L'Ami de toujours

Xavier Mauméjean · Chapitre 8 sur 41

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L'Ami de toujours

Chapitre 8

 

Cher Journal,

 

Ça le fait, je suis engagé !

 

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Chapitre 9

 

Cher Journal,

 

OK, c’est sûr qu’une fois passé le moment d’exaltation, on est en droit

de se demander comment c’est possible. Le problème est que je n’en ai pas

la moindre idée. Aucune amorce d’explication, sauf à se prendre la tête

avec des théories bizarres, genre possession vaudou. Oui, un peu comme

dans le film Dawn of the Dead de George Romero, quand les zombies

retournent en masse au centre commercial. Ils le font par habitude, une

sorte d’instinct qui les guide vers un endroit familier et rassurant, quelque

chose en relation avec leur vie précédente. Ça pourrait coller, d’autant que

mon existence est plus ou moins celle d’un mort-vivant, à ceci près que je

ne suis jamais allé chez Eidetic. La boîte était plutôt l’occasion d’échapper

à mon passé et d’envisager l’avenir.

Franchement, je ne vois pas. On se croirait dans Hypnos, quand le

joueur doit passer en mode somnambule pour franchir l’épreuve onirique.

Et c’est un niveau auquel je n’ai jamais accédé, alors il n’y a vraiment pas

de quoi être rassuré. D’un autre côté, j’ai eu mon trip zombie, en retournant

moi aussi dans un lieu en rapport au passé et qui m’était agréable. Mais

Avelion se trouvait dans ma tête, et je ne suis pas sorti de la chambre durant

ce laps de temps. Et puis l’entretien a eu lieu avant-hier, quand je dormais.

Punaise, c’est à n’y rien comprendre !

En plus, il semblerait que je ne me sois pas contenté d’une prestation

médiocre, mais que je leur en aie mis plein la vue. On parle bien de David

Craig ? C’est là qu’il doit y avoir méprise. Susan Gowen, la responsable des

ressources humaines, a dû confondre les dossiers. L’éternelle histoire du facteur humain qui introduit une erreur dans le programme. Inutile de

chercher plus loin, ça a au moins le mérite d’être plausible.

Super, je retombe dans la logique pour mieux me faire rembarrer. Parce

que ce qui va se passer quand je vais me pointer chez Eidetic ne fait aucun

doute. Je vais me présenter à la réception, la tronche enfarinée, on va me

faire poireauter le temps que quelqu’un des relations publiques arrive, et là

on va m’annoncer un truc du genre : « Désolé monsieur Craig, une

défaillance de notre logiciel de gestion, mais vous ne serez pas venu pour

rien. » Et je n’aurais plus qu’à me tirer, avec pour lot de compensation un T-

shirt de la boîte, probablement trois tailles trop large. Ma vie est un ratage

XXL, et mes emmerdes pourraient remplir un pantalon baggy.

Voilà que je recommence à m’apitoyer. Cela dit, si l’on ne peut pas se

confier à son journal… C’est ce que j’aime chez toi, tu ne risques pas de me

frotter le crâne avec le poing fermé en me traitant de pleurnichard, comme

le faisait Richard. Exact, sauf que lui m’aurait arrangé le coup lundi matin.

Il faut tout de même que j’y aille, ne serait-ce que pour y voir clair. Et

puis comme ça je pourrai mettre sur ma page Facebook que l’on m’a reçu

chez Eidetic. Ça va me valoir pas mal de demandes d’amis, pour ce que j’en

ai à faire : « Mario23 ou PrincessAcoma t’invitent à être fan » ! Quand je

pense que des milliers d’usagers y trouvent leur compte. Je les échangerais

tous bien volontiers contre Richard.

Ou toi, cher Journal, ne sois pas si jaloux.

 

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