Le Secret de L'Ancien Voeu: Tome II - Les Quatre Armées (French Edition)
Chapitre IV
La grotte sous la rivière
Filik étouffa un bâillement et passa une main dans ses cheveux. La pièce principale de l’auberge était presque vide. À l’exception de Boltz et Maddie qui discutaient à voix basse près du comptoir, tout le monde était allé se coucher. Il ne tarderait pas à les suivre. Avant, il devait aller voir Azur. Ils avaient dû enfermer le dragon dans une des chambres et ne lui permettaient que très rarement de sortir, mais cela deviendrait bientôt ridicule. Désormais aussi gros qu’un bébé éléphant, Azur faisait un boucan monstre et manifestait à grand bruit son envie de liberté. L’obliger à se tenir tranquille n’avait pas été une mince affaire. Il pouvait tout à fait détruire la porte et quitter la chambre s’il le souhaitait. Cependant, ils avaient finalement trouvé une solution, même si Filik n’y comprenait pas encore grand-chose. Azur n’avait cessé de suivre Boltz depuis leur arrivée à l’auberge de La Petite Oie. Filik, qui s’était attendu à ce que le dragon finisse par faire une quelconque bêtise, n’avait pu s’empêcher de remarquer qu’il semblait moins turbulent lorsque Boltz était dans les parages. Il continuait certes de se montrer curieux et envahissant, mais il n’avait plus cherché à s’enfuir ou à voler de la nourriture. Il se contentait de fixer ses petits yeux orange sur Boltz comme s’il attendait quelque chose. Alors Filik avait eu une idée.
— Peux-tu lui dire de rester dans la chambre, s’il te plaît ? avait-il demandé un jour où Azur refusait de lâcher Boltz d’une semelle.
Boltz l’avait regardé d’un air ahuri, puis avait dit :
— Azur, tu ne bouges pas d’ici !
Contre toute attente, le dragon s’était exécuté. Il battait des ailes et renversait les meubles à longueur de journée, émettait des cris aigus pour signifier son impatience et grattait ses griffes contre le parquet. Après plusieurs jours passés à observer le comportement du dragon, des hypothèses avaient commencé à germer dans l’esprit de Filik. Mais c’était étrange. Certaines choses lui échappaient encore. Il s’étira et se leva.
— Tu vas dormir ? lança Boltz depuis le comptoir.
— Je vais rendre visite à Azur avant, répondit Filik avec un grand sourire. Il n’est pas de très bonne humeur en ce moment, avec toute cette pluie.
Une porte claqua en haut des escaliers et ils virent Jaime descendre d’un air excédé. Elle eut un léger sursaut en réalisant qu’ils étaient encore là.
— Ça s’est bien passé ? demanda anxieusement Maddie.
— Compliqué, soupira Jaime en tirant la chaise près de Filik.
Elle s’assit et s’affala sur la table.
— Elle ne veut rien me dire… C’est comme parler à un mur.
— Elle n’est pas très douée pour montrer ses émotions, commenta Filik avec un petit ton d’excuse.
Il s’était habitué aux réactions en apparence brutales d’Adrasté, mais comprenait que Jaime puisse être rebutée.
— Je pense, poursuivit-il, qu’elle a vu des choses… Des choses difficiles. Quand j’ai réalisé qu’elle avait tué tous les membres de l’Ancien Vœu, ça m’a fait un sacré choc !
— Je m’en souviens, répondit Boltz en ricanant.
Filik eut un rire nerveux. Plusieurs jours auparavant, lorsque Boltz lui avait appris qu’Adrasté était appelée Némésis car elle avait massacré la secte à la tête du Royaume, Filik avait d’abord refusé de le croire.
— Elle ne tuerait jamais sa propre famille ! L’Ancien Vœu sont les bienfaiteurs du Royaume, non ?
À ces mots, les Profanes assis autour d’eux l’avaient fusillé du regard et Boltz avait éclaté d’un rire tonitruant.
— On m’avait dit que les Ildari détestaient l’Ancien Vœu, pourtant ! s’était-il exclamé.
— Je trouve leurs bénédictions fascinantes, moi ! avait avancé Filik en sentant une chaleur vive se répandre dans ses joues et son cou.
Mais il s’était tu en voyant que les Profanes le regardaient toujours d’un air réprobateur.
— L’Ancien Vœu nous a torturés et utilisés comme si nous n’étions pas des êtres vivants à leurs yeux, avait grondé Myrkur. Comme des objets à leur disposition.
— Et lorsque nous avons tenté de nous enfuir, avait ajouté Assil, ils nous ont attrapés, marqués de cette horreur sur le bras et enfermés près de ce dragon qui absorbait tous nos pouvoirs et nous affaiblissait.
À ces mots, Filik s’était senti traversé par une vague de culpabilité. Il n’avait jamais réalisé à quel point Azur pouvait entamer l’énergie d’Adrasté lorsqu’elle se trouvait près de lui. Il avait attribué son humeur maussade à son caractère et comprenait aujourd’hui qu’elle avait réellement pris sur elle durant plusieurs semaines. Mais Adrasté était également bien plus puissante que tous les Bénis qui se cachaient à La Petite Oie. Il le sentait à leur aura, qui était moins forte que celle, terrible et enveloppante, qui émanait de la femme qu’on appelait ici « La Némésis ». Peut-être avait-elle été moins affectée qu’eux ? Il commençait tout juste à comprendre que les personnes présentes à l’auberge étaient toutes en résistance contre l’Ancien Vœu. Lui qui avait passé tant d’années à les admirer…
— Qui vous a tatoué cette marque d’ailleurs ? avait demandé Boltz.
