Gwendolyn

Bruno Vaisse · Chapitre 33 sur 36

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Gwendolyn

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XXXIII

 

Lundi 7 décembre, bureau du Professeur Van Den Berck 20 heures 52.

 

Klaas pénètre dans le bureau de Van Den Berck. L’infirmière précise qu’il a quitté le service vers 19h. Il espérait le trouver à l’hôpital pour avoir un entretien avec lui et élucider les nombreux points d’ombre. Sa dérobade confirme ses déductions. Il voulait garder un avantage en venant le voir directement mais il comprend que le professeur l’a manipulé. Il scrute la pièce et détecte les éléments qui confirment son raisonnement. Il se doit impérativement de retrouver Van Den Berck. La vie de Gwendolyn en dépend.

« Excusez-moi Madame, savez-vous où habite le professeur Van Den Berck ?

— Oui bien sûr il habite dans une superbe villa au bord de l’étang

Kralingse Plas et en bordure de la forêt de Kralingse Bos

— Avez-vous l’adresse exacte ?

— Oui, je vais vous la communiquer ? »

Elle s’absente quelques minutes. Il piaffe d’impatience ; chaque seconde vaut son pesant d’or. Il la rejoint dans le bureau du staff médical. Elle discute avec une de ses collègues sur les soins à prodiguer à une patiente.

« Madame, avez-vous l’adresse ?

— Oh excusez-moi, une urgence ! »

Klaas a les nerfs à vif. De quelle urgence parle-t-on ? Elle pianote sur l’ordinateur et inscrit l’adresse sur une fiche en carton : 1 Plaszoom – Rotterdam. C’est à une quinzaine de minutes du centre médical.

« Avez-vous une voiture ? »

— (Stupéfaite) Oui !

— Je réquisitionne votre véhicule ! Donnez-moi vos clefs. Je vous la

rapporte avant la fin de votre service, il s’agit d’une question de vie ou de mort. »

L’infirmière s’exécute, la demande glaçante de l’inspecteur est sans appel. Sa détermination l’oblige à collaborer.

« Elle est garée au niveau 2, ascenseur -2 place 207 juste à droite en sortant. Le badge collé sur le pare-brise actionne les barrières d’entrée et de sortie. »

Klaas la remercie vivement en lui serrant les mains et s’échappe en courant. Il trouve facilement le véhicule et fonce vers Plaszoom.

Il tente de joindre Ten Berge mais il ne répond pas. Il enregistre sur sa messagerie un laconique message :

« Je sais où se trouve Gwendolyn et peut-être Frederik. Pas le temps de vous expliquer en détail, il y a urgence. Rappelez-moi ! »

Klaas roule à très vive allure. Il atteint l’étang Kralingse Plas en à peine 11 minutes. Le portail est grand ouvert. Il pénètre à l’intérieur de la propriété et remonte l’allée recouverte de petits cailloux blancs qui mène jusqu’à l’entrée. Il stoppe l’automobile, descend rapidement et entend les chiens enfermés dans un enclos à une vingtaine de mètres de lui. Leurs aboiements féroces obligent Klaas à demeurer vigilant. Il sonne. Personne ne répond. La porte est ouverte et cela ne le rassure pas. Il n’y a personne dans la maison, le rez-de-chaussée et les étages sont vides. Les lumières sont allumées. Van Den Berck a-t-il quitté la maison sous la contrainte ou pris de panique ? Un couvert pour deux personnes est dressé dans la salle à manger. Dans le frigo, des plats élaborés par un traiteur patientent et attendent leurs gourmets. Il descend au sous-sol pour s’assurer que personne ne s’y trouve. Mis à part cette énorme porte blindée fermée, rien ne retient vraiment son attention. Van Den Berck n’est pas chez lui et aucune trace de Gwendolyn. Il est convaincu pourtant d’être sur la bonne piste. Il ouvre une porte à galandage qui mène dans un dressing où sont rangés méticuleusement des manteaux, de nombreuses paires de chaussures et des sacs divers dont plusieurs sacs à dos de randonnées. L’un attire son attention. C’est celui de Gwendolyn. Il en est certain : ne l’avait-il pas porté du restaurant à chez lui, afin que Gwendolyn puisse conserver sa pleine élégance ?

Ce qu’il découvre confirme désormais ses présomptions et le faisceau d’indices qu’il a recueilli l’amène à une seule certitude. Van Den Berck est le criminel du Mahzen. Il lui reste peu de temps. Le suspense est à son paroxysme. Il s’assoit sur le sofa roux qui fait face à la monumentale cheminée en pierre de taille. Sur un pan de mur se dresse une bibliothèque en merisier où se côtoient de multiples ouvrages de science et de littérature et de remarquables maquettes de bateaux dont notamment celle d’un Betti Lazuri mis davantage en valeur que toutes les autres.

« Je possède un yacht en bois qui appartenait à mon père, un Betti Lazuri de 1964, amarré à la Stichting Veerhaven, et si vous le souhaitez, c’est avec plaisir que je vous propose une virée en mer avec vos amis, bien évidemment en toute amitié, si le cœur vous en dit. »

Il entend cette phrase prononcée par Van Den Berck résonner dans sa tête. Il remonte dans la Renault Mégane et se dirige en trombe vers le port de plaisance de Stichting Veerhaven.

Ici dans cette marina intime ne mouillent que des yachts en bois de prestige. Seule une vingtaine de bateaux de plaisance peuvent être amarrés. Il se gare facilement à Veerhaven, rejoint le quai et le remonte afin d’atteindre une jolie maison blanche coloniale faisant office de capitainerie. Sur la passerelle qui mène aux embarcations, il croise un marin qui part promener son chien et l’interroge brièvement. L’homme discret lui indique sans s’attarder le voilier de Van Den Berck.

Il s’en approche, une lanterne brille derrière les hublots. Trop proche du but, il en oublie les formalités d’usage. Il n’appelle ni Ten Berge, ni Floortje. Il se dirige vers le bateau imprudemment, enfourche la rambarde…

*

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