Le Secret de L'Ancien Voeu: Tome II - Les Quatre Armées (French Edition)
Chapitre XXII
Les rebelles
— Reviens ici ! Allez, reviens !
Filik pourchassait le poulet à travers les fourrés, trébuchant et accrochant ses vêtements aux branchages. Au vu de sa corpulence, la vitesse à laquelle l’animal détalait était étonnante. Enfin, Filik plongea à plat ventre sur le sol et parvint à refermer ses mains sur ses plumes bouffies. Aussitôt, il sentit une main le soulever par le col et se retrouva debout. Il leva la tête et se heurta au regard exaspéré d’Elliath.
— Mangeons-la et finissons-en avec ce gros tas de plumes, tu veux bien ? s’exclama-t-elle, excédée.
Filik serra un peu plus la poule tremblante contre lui.
— Elle a eu peur, c’est tout ! Ça a dû lui rappeler ce qu’il s’est passé à Gandir.
— Dans ce cas, fourre-la là-dedans, dit Elliath en lui tendant son sac ouvert, auquel Filik jeta un regard interdit en entendant le cliquetis métallique qui en émanait. Ne t’en fais pas il n’y a rien de tranchant, juste un peu d’or et des bricoles.
— Euh… D’accord.
Après avoir refermé la besace et s’être assuré que l’animal pouvait bien y respirer sans pour autant pouvoir s’en extirper, Filik se rendit compte qu’ils s’étaient enfoncés plus loin dans la forêt que ce qu’il avait pensé.
— Allez, avance, dit Elliath, on va essayer de retrouver les autres. Mais hors de question de se joindre aux hostilités ! J’suis pas votre mercenaire !
Filik voyait mal en quoi elle n’était pas mercenaire, mais il préféra dire :
— De toute façon, on ne peut pas faire grand-chose… J’espère juste que Boltz et Myrkur vont bien !
— On le saura dans un petit moment…
Après quelques minutes de marches, ils aperçurent enfin les ailes d’Azur à travers les branchages. D’ici, ils pouvaient à nouveau entendre les détonations et les cris provenant de la bataille. Lorsqu’il arriva près du dragon, Filik remarqua que Myrkur était assise en tailleur à bonne distance, contre un rocher.
— Tout va bien ?
— Mouais, grommela Myrkur, j’ai reçu un coup sur la tête…
— Où est passé Boltz ?
— Aucune idée… Il a plongé dans tout ce désordre il y a bientôt une heure et il n’est plus revenu, dit-elle en faisant un geste vague vers l’extérieur des fourrés.
Filik suivit son doigt et observa les affrontements. À présent, même si la végétation les cachait encore, ils voyaient distinctement les Bénis vêtus de leurs armures se battre contre des rebelles bien moins solidement équipés.
— Eh, mais c’est…
Filik plissa les yeux. Il reconnaissait l’homme de grande taille qui avançait lentement entre les combattants, ignorant les énormes rochers et les boules de feu qui se déplaçaient dans les airs et le frôlaient parfois. Son long manteau volait sous les rafales, mais il ne semblait pas du tout affecté par les centaines de guerriers qui se pressaient autour de lui. Il sillonnait la zone de bataille comme s’il cherchait quelqu’un, indifférent à tout le reste.
— Tiens, c’est lui ! C’est le bonhomme grincheux ! remarqua au même moment Elliath en pointant l’homme du doigt.
Filik hocha la tête. Si Zaël était ici, cela voulait dire que ses Bénis et les Profanes qui avaient décidé de le suivre l’étaient également. Il vit en effet quelques silhouettes fines et élancées se ruer sur les Bénis de l’Armée avec une incroyable vitesse, leurs sclères noires jetant des éclairs de colère.
— Les Profanes sont là aussi, souffla Filik, ils se battent tous !
— Tu n’y penses pas, avertit Elliath.
— Quoi ?
