Gwendolyn
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II
Mardi 24 novembre, Bar du Mahzen, 4H25.
La brume caresse les longs quais du port et cache les gigantesques cargos que l’on devine derrière la lumière blanche et aveuglante de leurs spots puissants. On ne distingue que les étroites passerelles qui ressemblent à des perfusions mécaniques. Elles sont davantage éclairées pour mieux les matérialiser et assurer ainsi la sécurité des marins qui ne les arpentent qu’au compte-goutte. Les grues colossales apparaissent puis disparaissent dans le brouillard matinal, grinçant sous la charge des containers déplacés. Elles jouent aux fantômes avec les dockers à pied d’œuvre depuis plusieurs heures déjà. L’ambiance de travail évoque ces complexes sidérurgiques où l’activité est dense mais la présence humaine rare.
La machine impose désormais son diktat partout, l’homme n’étant plus dorénavant qu’un automate exécutant des process et des consignes, posté derrière un appareil numérique de commandes. Seules les réunions syndicales permettent encore à ces hommes de se retrouver ou alors ils ne leur restent plus que les bars qui délimitent, sans concurrence, les gros complexes portuaires. Les cafés forment ainsi, malgré eux, un périmètre naturel, une sorte de no man’s land entre la vie familiale et le monde singulier de la marine marchande. Un monde d’hommes, de sueur et de graisse, dont les féministes ne raffolent guère.
À 4 heures 30, Ute prend son service au bar du Mahzen. Les poivrots de la nuit ne sont plus que des ombres lorsqu’elle fait l’ouverture à cinq heures pour accueillir les premiers clients qui viennent chercher, près du massif comptoir en bois, le réconfort et la chaleur du café noir corsé. Elle aime ce moment privilégié et, à l'inverse de son patron Harald, elle ne partage pas le même jugement quant au chaland qui fréquente le bistrot durant la matinée. Contrairement à ceux de la nuit, les consommateurs des premières heures sont braves, courageux, et ils ne sont absolument pas dépravés, affirme-t-elle. Mais cela est certainement dû à son âge et son empathie pour ces travailleurs qu’elle respecte et qui trouvent en elle, chez elle, une tendresse rude et maternelle qui leur donne ce sentiment que cet endroit est une des pièces de leur maison, voire un peu plus.
Depuis presque 10 ans, son accueil domestique crée une magie quotidienne chaleureuse autour du zinc, réconfortant ces hommes laborieux qui oublient, quelques courts instants, la fatigue physique accumulée durant la nuit. Lors de ces matinées, il est agréable de respirer au bar cet air de famille contrastant avec l’ambiance agitée qui anime le commerce la nuit. La Taverne du Mahzen a deux faces, comme nous tous pardi, qu’elle présente le jour à Ute et la nuit à Harald. D’ailleurs, n’est-ce pas dans ces espaces que nous avons la plus pertinente photographie sociale d’un quartier ?
Dans les cités de non-droit, les bars sont les derniers témoins de la désolation qui y règne. Dernières enseignes à résister avant que la loi des dealers n’encadre définitivement ces donjons modernes, les bars ferment et leurs gérants quittent un à un ces périphéries urbaines abandonnées depuis plus de quarante ans par la majorité des démocraties européennes. Leur fermeture sonne le glas de toute vie sociale et laisse le champ libre à des seigneurs autoproclamés aussi barbares que ceux du Moyen Âge.
*
À quelques dizaines de mètres de la porte d’entrée, une inquiétude picotée d’angoisse oblige Ute à accélérer le pas. La porte du Mahzen bat au vent et aucune lumière ne jaillit du bâtiment qui impose sa masse à la rue silencieuse et déserte.
Elle retient la porte battante, qu’elle pousse délicatement et comme pour se rassurer demande d’une voix affectionnée, presque inaudible :
« Harald, es-tu là ? »
Elle s’avance à pas feutrés comme un chat, le dos rond et le poil hérissé, vers l’interrupteur. Elle appréhende. Cette situation anormale met son cerveau en effervescence. Elle imagine le pire et se ressaisit pour s’armer de courage.
