Gwendolyn

Bruno Vaisse · Chapitre 25 sur 36

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Gwendolyn

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XXV

 

Dimanche 6 décembre, commissariat 91 Zaagmolenstraat 07 heures 15.

Les trois officiers ont passé la nuit à scruter les cassettes de surveillance.

« Klaas, Willem, approchez, je crois que j’ai quelque chose. C’est la caméra de la sortie du personnel médical. Regardez la berline qui sort. Une audi S3, mon frère a la même. Maintenant je vais zoomer. Et qui est au volant ?

— Bransword ?

— Exactement !

— Peux-tu zoomer davantage, le siège arrière ?

— Il y a quelque chose de volumineux posé sur la banquette arrière

mais cela est très difficile à identifier. Possible que ce soit un corps allongé qui se camoufle. Mais pas certain.

— Pourtant Bransword, qui était de garde cette nuit-là, nous a assuré

qu’il n’avait pas quitté les lieux.

— Pourquoi n’avons-nous pas vu cela plus tôt, soupire Klaas,

embarrassé.

— Tout simplement parce que l’hôpital avait omis de nous transmettre

volontairement ou involontairement la cassette de cette sortie. Je suis retournée sur les lieux vendredi soir et j’ai pointé avec Van Den Berck tous les accès à l’hôpital. Il nous manquait l’enregistrement de l’entrée et sortie des personnels. Je n’ai pas pu obtenir la cassette immédiatement. J’ai réclamé cet enregistrement vidéo que Aïke est allé chercher samedi. Van Den Berck la lui a remis personnellement en précisant que son contenu était très contrariant et compromettant pour son collaborateur direct.

— Ok ! Nous pouvons compter sur Van Den Berck, il est coopératif.

Je pense qu’il cherche à nous aider du mieux possible pour corriger l’erreur de son service en ne surveillant pas davantage Frederik. Après si Bransword s’avère être vraiment le complice de Frederik, Van Den Berck n’a rien à se reprocher. Il nous faut interroger ce Bransword et connaître les raisons pour lesquelles il nous a menti.

Floortje, appelle l’hôpital pour savoir si Bransword est de garde. Sinon, nous nous rendrons directement à son domicile. Demande-leur son adresse.

« Klaas, je viens d’avoir le service du professeur Van Den Berck au téléphone. Bransword ne travaille pas actuellement. Il est en congés pour quelques jours. J’ai obtenu son adresse personnelle.

— Ah oui effectivement, Van Den Berck m’avait averti que

Bransword serait absent, rendons-nous à son domicile ! »

*

Le docteur Bransword vit dans une luxueuse maison à Bergse Plassen, au Straatweg 179. Cette maison lui a été léguée par ses parents, de riches armateurs qui habitent désormais sur Les îles Fidji.

Le salon s’ouvre sur un green impeccable qui jouxte un canal où est amarré un bateau de plaisance. De cet embarcadère privé, Bransword peut rejoindre la Rotte et les nombreuses voies fluviales qui irriguent Rotterdam. Ainsi, il accède à toutes les commodités sans nécessairement utiliser sa voiture ou sa bicyclette, comme la majorité des habitants de ce quartier de haut standing.

La maison transpire le vide et l’abandon qui l’accompagne. Aucun véhicule ne stationne devant le garage, resté grand ouvert. Klaas et Floortje pénètrent dans la maison par cet accès. Ils gravissent les escaliers qui les mènent à l’étage. L’intérieur opulent accentue l’exception du lieu. Les matériaux, le mobilier et les objets, d’une extrême qualité, défilent dans chaque pièce créant une atmosphère rare, presque irréelle. Le luxe discret de cette demeure provoque un anachronisme déconcertant. Le silence s’exprime majestueusement. Ici, le temps s’arrête et les années se confondent. Peut-être que le paradis est ainsi, suggère Floortje.

En pénétrant dans le salon, le sentiment de béatitude s’estompe à la vue d’une énorme tache de sang sur le tapis beige en cachemire et en soie. Sur le plateau en verre ciselé d’une table en merisier reposent deux flûtes et une bouteille de champagne Veuve Clicquot, à moitié vide.

Les inspecteurs s’immobilisent.

« On sort Floortje et nous appelons la scientifique. »

*

L’inspection approfondie de la villa n’a pas permis d’élucider le mystère de la tache de sang, en l’état. Une analyse sanguine s’avère nécessaire pour identifier éventuellement la personne blessée ou assassinée. De nombreuses empreintes ont été relevées ; espérons que, grâce à elles, nous pourrons identifier la victime, à défaut de démasquer un supposé agresseur.

« Qu’en penses-tu Klaas ?

— Je m’interroge sur le rôle joué par Bransword. J’ai du mal à penser

qu’il puisse être le complice de Frederik. A-t-il été contraint d’organiser la cavale de Frederik ? Que s’est-il passé dans cette maison ? Le champagne ? on l’ouvre plutôt pour fêter un événement important, non ? Quel était cet événement ?

— Pourquoi Bransword ne serait-il pas le complice de Frederik ?

N’oublions pas que Frederik a quitté le Mahzen, blessé très sérieusement. Si Bransword l’accompagne ou vient à sa rescousse, il ne peut l’emmener à l’hôpital sans orienter les soupçons vers lui. Il l’abandonne au parc, appelle les secours, s’arrange pour qu’il soit affecté à son service puisqu’il est de garde. Il déclare qu’il est inapte à subir le moindre interrogatoire et dès l’occasion venue, il le libère pour éviter que nous l’interrogions.

— Mais quel lien pourrait-il unir le lapin et la carpe ? Tu as vu le

niveau social de Bransword. Que ferait-il avec notre supposé serial killer ? Non, cela ne tient pas.

— Justement pour connaître quelqu’un faut-il encore découvrir ce

qu’il cache. Bransword a certainement un secret qui permet à Frederik de le faire chanter.

— Oui, cela se tient !

— Et toi, Klaas que caches-tu ? Nous ne savons toujours pas comment

tu as su que Godelieve n’était pas la serveuse du Mahzen.

— Un peu de patience, Floortje, je t’expliquerai quand le moment sera

venu. »

*

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