— On ne va pas se mettre dans ce bourbier ! Ils ont presque tous des pouvoirs magiques, ici, qu’est-ce que tu veux faire contre ça ?!
— Boltz est là-dedans, il faut au moins essayer de le retrouver !
— Il survivra, assura Elliath s’adossant contre un arbre, l’air fatiguée.
— Je sais que tu te fiches que Boltz meure, mais si ça arrive, on n’aura aucune chance de capturer la Némésis ! rétorqua Filik qui commençait à avoir du mal à dissimuler son agacement. Tu y as pensé, ça ?
Elliath leva un sourcil, manifestement convaincue que rien de ce qu’il pourrait dire ne la ferait changer d’avis.
— Qu’est-ce que tu racontes, chef ?
— Si Boltz meurt, plus personne ne pourra contrôler le dragon ! s’exclama Filik. Et sans dragon, la Némésis ne fera qu’une bouchée de nous. Sans Boltz, tu ne verras jamais ta prime !
Il avait visé juste. Le sourcil levé d’Elliath s’abaissa et son visage laissa deviner qu’elle n’avait pas considéré les choses sous cet angle. Elle jeta un regard soupçonneux à Azur.
— Eh, le dragon… Tiens, tue le poulet, dit-elle en brandissant le sac qui gigota légèrement et émit un gloussement aigu.
Azur la fixa quelques secondes en clignant des paupières puis tourna son énorme tête cornue vers Filik avec l’air de penser « Qu’est-ce qu’elle me veut, elle ? ». Les lèvres d’Elliath se pincèrent comme si elle en venait à une conclusion désagréable.
— Non ? Rien ? Y a vraiment que le petit brun qui peut te commander ? Bon, je vois.
Elle posa ses deux mains contre sa hache et son fléau d’armes et haussa les épaules.
— Dans ce cas, ne bougez pas. Je le ramène et on s’en va.
Sans attendre de réponse, elle bondit hors des fourrés et fonça tête baissée. Filik jeta un regard anxieux vers les combats. L’armée d’Ilderad était-elle encore loin ? Allait-il finir par se retrouver en plein milieu d’une bataille opposant son propre pays contre les armées d’Omphal ? Il vit alors quelque chose d’étrange.
— Dis, Myrkur, tu vois la même chose que moi ? C’est bien un rebelle qui se bat contre un Béni de Zaël, là-bas, non ? Et par-là aussi !
— Je crois bien, oui, répondit Myrkur en se penchant en avant à côté de Filik. Je ne comprends pas… Ils ne sont pas censés être dans le même camp ?
— Si… attends…
En regardant plus en détail, il nota que le rebelle se mouvait de façon étrange, la nuque en avant et la tête bringuebalante, comme s’il était endormi. Il remarqua également une plaie béante qui saignait abondamment sur son cou.
— De la nécromancie, murmura-t-il avec un frisson d’horreur.
— Quoi ?!
Filik hocha la tête avec dégoût.
— Il y a quelqu’un ici qui utilise les morts comme soldats.
— C’est un pouvoir de Béni, ça ?! s’exclama Myrkur, scandalisée.
Azur lui-même émit un grondement menaçant et Filik acquiesça sombrement.
Maintenant qu’il en avait conscience, il vit plusieurs corps ensanglantés se battre avec une étrange torpeur contre des vivants qui semblaient hésiter à les attaquer, reconnaissant sûrement leurs amis ou alliés. Il n’eut pas besoin de chercher longtemps qui était à l’origine de ces réanimations : un homme au regard froid et au visage lisse apparut bientôt, son cheval trottant autour de la zone de combat au sommet de la colline.
— Miller… gronda Myrkur d’une voix grave. C’est le Capitaine des Bénis de l’Armée.