Après avoir éclairé le hall d’entrée, elle se dirige spontanément, comme chaque jour, vers l’armoire électrique pour éclairer le bar et la petite salle qui le jouxte. À l’ouverture, les clients ne sont guère nombreux et il n’est pas nécessaire d’ouvrir la grande salle, épicentre des beuveries nocturnes.
Rien d'inhabituel ne perturbe ses automatismes sauf ces quelques gouttes de sang parsemées sur le sol du couloir qu’elle découvre en dressant un inventaire rapide de la situation.
Elle s’enfonce dans le vestibule au ralenti en recherchant d’autres traces d’hémoglobine. Les taches sont régulières et mènent à la chambre de Gwendolyn qui dort à l’étage. Son pouls s’accélère, sa peur s’estompe… elle se précipite, pensant tout naturellement venir secourir sa collègue à qui, il est certainement arrivé un accident.
La porte de la chambre est ouverte. Elle glisse délicatement sa main sur l’interrupteur. Elle retient son souffle. Au cœur d’une mare de sang gît Harald. Le lit de Gwendolyn est vide, les draps sont souillés d’un rouge inimitable, celui de la mort qui sèche.
Elle sautille nerveusement sur place, tourne dans tous les sens, s’effondre, les mains sur la bouche pour calmer ses gémissements.
« Oh mon dieu, oh mon dieu ! »
Elle reste quelques minutes abasourdie avant de reprendre ses esprits et dévale l’escalier pour se ruer sur le téléphone.
« Ici le commissariat central que puis-je faire pour vous ? »
*
Klaas est dépêché rapidement sur les lieux après les constatations préliminaires de la brigade intervenue immédiatement, suite à l’appel téléphonique de Ute.
C’est la première fois que le commissaire divisionnaire l’envoie seul sur une scène criminelle. Il prend évidemment, cette affaire très au sérieux. Il se murmure tel un défi :
« C’est maintenant ou jamais ! »
Klaas ressemble à cette frange de policiers d’aujourd’hui dont l’allure négligée nous empêche de les identifier. Seule leur carte de fonctionnaire leur octroie l’autorité qu’ils revendiquent. Sans cela, nous ne saurions vraiment décrire qui ils sont ou ce qu’ils font. Ils se distinguent outrageusement par leur banalité. Est-ce pour mieux se camoufler et être ainsi plus opérants ? Ou tout simplement par manque de temps et/ou de moyens financiers ?
Un blouson beige décati, un jean noir usé, trop ample, une barbe de plusieurs jours légèrement grisonnante, des cheveux sans allure, notre inspecteur ne fait aucunement exception à la règle, bien au contraire, il la confirme incontestablement ; sa dégaine bien trop décontractée représente fidèlement sa corporation.
De toutes les manières, force est de constater qu’il n’a pas la prestance sombre et charismatique des enquêteurs d’antan qui avaient fière allure avec leur gros pardessus à col de velours et leur chapeau en feutre soigné. En est-il pour autant moins efficace ?
Les yeux de Klaas naviguent méthodiquement sur cette scène morbide qui le laisse perplexe. Ni le vacarme de voix stridentes qui règne sur le parvis de l’immeuble, ni les faisceaux bleus des gyrophares qui éclairent la chambre par intermittence, comme des sémaphores fous, ne l’empêchent de se concentrer.
La chambre est ordinaire mais bien entretenue. Sa surface avoisine les onze-douze mètres carrés. En entrant, à droite se trouvent un lit en laiton d’une personne, vide, dont les draps en bataille sont tachés de sang et une table de chevet de style empire. Sur la gauche du lit, un homme gît, couché sur le côté, identifié par Ute comme étant le patron du bar. A un mètre de lui, sur le sol, se trouve un pied-de-biche, que Klaas suppose être l’objet utilisé pour violenter le tenancier. Sans le rapport du légiste, il n’existe à ce stade aucune certitude, uniquement des hypothèses qui servent de fil conducteur et orientent les premières investigations. Le plancher en bois est clairsemé de traces de sang qui mènent vers l’extérieur et s’arrêtent brutalement sur le bord de la route, face à une place de parking vide. Les portes de l’armoire en formica sont grandes ouvertes ; elle a été, de toute évidence, dégarnie précipitamment. Un lavabo nu de tout objet, où suinte quelques traces roses, et une serviette blanche souillée complètent le tableau funèbre.
