Joyeux noël
Mes revenus réels
Cette page de droite est un pur mensonge – bien que ce document fiscal et sans humour soit authentique. Personne n’est un chiffre et encore moins ses gains. Nous nous révélons davantage par nos dépenses – qui nous racontent – que par nos revenus !
Désormais, je n’aurai plus peur qu’on me demande à la télévision combien je gagne… LA question qui, en France, déquille toujours un peu et flatte les pulsions agressives de la rue !
La publication de cette feuille d’impôts est un acte transgressif (on le fait généralement pour déstabiliser quelqu’un) ; mais cela me met paradoxalement en sécurité, surtout dans un vieux pays catholique et envieux, si angoissé à l’idée de parler d’argent – donc du plaisir. Notamment dans le milieu associatif, hypersensible aux inégalités, que je fréquente assidûment en tant que militant de la lecture – où « le riche », assimilé à un être nauséabond et cupide, prend toujours soin de paraître fauché et d’habiller de secrets son opulence, de peur d’être méprisé. Cet angle mort-là, si respecté par mon (très) pauvre milieu littéraire qui insulte l’argent, tout en désirant ardemment les jouissances qu’il procure, je veux l’assumer ! Au diable les hypocrisies qui nous falsifient !
Je ris pour masquer ma détresse. Cette photographie est celle d’une souffrance, – mon surpoids –, pas celle de ma nudité. Je suis hélas ce que vous voyez, cette silhouette épaisse que j’esquive chaque soir en évitant mon reflet dans le miroir de ma salle de bain. Mon véritable angle mort ! Qui me blesse tant j’aimerais fasciner ma femme…
Publier un cliché non retouché de mon corps est si gênant, voire mortifiant pour un ex-séducteur qui a longtemps fait rêver des phalanges de jeunes filles, que je me trouve contraint de réussir un régime ! Je ne supporte plus de coïncider avec cette photo-là – que j’accepte cependant de voir en face. Pour retrouver mon juste poids, pas d’autre solution que m’infliger l’effroyable vérité. Seule la lucidité permet d’agir et de foncer au plus vite vers sa joie. Bientôt, grâce à cette humiliation publique, j’aurai la chance d’être moi… pas cet animal replet en passe de se churchilliser !
Dissimulé dans ces vêtements trompeurs, je mens clairement. Mon jean flou et ma chemise ample dissimulent mon embonpoint. J’ai l’air d’un bobo alors que je suis un inflexible. On me dirait adolescent alors que je suis extraordinairement père. Personne n’est moins « cool » (oh l’affreux mot !) que moi ! L’art de se montrer pour ne pas être vu… Ras-le-bol ! Je dois revoir mon apparence de fond en comble, cesser ce mensonge vestimentaire.
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