Joyeux noël
Épilogue en partie double
Dans le prologue, je vous le disais : Norma est passée dans ma vie tel un météore, en achevant de la remanier. Fasciné par sa liberté contagieuse et sa bienfaisante gaieté, j’ai pu terminer la mue que j’avais engagée en publiant mes Gens très bien. A présent, je tiens comme elle et Népomucène un « journal en partie double ».
Sur un vieux cahier, je me suis astreint à cette discipline jubilatoire : écrire chaque soir des « pages de gauche », en évacuant toute comédie. Sans craindre de bazarder pudeur ou amour-propre. Stylo en main, j’évite le plus souvent de noircir des « pages de droite ». J’en ai moins l’usage. Quelle curieuse ivresse d’avoir à rendre compte de son quotidien en cherchant sa part de vérité sans apprêts ! Et quelle jouissance de chasser de sa vie le personnage, de renoncer à sa cuirasse – tout en se gardant comme du feu de refabriquer sournoisement « un personnage sincère » qui ne serait qu’une nouvelle imposture. On a si vite fait de se remettre en scène quand on croit juguler cette tentation !
Dans l’étrange suite de ce livre, vous trouverez un aperçu de mon cahier. Chaque page se lit en écho avec celle qui lui fait face. Leur opposition raconte quelque chose de plus que ce qui y est imprimé. A droite la réalité que je montre, à gauche ma vérité. A gauche l’être nu, à droite les vêtements. A gauche j’avoue, à droite je mens.
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Il fallait que ces extraits soient publiés tels quels pour que ce « roman de Norma » devînt authentiquement le mien et qu’il ne soit plus seulement un fait qui se produit à l’intérieur d’un livre mais une démarche qui procède vers le monde pour y devenir acte et événement. Mettre en joue son époque ne peut se faire en usant d’idées qui seraient des munitions à blanc. Et puis, peut-on écrire sur les vertiges du funambulisme sans aller faire un tour sur le fil ? Au risque de tomber – ce qui me paraît moins grave que de vivre à petit feu. J’y évoque sans détour l’argent que je gagne, mon corps navrant, les coulisses de ce roman qui agit sur moi et d’autres sujets minés. Je n’imaginais pas clore ce texte sans courir des risques équivalant à ceux auxquels Norma s’est exposée pour demeurer vivante. De surcroît, je n’ai pas voulu que ce récit puisse être reçu comme un simple « conte de Noël », en le plaçant à distance de soi. Puisqu’il m’affecte réellement, il peut affecter. On notera au passage tout le profit que je retire d’une existence enfin « normatisée » – et le retour de vitalité que cette impudeur intégrale me procure. Que ma joie demeure !
Au terme de ce roman, je crois en « la possibilité d’être Norma ».
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