Klaas scrute chaque détail qui n’apporte aucune réponse ; bien au contraire, leur incohérence complexifie la situation.
Il manque des éléments : pourquoi ce sang sur le lit ? Pour quelles raisons la chambre a-t-elle été désertée rapidement ? Comment se fait-il que le propriétaire du café se soit retrouvé dans cette pièce ? Pourquoi n’a-t-il pas été agressé directement dans le bar ? Klaas a la conviction que plusieurs personnes ont participé à ce scénario macabre. Comment ? Pourquoi ? Quand ? Chaque question est une pièce d’un puzzle qu’il va falloir reconstituer pour espérer dénouer cette affaire et identifier celui ou ceux qui sont responsables de ce qu’il considère, pour l’instant, comme une banale horreur.
Durant ses études de droit, le jeune inspecteur avait lu un livre captivant qui lui avait révélé une vocation, non pas pour le métier de policier, mais plus particulièrement pour les professions qui tentent d’expliquer et de déchiffrer les dérives humaines. Ce manuel développait une thèse assez simple qui se résumerait ainsi : Le morbide engendre l’exception. Même si nous banalisons la violence criminelle en la médiatisant à outrance, elle n’en demeure pas moins singulière. Chaque assassin, chaque délinquant criminel a un parcours remarquable. Il s’extrait de l’ordinaire pour donner naissance à sa monstruosité. Il franchit un point de non-retour qui, un jour ou l’autre, lui sera fatal puisque désormais près de 90% des crimes sont élucidés en Europe et les assassins condamnés. Les possibilités de passer entre les mailles du filet s’estompent inéluctablement grâce aux progrès de la science criminelle qui augmentent les performances d’élucidation des homicides.
Klaas se posait souvent la question à l’envers. L’ordinaire dépend-il de l’exceptionnel ? Sans extrême, quel qu’il soit, comment pourrions-nous définir ce qui est ordinaire ? L’excès définit-il la norme ou bien cette dernière, parce qu’ennuyeuse, entraîne-t-elle l’excès ? Pour Klaas, l’exceptionnel est un spectacle, rien de plus, et la majorité des gens n’aspire pas à devenir acteur. Il soutient inlassablement l’idée que l’ordinaire, contrairement aux apparences, se suffit à lui-même, et se nourrit de situations exceptionnelles : son unique but est d’agrémenter le quotidien. On se lasse moins de l’ordinaire que de l’exceptionnel car généralement il est moins fatigant, surtout intellectuellement. L’homme est, avant tout, paresseux et quand il s’agit de devenir exceptionnel, il traîne plutôt les pieds. Klaas aime les brûlots, il en raffole. Ses galimatias créent toujours la polémique et débattre jusqu’à l’épuisement, avec ses amis, anime sa personnalité : cela lui donne corps et l’alimente.
Klaas affiche deux traits de caractère : opiniâtreté et esprit critique. Il ne lâche rien, et cette capacité est précisément appréciée par ses collègues, surtout ses supérieurs.
Dans l’univers complexe de la justice, Klaas rencontre des personnages originaux. Leur mécanique diabolique mobilise son énergie intellectuelle. Il prend plaisir à deviner, à imaginer, à interpréter, puis à se substituer à l’assassin. Par mimétisme, il apprivoise ses particularismes pour réagir comme lui, afin d’anticiper ses intentions pour, in fine, l’arrêter et l’empêcher d’être bien trop exceptionnel.
