréchal qu’à cette condition, à défaut ses collègues le railleront, il en est convaincu.

*

« Bonjour Madame, inspecteur Van Naamen de la police de Rotterdam, pourriez-vous m’indiquer le service du professeur Van Den Berck ?

— Bonjour Monsieur, le service du professeur Van Den Berck ? Vous

prenez l’ascenseur sur votre droite, c’est au troisième étage !

— Merci Madame. »

Les deux policiers rejoignent l’ascenseur machinalement, sans le moindre échange. Le métier d’enquêteur s’alimente de longs silences. Ils sont rarement pesants. Ils font partie d’une profession qui travaille dans l’ombre, au nom de la justice, et les investigations laborieuses se satisfont de ces temps où l’on est ensemble, sans forcément échanger. La prise de parole doit s’accompagner d’un apport factuel sinon elle perturbe le raisonnement. La confidence ne se fait qu’au café de Toekomst lorsque chacun ressent le besoin de se relâcher, ou quelquefois, lors de ces interminables missions nocturnes de surveillance.

Nul ne peut demeurer indifférent à l’atmosphère qui règne dans un hôpital. Nous sommes impactés émotionnellement car elle nous renvoie à nos propres angoisses et limites. Nous nous projetons en fonction de notre âge ; plus nous vieillissons, et plus la promenade dans les couloirs s’apparente à une marche funèbre. La jeunesse de Klaas ne l’éloignait pas pour autant de cette procession funeste, il se souvenait des semaines passées ici à accompagner son père mourant, foudroyé par un cancer du pancréas.

Le do dièse du carillon, commun à tous les ascenseurs du monde entier, retentit et annonce l’ouverture des portes. Ils sortent de l’ascenseur avec détermination. Face à eux se trouve une somptueuse banque d’accueil en sapin où s’affaire une secrétaire qui transpire, tous azimuts, le stress administratif.

Klaas lui présente docilement sa plaque, avec un sourire un tantinet sympathique.

« Bonjour Madame, je souhaiterais parler au professeur Van Den Berck ?

— Le professeur est absent, il a eu malheureusement un accident de

moto, mais son assistant le docteur Bransword est présent, voulez-vous le rencontrez ?

— Oui s’il vous plaît !

— Je lui annonce votre arrivée, son bureau est sur votre gauche au

fond du couloir.

— Merci Madame, je vous souhaite une agréable journée. »

En emboîtant le pas de Klaas, sa coéquipière ne peut s’empêcher de le taquiner :

« Toujours aussi charmeur, notre capitaine ! » lui lance-t-elle avec son sourire ravageur. 

Klaas est susceptible et, au lieu de rebondir par une réplique sur le même tempo, il lui répond sèchement :

« Je trouve qu’il n’y a aucune raison de ne pas être agréable avec les gens que nous interrogeons et qui n’ont, évidemment, rien à voir avec nos investigations. »

Floortje sourit, elle aime le provoquer sans qu’il ne s’en rende compte. Klaas bataille éperdument, jamais il ne lâche prise.

Averti par la secrétaire, le docteur Bransword sort de son bureau et vient à leur rencontre.

Ils se saluent courtoisement. Le médecin les invite à s’installer dans un salon confortable et coquet, réservé aux personnels soignants.

Le praticien ne ressemble pas aux docteurs qui foisonnent sur nos écrans plats. Sa blouse blanche usée lui donne un air sinistre et besogneux. Sa calvitie précoce trahit les interminables révisions où il a dû se passer la main dans les cheveux, inlassablement, pour ne pas sombrer dans le sommeil. Son visage jeune, fade et ordinaire, ses traits androgynes, son corps long, raide et frêle le rendent insignifiant.

Sa prestance machinale et érudite rebute, on devine de suite la compétence sans empathie. Klaas sait que cette façade n’est qu’une protection indispensable dans un monde où la mort rôde en permanence. Lorsque nous rencontrons un thérapeute, la plupart du temps nous avons l’impression qu’il nous parle d’un prêchoir, ce qui nous oblige à lever les yeux. Est-ce cela l’infériorité ? Même si Klaas comprend que le personnel hospitalier doit se préserver, il ne peut l’admettre. Il garde une certaine inimitié qu’il n’exprime pas.

Lors du décès de son père, la froideur des médecins l’avait contrarié et ne l’avait pas aidé à apaiser sa douleur. La difficulté à connaître la vérité sur la maladie de son père l’avait fréquemment énervé. Combien de fois avait-t-il dû patienter pour qu’un médecin dédaigne lui accorder un peu de temps pour l’informer de l’évolution dramatique de la maladie ? Durant les derniers jours précédant le décès de son « pa », il avait amèrement constaté que l’humanité est la grande absente du milieu hospitalier. Il avait même fait une analogie entre la sphère médicale et le monde judiciaire. Comme dans un tribunal, ni l’accusé, ni le malade ne connaissent leur rôle. Contrairement à tous les autres acteurs, juges, avocats, médecins, personnels soignants, ils sont les seuls à être dans la vérité ; ainsi ils n’ont pas besoin de jouer pour l’inventer. A force d’être quotidiennement infantilisé, son père en avait perdu sa dignité. Ici, dans ces labyrinthes médicaux nombreux sont ceux qui se trompent, hormis la maladie. C’est elle qui chaque jour fait office de souffleur et donne le ton aux acteurs.