Filik vit les doigts du Capitaine effectuer de petits mouvements suite auxquels les corps des morts près de lui s’animèrent soudain et rejoignirent la mêlée. Il y avait deux Bénis de l’Armée et quelques rebelles. Nombre d’entre eux étaient affreusement défigurés ou démembrés et Filik en vit plusieurs foncer sur Zaël, qui leur tournait le dos. Ils lui bondirent dessus et Filik étouffa une exclamation, mais Zaël se retourna et referma ses mains sur les crânes de deux d’entre eux. D’un même geste, il utilisa les deux corps pour projeter les deux autres à plusieurs mètres et fit exploser les deux têtes entre ses mains. Les deux masses tombèrent en s’écrasant au sol comme des marionnettes dont on aurait coupé les fils. Zaël leva les yeux et croisa le regard de Miller. Tous deux se toisèrent un instant et les doigts du Capitaine firent un léger mouvement qui envoya une nouvelle salve de Sans-Vie sur Zaël. Celui-ci les balaya avec la même facilité déconcertante et continua d’avancer vers le Capitaine.
— Ouah, dit Filik, ébahi.
— Il est invincible ou quoi ? chuchota Myrkur, une expression abasourdie sur le visage.
— Il est le seul qui ait mis Adrasté en difficulté, dit Filik. Je comprends mieux, maintenant.
Zaël se rapprochait de Miller, qui sembla décider qu’il était temps de se replier et amorça un mouvement de jambes en tirant sur le mors de sa monture. Filik se mordit la lèvre. Si le Capitaine était déterminé à s’enfuir avec son cheval, Zaël ne pourrait jamais le rattraper.
— Oh ! s’écria soudain Myrkur.
Une Bénie venait d’apparaître près du Capitaine. Filik la vit courir vers lui avec l’air de vouloir lui dire quelque chose, mais d’un geste brusque, elle donna un formidable coup de bras dans le plastron de Miller, qui fut projeté en arrière et tomba de sa monture. Cette dernière émit un hennissement de panique, cabra et galopa jusqu’à disparaître derrière la colline, hors de vue.
— Major Laïnen, que faites-vous ? vociféra Miller en se relevant, une expression ahurie tordant ses traits d’ordinaire si figés. Avez-vous perdu la tête ?
Tout autour d’eux, les Bénis semblèrent remarquer que leur Capitaine venait de se faire désarçonner et Filik en vit certains hésiter légèrement en plein combat. Miller posa un genou au sol et essuya le sang qui coulait sur son visage depuis son arcade sourcilière. Mais Zaël ne semblait pas vouloir lui laisser le temps de se reprendre. Une fraction de seconde après, avant même que Miller ne fût totalement debout, le géant était sur lui.
Zaël referma sa main sur le crâne du Capitaine et cacha ses yeux de glace avant que celui-ci n’ait pu faire un geste. Puis il serra. Les yeux écarquillés, Filik et Myrkur lâchèrent un cri d’épouvante lorsque des éclats ensanglantés jaillirent du poing de Zaël et éclaboussèrent le sol et son manteau. Il resta immobile un instant, les yeux fixés sur sa paume recouverte de sang. Filik était trop loin pour en être certain, mais il crut voir une sorte de sourire triste fendre les traits durs du géant, qui gonfla la poitrine comme s’il prenait une grande inspiration. Il échangea un regard avec la Bénie qui venait d’attaquer son propre Capitaine et lui dit quelque chose qu’ils étaient trop loin pour entendre. La Bénie hocha la tête, détacha son plastron et laissa tomber son armure dans laquelle elle donna un grand coup de pied. Elle fit ensuite volte-face et disparut dans les panaches de fumée, quittant apparemment la zone de combat.
— Eh, c’est Boltz ! s’écria soudain Myrkur.