La panacée serait bien sûr d’être sur la piste d’un tueur en série, un « serial killer » puisque l’expression est dorénavant à la mode, mais la vérité est ailleurs. Durant une carrière professionnelle, rares sont les policiers qui ont affaire à ce profil de criminels. Le tueur en série est plus par le nombre une fiction cinématographique qu’une réalité. Les statistiques le prouvent ; dans la vraie vie, ils sont peu nombreux comparés aux meurtriers ordinaires, ceux qui pètent une « durite », comme nous l’exprimons si familièrement. L’assassinat est bien plus excitant qu’un meurtre. L’un finalise une construction intellectuelle démoniaque tandis que le second n’est que l’expression d’un comportement impulsif qui fera certainement les choux gras de l’expert psychiatrique mais certainement pas ceux du policier.
Pour Klaas, la messe est dite depuis belle lurette. Après son stage dans le quartier de Afrikaanderwijk à Rotterdam, Klaas est parvenu à la conclusion suivante, plus par réalisme que par cynisme : le policier ordinaire mène des enquêtes ordinaires et glauques, dans un monde ordinaire, illustrées quelquefois par une affaire exceptionnelle qui est une sorte de quête du Graal pour un gardien de la paix. Dans les faits, la carrière d’un « flic » se termine toujours dans l’anonymat. Pour preuve, n’y-a-t-il rien de plus anonyme qu’un policier en retraite, s’esclaffe Klaas lorsqu’il cherche à provoquer ses collègues ? Lorsque nous rendons notre plaque et notre Glock, ne devenons-nous pas, la plupart du temps, insignifiants ? Il faut reconnaître qu’il a une parfaite connaissance du sujet qu’il enrichissait lorsqu’il rendait visite à son père dans son modeste pavillon de banlieue à Purmerend. Durant quelques heures, parfois tout un dimanche, il partageait la banalité de la vie de son père en écoutant le récit de ses multiples enquêtes qui auraient dû, à l’entendre, l’ériger en héros national. Pour preuve, les malfrats qu’il a coffrés ne se souviennent plus de lui aujourd’hui, c’est dire à quel point tout ceci se veut consternant.
Ce constat navrant le rend-il ambitieux ? Oui, de toute évidence ! Ce désir de gravir les échelons est un moteur pour mieux appréhender la morosité de son quotidien professionnel. Il pense, avec raison, que plus son grade sera élevé et plus il aura accès à des dossiers sensibles. Klaas est convaincu que l’exception n’est jamais en bas de l’échelle sociale, bien au contraire, elle exulte au plus haut niveau. Si les crimes y sont aussi morbides que dans les bas-fonds des quartiers dépravés des grandes cités urbaines, ils sont indéniablement plus exaltants, ne serait-ce que par la complexité des personnalités qui les commettent. Son souhait est de devenir commissaire, voire davantage, et il ne s’en cache guère. Il envisage de s’inscrire prochainement au concours et il comprend l’opportunité qui s’offre à lui s’il parvient à résoudre cette affaire rapidement ; une véritable aubaine pour son dossier de candidature !
Au vu de la situation et des éléments troublants qu’il relève, en arpentant les différentes pièces de la brasserie, Klass pressent une enquête compliquée mais ô combien palpitante ! Est-ce cela le flair ?
Après un échange bref et courtois avec le coordinateur de la police technique et scientifique, il se dirige vers Ute qui l’attend patiemment, prostrée, dans la grande salle du bas.
« Vous dites, Madame, qu’en principe votre collègue qui loue la chambre aurait dû s’y trouver et que rien ne justifie son absence.
— Oui c’est cela ! Hier quand j’ai passé le relais à Gwendolyn à 14
heures, elle m’a dit qu’elle était très fatiguée en ce moment et qu’elle profitait de toutes ses nuits pour récupérer.
— Elle ne sortait donc pas ?
— Non, Gwendolyn était très secrète et son seul but était d’économiser
assez d’argent pour rendre visite à ses parents qui étaient sans nouvelles d’elle depuis 4 ans.
— Où habitent ses parents ?