Malgré tout, dans ces usines à soigner, à compter, à rationaliser, à évaluer, à économiser, à optimiser, la présence bienveillante d’une aide-soignante avait aidé son père agonisant, à franchir certains caps. Elle lui apportait un peu de réconfort et de chaleur dans cette antichambre de la mort qui sentait plutôt le mauvais potage que le parfum du large. Dans les systèmes hiérarchiques, ce sont bien souvent les petites gens qui sont les plus empathiques. Le sont-ils par ignorance, bonté ou tout simplement parce qu’ils ont déjà compris intuitivement l’essentiel ?

Klaas se ressaisit et professionnellement, d’une voix calme et douce, sans animosité, interroge le docteur :

« Il y a deux jours, un homme a été hospitalisé dans votre service après avoir été découvert au Park de Heerlijkheid. Nous enquêtons sur un homicide qui a eu lieu dans un quartier du port. Nous aimerions vérifier que votre patient n’est pas mêlé à cette sordide affaire. Pourrions-nous l’interroger ? 

— Oui, je comprends mais pour le moment, vous allez devoir patienter

et je le regrette : le patient est en soins intensifs. Il a plusieurs fractures aux côtes, une très grave blessure au crâne secondaire à un traumatisme crânien sévère de stade III. Des signes de décérébration ont été constatés au niveau des extrémités des membres extérieurs. Le pronostic vital n’est plus engagé mais il vous faudra patienter quelques jours avant de l’interroger. Lorsque nous l’avons pris en charge, un policier nous a dit qu’un signalement avait été fait au commissariat du port. Nous avons déjà reçu la visite d’un de vos collègues qui nous a précisé qu’une enquête a été ouverte. Je peux vous donner le nom du policier qui est venu nous interroger, il m’a laissé sa carte.

— Oui je veux bien, je vous remercie. Je vais contacter le procureur

et je vous fais parvenir une demande de prélèvement sanguin concernant le patient afin que nos services puissent procéder à une comparaison ADN.

— Oui bien évidemment, nous allons préparer cet échantillon et je

vous le ferai parvenir. Voulez-vous m’accompagner afin que je vous communique le nom de votre collègue ? »

Les deux policiers s’exécutent, relèvent le nom du brigadier chargé de l’enquête, saluent le docteur qui leur tend sa carte de visite à toute fin utile.

« Je vous appelle, dès que le patient sera en capacité de répondre à vos questions. 

— Merci Docteur, à très bientôt ! »

*

Sur le chemin du retour, Klaas appelle le brigadier Hartmann, de la fluviale.

« Bonjour Monsieur Hartmann, c’est Klaas Van Naamen du commissariat de Zaagmolenstraat, j’enquête sur l’homicide qui a eu lieu dans la nuit de lundi à mardi, au bar du Mahzen, nous pensons que le patient hospitalisé à Erasme et retrouvé au Park de Heerlijkheid pourrait être lié à notre affaire. Connaissez-vous son identité, avez-vous des éléments utiles à nous communiquer qui pourraient faire avancer notre enquête ? 

— Salut Klaas ! pour le moment nous n’avons rien. L’homme n’avait

pas de papiers d’identité sur lui. Nous enquêtons autour du parc à la recherche d’indices qui faciliteront son indentification. Je reviens vers toi, dès que j’ai du nouveau. »

Klaas devine qu’Hartmann est un policier expérimenté ne serait-ce que par le fait qu’il le tutoie et l’appelle par son prénom. Depuis quelques années, au sein de la corporation, cette collégialité, propre aux anciens, se perd. D’une police pragmatique où les policiers travaillaient étroitement ensemble, et de ce fait, tissaient des liens, nous sommes passés à une police informatique qui passe la majorité de son temps à surfer sur des écrans de contrôle où sont stockés des renseignements de plus en plus abondants sur les citoyens. Les contacts humains sont plus rares et par voie de conséquence, ils s’accompagnent davantage de convenances qui stéréotypent et déshumanisent progressivement la profession de son côté paternaliste. Klaas apprécie forcément cette vieille école puisqu’elle lui rappelle les ambiances qui régnaient au domicile familial quand les collègues de son père y venaient à de nombreuses occasions, et que les enquêtes passionnantes surchauffaient l’atmosphère. Dans un coin du salon, il écoutait, subjugué, le brouhaha de ces hommes héroïques.

Klaas le remercie, sans savoir vraiment s’il doit le tutoyer et l’appeler par son prénom. Il y a un passage de relais générationnel qu’il ne veut pas assumer. Alors dans ces cas précis, notre cerveau s’adapte et neutralise la situation en la rendant impersonnelle :

« Parfait, merci et à bientôt ! »

La Volkswagen glisse en remontant le long de l’avenue Coolsingel. Il règne dans l’habitacle un climat studieux, chacun des deux fonctionnaires cherchant comment rebondir sur les quelques informations obtenues. 

Le soleil glisse vers l’horizon emportant avec lui les poussières du jour et surtout celles des hommes.

*

 

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