Elle avait raison. Boltz fonçait le long du flanc de la montagne en direction de Zaël, son sac d’épées rebondissant sur son dos au rythme de sa course. De sa main droite, il tenait une épée encore pleine de sang et boitait légèrement. Azur émit un petit cri en voyant son maître, mais Filik lui plaqua une main sur le museau. Un Béni de l’Armée se rua vers Boltz à une telle vitesse que Filik était persuadé qu’il n’aurait pas le temps de réagir, mais une seconde plus tard, le Béni tombait à plat ventre, une hache de guerre solidement fichée dans le crâne. Elliath venait d’apparaître et maniait simultanément ses deux armes avec une agilité qui dépassait tout ce que Filik avait vu jusque-là. Elle récupéra sa hache en la tirant d’un coup sec et la jeta aussitôt vers un Béni de l’Armée qui volait littéralement au-dessus d’elle. Le labrys s’enfonça au milieu du front de sa cible, qui s’écrasa au sol, eut un dernier spasme et cessa de bouger. Un second Béni creusa un cratère sous les pieds d’Elliath, mais elle bondit en décrivant un cercle avec son fléau d’armes, qui le frappa dans le dos et le fit basculer en avant, tête la première dans son propre piège. Il ne refit plus surface. Filik et Myrkur ouvrirent tous deux de grands yeux ronds. Il était difficile de croire qu’Elliath ait développé une telle maîtrise sans aucun pouvoir magique. Et pourtant, sa technique dépassait tout ce que Filik avait pu imaginer.
Boltz contempla un instant le Béni qui avait failli le tuer, hocha brièvement la tête vers Elliath en signe de remerciement puis leva les yeux vers Zaël. Celui-ci avait assisté au combat avec la même attitude que s’il s’était s’agit d’un événement d’intérêt limité. Boltz s’avança, fixa ce qui restait du corps du Capitaine avec une expression à mi-chemin entre la terreur et l’admiration et donna un coup de poing amical sur le bras de Zaël, comme pour le féliciter, mais ce dernier lui lança un regard sombre et menaçant.
— Ils s’en vont ! hurla une voix dont Filik ne parvint pas à définir la provenance.
Plusieurs autres clameurs s’élevèrent au même moment.
— Ils se replient ! Nous les avons eus !
— On dirait que les rebelles ont gagné, murmura Myrkur.
— Je ne sais pas si c’est le mot, dit doucement Filik.
À la mort du Capitaine Miller, plusieurs cadavres tenus par sa magie s’étaient soudain effondrés au sol. Les rebelles avaient redoublé de hargne, revigorés par le brusque changement de situation. À présent, plusieurs levaient le bras en signe de victoire tandis que des silhouettes en armure blanche fuyaient en direction de la Capitale.
— Ce n’est pas terminé, dit Filik, pas du tout, même…
— Bon, sortons, maintenant, dit Myrkur, il est temps de les rejoindre.
— Ta tête va mieux ?
— Ça ira mieux plus vite si je m’éloigne de lui, répliqua-t-elle en lançant un regard mauvais vers Azur.
Elle s’avança vers Boltz et Zaël avec précaution et Filik lui emboîta le pas.
— Ne bouge surtout pas d’ici, Azur ! lança-t-il au dragon, qui le regarda s’éloigner avec un grondement triste.
Lorsqu’elle les vit s’approcher, Elliath lâcha un grognement.
— Vous pouviez pas patienter à l’abri ? s’exclama-t-elle en levant les bras. J’allais vous le ramener !
Boltz parut soulagé de les voir en vie. Il jeta un regard préoccupé vers les fourrés d’où ils avaient émergé et se pencha légèrement vers eux.
— Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? murmura-t-il. Où est Azur ?
— Je lui ai dit de rester dans les fourrés, s’empressa de dire Filik. Il est caché. Mais nous allons devoir le sortir, tôt ou tard…
Myrkur acquiesça avec gravité.
— Une illusion collective ne marche que jusqu’à un certain point… Désolée. Ils sont trop nombreux.
Filik se retourna. C’était vrai. La foule des rebelles, Profanes et Bénis de Zaël remontait le flanc de la colline d’un pas lent et fatigué. La plupart étaient blessés, boitaient ou présentaient de terribles mutilations. Tous les rebelles dévisageaient Boltz avec une expression étrange.