— Je ne sais pas vraiment, dans le nord, je crois. Elle n’a évoqué le
sujet qu’une seule fois… très brièvement.
— Pourquoi n’y est-elle pas allée depuis 4 ans ?
— Je ne sais pas Monsieur, elle voulait se reconstruire me disait-elle,
se refaire une santé comme on dit, pour ne pas décevoir ses parents à nouveau.
— Elle avait donc un secret ?
— Oui, mais je ne le connaissais pas, et vous savez, je suis plutôt de
nature discrète.
— Connaissez-vous le nom de famille de Gwendolyn ?
— Non, je suis désolée ! »
Klaas lui tend un mouchoir en papier afin qu’elle puisse sécher ses larmes qui entraînent avec elles son mascara, accentuant son air déconfit. Il poursuit son interrogatoire sur un ton plus amical.
« Dites-moi Ute, c’est bien votre prénom ? Votre patron habite ici ?
— Non, il habite dans un pavillon dans le quartier de Rozenburg, seule
Gwendolyn dormait ici.
— Avez-vous une idée pour laquelle Harald n’est pas rentré chez lui,
hier ? Attendait-il quelqu’un ?
— Vous savez je suis certaine qu’Harald et Gwendolyn n’avaient pas
de relation si vous supposez cela »
Lors d’un interrogatoire, il existe trois sortes de témoins, ceux qui répondent précisément aux questions, ceux qui anticipent les questions et ceux qui ne répondent pas aux questions. Dans la majorité des cas, ceux qui anticipent les questions, par zèle, n’ont guère de choses à se reprocher. Klaas néanmoins se devait d’être prudent. Il avait appris qu’anticiper les questions perturbe le raisonnement de l’enquêteur et crée la confusion. Il se remémorait les conseils de son instructeur lors de ses classes à l’Académie néerlandaise de police.
« Je ne suppose rien, Ute, simplement des questions ; alors attendait-il quelqu’un hier soir, avait-il des ennuis ?
— Pas que je sache, Harald n’avait pas de famille ; ses parents sont
décédés quelques mois après sa sortie de prison.
— Harald a fait de la prison ?
— Oui ! Ce bar appartenait à ses parents ainsi que le pavillon de
Rozenburg. C’étaient des gens formidables, comme Harald
d’ailleurs. Harald est revenu travailler au café après sa libération conditionnelle, il y a un peu plus de deux ans. Sa nouvelle prison c’était ce bar, il y a passé ses journées sans relâche.
— Depuis combien d’années travaillez-vous ici ?
— Un peu plus de 10 ans.
— Racontez-moi comment vous avez découvert le corps de votre
patron ? »
Ute décrit, alors, son embauche à 4H30 du matin et les différentes étapes qui l’ont menée vers la chambre de Gwendolyn puis son appel téléphonique au 112 à 4h40.
« Quand je suis descendue pour téléphoner à la police, j’ai vu que le tiroir de la caisse était ouvert et qu’il était vide.
— Rien d’autre ?
— Non, je ne crois pas !
— Merci Madame, vous pouvez rentrer chez vous. Nous allons poser
des séquestres le temps de l’enquête. Nous vous appellerons dans quelques jours afin que vous puissiez signer votre déposition. Voici ma carte, vous pouvez me joindre à ce numéro si un détail vous revenait. Prenez soin de vous et reposez-vous, je reviendrai vers vous rapidement. »
Ute prend la carte délicatement en la serrant contre elle comme si elle voulait se protéger d’un danger qu’elle ignore. Que vais-je devenir, pensait-elle ? Dans cette ambiance lugubre et insolite, elle se sent seule face à son avenir qui ne préoccupe qu’elle.
Il est presque 12 heures quand Klaas quitte l’auberge pour rejoindre son bureau du centre-ville. En roulant nonchalamment, il dresse un inventaire de la situation. La police scientifique va forcément lui apporter des éléments qui vont compléter son raisonnement et valideront, il l’espère, certaines de ses intuitions.
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