Gwendolyn
text00050
XXXII
Lundi 7 décembre, Rotterdam ; 20 heures 35.
La nuit a englouti le jour depuis 5 heures déjà. L’horloge du micro-ondes affiche 20:20. Une agitation presque imperceptible se fait entendre derrière la porte blindée. Gwendolyn colle son oreille contre la paroi métallique froide. Les bruits deviennent plus audibles et dénoncent une présence humaine. Gwendolyn éteint les lumières. Elle est prête, elle sent que son agresseur se rapproche d’elle. Elle va pouvoir exécuter son plan. Elle prie pour qu’il fonctionne et espère retrouver l’extérieur afin de s’extraire de cette cavité où elle rumine des projections sombres depuis quelques heures. Son plan élémentaire devrait porter ses fruits. Son élémentarité naïve pourrait faire sourire mais bien souvent les actions les plus rudimentaires apparaissent comme les plus efficientes.
Un bruit d’ouverture électrique retentit. La porte s’ouvre doucement laissant apparaître le faisceau d’une torche qui scrute la pièce. Gwendolyn se tient collée au mur à quelques mètres de la porte, elle voit les serpentins lumineux la chercher dans la pièce.
« Tu as beau te cacher, je sais que tu es dans cette pièce et je vais forcément te trouver. Tu ne peux m’échapper et même si tu arrivais à fuir de cette chambre, tu n’irais pas loin de toute manière. »
Il s’esclaffe sadiquement. Gwendolyn veut se convaincre que son geôlier bluffe pour l’obliger à sortir de sa cachette.
« Je suis armé. Je vais venir te chercher et rien, ni personne ne pourra te sauver. »
L’homme pénètre dans la pièce avec circonspection. Alors, pour qu’il baisse la garde, Gwendolyn apparaît, une main armée d’un pied d’abat-jour, face à lui, à quelques mètres. Il l’éclaire avec sa torche électrique. Elle le provoque verbalement, lève l’objet et fait mine d’avancer pour l’appâter. Son arme de circonstance le met en colère, il va lui montrer de quel bois il se chauffe. Il ne supporte pas qu’on lui résiste : ce trait pathologique unit tous les serials killers. Il se dirige violemment vers elle pour la frapper.
Il se prend les mollets dans un fil de nylon invisible, qu’elle a trouvé dans un carton et qui sert à la pêche au gros. Sa chute est accélérée par une flaque d’huile abondante qu’elle a répandue sur le sol en dessous de son piège. L’homme glisse sévèrement sur le sol ; elle se rapproche de lui presque par réflexe, victorieuse, sans crainte, ses nerfs lui donnent du courage. Elle lui assène un violent coup sur le crâne avec l’abat-jour. Son tortionnaire s’évanouit. La panique l’emporte et elle s’enfuit de la pièce sans réfléchir.
Elle se retrouve dans une seconde pièce du sous-sol et repère la lucarne qui lui diffusait le rayon de lumière salvateur. A droite, un court couloir donne accès à une trentaine de marches menant au rez-de-chaussée. La porte de liaison est ouverte. Gwendolyn se retrouve dans un vaste couloir luxueux. Elle s’affole, cherche la sortie. Elle la voit. Elle s’active et court vers l’extérieur désespérément. Derrière la porte semi-vitrée de jolis vitraux, son salut l’attend. Elle pense avoir accompli le plus difficile et elle se croit enfin sauvée. Elle ouvre la porte et se fige, terrorisée. Elle ne bouge plus d’un millimètre. Devant elle, deux dobermans d'attaque, en position debout, lui barrent le passage. Ils ont les oreilles et les poils dressés, les yeux fixés sur leur proie. Ils grognent, bavent et montrent leurs crocs. Elle envisage de se replier mais elle entend, derrière elle, un troisième grognement. Elle ne bouge plus, elle se sent piégée, son plan a échoué.
Après des secondes d’une longueur infinie, elle entend la voix de leur maître la libérer.
« Assis ! »
Les chiens cessent de grogner, se mettent en position assise et ne bronchent plus.
« J’avoue que vous m’avez agréablement surpris. Votre plan candide a failli fonctionner. Mais franchement, me pensez-vous assez stupide pour ne pas assurer mes arrières, dès lors que vous m’empêchiez de vous surveiller ? J’ai pensé à un moment vous envoyer une bombe lacrymogène mais cela vous aurait rendue moins belle. »
Cynique, il ajoute :
« Avouez que vous auriez pu m’enfermer dans votre coquette chambre à coucher. Heureusement que votre affolement vous a privé de cette audacieuse éventualité, sinon mes chiens affamés vous auraient, au bout de quelques heures, dévorée. Ce qui vous attend désormais sera, tout de même, moins pire. Aujourd’hui vous avez votre seconde chance d’être violée et de mourir ! En m’agressant, votre patron a juste retardé votre échéance. Votre résistance, votre fuite et mes recherches ont stimulé mes pulsions, je crois que je vais apprécier votre souffrance et calvaire. J’avais préparé un repas en tête à tête, avant notre cérémonie sexuelle et funeste, mais la police a contrarié mes plans. Tant pis pour votre dernier repas, ce sera pour une prochaine fois, quand nous nous retrouverons en enfer. »
Ses cheveux imbibés de sang lui donnent un air monstrueux.
« Suivez-moi ! »
Il la bâillonne, ouvre le coffre de sa berline et la pousse à l’intérieur. Puis il s’installe au volant et démarre en trombe. Il actionne le portail automatique, quitte la somptueuse propriété et s’assure que les portes ne se referment pas derrière lui.
*
OceanofPDF.com