Joyeux noël
Le roman de ce roman
Ce roman a une histoire, celle de ma peur de l’écrire – et de mon bonheur d’y parvenir enfin !
Les livres irréversibles résistent à leur auteur. Parfois, ils se battent bien pour ne pas naître. Je craignais, en signant ce « roman de Norma », de dire adieu à l’homme que j’ai longtemps été – incapable d’avancer à visage découvert. Mes Gens très bien ont commencé l’arrachage de mes masques. Et la lente guérison de ma cécité. Après une telle opération, vitale tant mon addiction au déni fut sévère, je redoutais de publier un roman qui, par son propos, me contraindrait aux joies difficiles de l’authenticité. La tentation était grande d’ouvrir les yeux sur Vichy et l’affreux passé de mon grand-père pour les refermer sur tout le reste.
Avouons en passant – pourquoi le cacher ? – que la véritable Norma n’a sans doute guère de rapport avec celle que j’ai eu besoin de voir en elle pour venir à bout de ce volume !
L’aventure de ce livre m’a conduit de versions atones en versions plus ou moins ratées – la dernière m’ayant été refusée par Grasset. Grâce leur soit rendue ! Un éditeur doit interdire à ses auteurs de ne pas écrire les livres qu’ils prétendent écrire. Pas d’esquive ! Il faut tuer le dragon que l’on a choisi d’affronter – or je suis désormais de ces auteurs en surchauffe qui écrivent en essayant de se défier. D’autres grattent leur copie paisiblement sans se chercher querelle, comme on part en vacances. Je n’ai plus ce loisir. En littérature, je ne rêve plus de pédalo. J’ai donc erré nerveusement, au fil des manuscrits, changeant souvent de titre : « Les Impensable », « Sans angle mort », « Une immense joie »… Ces titres enterrés éclairent une facette de ce roman à laquelle je me suis longtemps dérobé. Pas évident de s’obliger à entrer de plain-pied dans une nouvelle conduite, de se convertir à l’acceptation de tout en suivant Norma !
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