— Tu es Boltz, non ? Celui dont tout le monde parle. Tu n’es pas avec la Profane ? demanda l’un d’eux après avoir arrêté son regard sur Myrkur et Elliath.
Il était l’un des rares à ne pas avoir été grièvement blessé, mais un de ses doigts formait un angle inquiétant.
— Euh… Oui, c’est moi. Et… non, la Profane n’est pas ici.
Une autre rebelle s’avança en se tenant l’épaule, le visage pâle.
— Tu vas te battre avec nous ? Tu vas aussi au Grand Palais ?
— Euh…
Boltz hésita. Il regarda la foule et sembla soudain vouloir reculer, mais Zaël se trouvait juste derrière lui, immobile comme une statue. Filik eut un frisson en le voyant de si près. Il avait une expression implacable, comme s’il était impossible d’attirer son attention sur quoi que ce soit d’autre que le Grand Palais, dont il fixait les tours avec un regard flamboyant, indifférent à Boltz à côté de lui. Ce dernier n’avait jamais eu l’intention de mener une armée de révolutionnaires, Filik le savait. Il cherchait seulement à retrouver Jaime le plus vite possible. En même temps, il devenait évident, vu la trace qu’ils suivaient, que Jaime et Adrasté s’étaient dirigées vers la Capitale… Il croisa brièvement le regard de Boltz et celui-ci se racla la gorge.
— Oui, dit-il enfin, je viens avec vous. Mais…
Il dut s’interrompre. Le sol s’était soudain mis à trembler sous leurs pieds.
— Attention ! avertit Elliath.
Elle fit un bond en arrière et fut immédiatement imitée par Boltz, Myrkur et Zaël, mais Filik fut moins rapide. Il vit le sol se fissurer sous ses pieds et recula, mais perdit l’équilibre et s’effondra par terre.
— Relève-toi, chef !
Filik se redressa sur ses mains mais une crevasse se forma sous ses jambes à une telle vitesse qu’il fut englouti avant d’avoir pu se remettre debout. En une seconde, il bascula et se sentit tomber sans aucune prise à laquelle se raccrocher.
— Filik ! hurla Boltz en fonçant vers lui, mais il vacilla au bord du gouffre et se rattrapa de justesse à l’aide de Myrkur.
Filik voyait déjà leurs visages s’éloigner entre les pierres, les racines et les mottes de terre qui tombaient en même temps que lui. Un rugissement s’éleva alors. Un rugissement que Filik reconnut instantanément. Il sentit une rafale, et le ciel bleu qu’il voyait encore apparaître dans sa chute fut soudain obscurci par une forme ailée qui lui fonça dessus. Quelque chose l’immobilisa dans un étau puissant qui enserra tout son corps et il y eut une secousse : il ne tombait plus. Au contraire, il remontait à une vitesse fulgurante. Il se rapprochait du ciel, toujours plus, tandis que la créature qui l’avait attrapé donnait de grands coups d’aile… Azur ! C’était lui ! Hébété, incrédule, Filik leva les yeux et vit les énormes griffes du dragon refermées autour de sa taille. Il l’avait sorti de la crevasse avant qu’il ne s’écrase et volait maintenant à plusieurs mètres du sol.
— Azur, reviens ! s’écria la voix de Boltz.
Le dragon fondit vers le sol en piqué. Filik sentit l’air glacé de l’hiver lui fouetter le visage avec force, mais était encore trop confus pour réellement saisir ce qui venait de se produire. Lentement, il revenait à lui. Il avait failli mourir. Et Azur l’avait sauvé… Il avait désobéi, il s’était révélé, pour le sauver lui, Filik. Il fut pris d’une vague d’affection irrésistible pour le dragon et eut un sourire de gratitude.
Les rebelles poussèrent de véritables hurlements de panique, mais Boltz leva le bras et Azur atterrit près de lui avec douceur en déposant Filik. Celui-ci tenta de se relever mais s’effondra aussitôt, les jambes tremblantes. Azur émit un cri d’inquiétude et vint coller son museau sur le torse de Filik comme pour l’ausculter.
— Je n’ai rien, murmura Filik avec un petit sourire, tout va bien, merci Azur.
Ce dernier émit un grondement satisfait, se lova à côté de Filik en passant une aile autour de ses épaules dans un geste protecteur et jeta un regard menaçant à l’assemblée dans une attitude de défi. À la vue du dragon, la foule recula de plusieurs pas. Certains trébuchèrent, tombèrent à la renverse et dévalèrent le flanc de la colline sur plusieurs mètres.
— Tu nous as fait une sacrée frayeur ! s’exclama Boltz, le teint pâle, en s’agenouillant près de Filik. Ça va ?
— Je crois, répondit Filik avec un petit rire nerveux. Plus de peur que de mal. Cette crevasse, c’était un Béni ?
— Ouais. Il a essayé de nous prendre par surprise mais c’est bon, je lui ai fait la peau.
Filik regarda Elliath, qui tenait un Béni en armure blanche par le col et le soulevait à plusieurs centimètres du sol. Il arborait une belle bosse sur le front et semblait inconscient.
— Un dragon ?! s’exclama la rebelle à l’épaule blessée en s’avançant légèrement vers Boltz. Mais comment… C’est Ilderad ? Ils sont ici ?!
— Azur ne se bat pas pour Ilderad, dit Boltz d’une voix forte pour couvrir les clameurs affolées. Il est à nous.
Il jeta un regard furtif vers Filik, qui le remarqua et rectifia avec un sourire sincère :
— Il est à toi.
Il vit des yeux ronds se former partout dans la foule des rebelles, dont quelques-uns semblaient encore décider s’il convenait ou non de prendre leurs jambes à leurs cous. Plusieurs avaient levé leurs armes.
— Il faut que vous sachiez, commença Boltz en se hissant sur l’encolure d’Azur, que l’Ancien Vœu possède également un dragon… Ils le gardent en secret dans les cachots, là où les Profanes étaient enfermés. Ils sont là, ils vous le diront eux-mêmes.
Certains rebelles jetèrent un regard au petit groupe qui se tenait près de Zaël. Oroïr, Faria et les autres hochèrent la tête d’un air grave.
— Les dirigeants Ilderad ne le savent pas, poursuivit Boltz, mais nous si. Je l’ai vu de mes propres yeux. Personne, en revanche, n’est au courant de notre surprise.
Il s’installa entre les deux ailes, tapota le cou palpitant d’Azur qui ronronna d’excitation, puis reprit d’une voix plus forte :
— Nous avons un dragon qui a maintenant presque atteint sa taille adulte. Nous allons pouvoir nous battre, peut-être même leur tenir tête, et faire tomber ce qu’il reste de cette horrible secte.
À ces derniers mots, Filik vit plusieurs visages s’éclairer en une expression triomphante. Certains rebelles firent plusieurs pas en avant en levant leurs armes, mais il n’y avait aucune menace dans leur geste. Elliath regardait tout ce qui se passait avec un petit sourire en coin, comme si elle trouvait tout cela très amusant. Zaël gardait les yeux fixés sur la muraille de la Capitale que l’on apercevait d’ici, ignorant complètement le discours de Boltz. Celui-ci jeta un dernier coup d’œil à l’assemblée et posa une main à plat sur le cou d’Azur, dont la pupille rétrécit soudain. Le dragon déploya à nouveau ses ailes, soulevant un gros nuage de poussières et de feuilles mortes autour de lui et obligeant ceux restés au sol à se protéger le visage, puis s’éleva de plusieurs mètres dans le ciel.
— Soignez vos blessures, mais ne tardez pas, leur cria Boltz. Nous allons vers la Capitale !
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