— Nous, c’était une femme qui habitait près de la Capitale, avait répondu Loïa en regardant son avant-bras. Une dame très bizarre, elle avait plein de livres partout.
— À Goslar, très exactement, avait ajouté Assil. C’est là qu’on m’a emmené aussi après m’avoir attrapé.
— Goslar, avait marmonné Boltz en fronçant les sourcils, ce n’est pas la petite annexe de la Capitale ?
— Tout à fait, un faubourg pas franchement charmant.
— Il faudrait peut-être songer à aller jeter un œil, alors, non ? avait demandé Boltz en regardant Jaime. C’est sûrement elle qui t’a tatouée.
— Ne me dis pas que tu veux retourner là-bas ? s’était exclamée Maddie, qui était restée discrète depuis le début de la conversation.
— Je dis ça comme ça, s’était empressé d’ajouter Boltz, c’est une piste, juste une piste…
L’assemblée était retombée dans le silence et Filik n’avait plus osé reparler de l’Ancien Vœu. Ils étaient donc tous morts… Pendant quelques jours, et bien malgré lui, il avait été un peu froid envers Adrasté. Il savait qu’elle était capable de tuer, mais de là à commettre un meurtre de cette envergure… et sur sa propre famille… Pourquoi avait-elle fait cela ? Lorsqu’il lui avait posé la question, elle avait refusé de répondre et personne ne semblait savoir ce qui avait pu provoquer ce déchaînement sanguinaire. Adrasté restait résolument muette à ce sujet. Puis il avait écouté les récits des Profanes et avait fini par se rendre à l’évidence : l’Ancien Vœu était bien différent de ce qu’il s’était imaginé. Il avait été naïf.
Aujourd’hui, Filik était pleinement conscient de ce que les Profanes avaient dû subir entre les mains de la secte et il n’en avait plus reparlé depuis. Il releva la frange de boucles qui lui tombait sur les yeux en contemplant la marque sur le bras de Jaime, qui grattait le bois de la table à l’aide de son ongle d’un air absent tout en continuant de relater son entrevue avec Adrasté.
— Adrasté dit que nous étions amies… Plus qu’amies. Que nous étions très proches. J’ai du mal à le croire.
Boltz passa son bras autour des épaules de Jaime dans un geste de réconfort et lança un regard d’impuissance à Filik, qui fit une légère grimace de compassion.
— Comment va Azur ? s’enquit Boltz.
— Je ne l’ai pas encore vu aujourd’hui ! Mais hier, il était difficile… Il s’impatiente, nous allons bientôt devoir le libérer.
Filik se tourna vers la fenêtre. Le tonnerre s’était arrêté et la pluie semblait s’affaiblir.
— Tu veux le sortir de la chambre ? demanda Boltz en haussant les sourcils. Personne ne doit le voir, tu te rappelles ?
— Je sais bien… Je parlais de le sortir de l’auberge.
— Quoi ?! s’écrièrent ensemble Boltz, Jaime et Maddie.
— Tu es tombé sur la tête ?
Filik se gratta vigoureusement le sommet du crâne et garda les yeux rivés sur la table.
— C’est que… Il doit s’entraîner et je pense qu’être enfermé ne lui fait pas de bien du tout, dit-il d’un ton hésitant. Et puis…
Il leva les yeux vers Boltz.
— Je pense aussi que tu devrais venir avec nous.
— Moi ? Pourquoi ?
— Pour être le dragonnier d’Azur, dit simplement Filik sur un ton d’évidence.
Boltz s’esclaffa bruyamment et regarda Jaime et Maddie comme s’il s’attendait à ce qu’elles partagent son hilarité, mais elles restèrent impassibles. Son sourire disparut aussitôt et il dévisagea Filik avec une expression de franche incrédulité.
— Attends, tu es sérieux ?
— Oui. Tu n’as pas remarqué ? Il fait tout ce que tu lui dis. Je ne sais pas pourquoi, mais il semblerait qu’il t’ait identifié comme son maître.
Il avait fait de son mieux pour dissimuler un ton d’amertume, mais il était convaincu que Jaime l’avait remarqué.
— Impossible, objecta Boltz, tu as vu son caractère ?! Il est toujours aussi insupportable.
— C’est vrai, admit Filik en reculant contre le dossier de sa chaise, mais il t’écoute. Avec mauvaise humeur, avec réluctance… mais il t’écoute.
Il se tut un instant et réfléchit. Boltz avait obtenu plus en quelques jours que ce que lui-même avait pu tirer du dragon depuis qu’il avait éclos. Parfois, Filik se surprenait à en éprouver un pincement au cœur. Mais il était avant tout très perplexe face au comportement de son dragon.
— Je pense que tu te trompes, affirma Boltz, les dragons n’obéissent qu’aux Ildari. Si j’essaie de le dompter, je vais finir à la broche.
— Tu m’avais dit une fois, intervint Jaime avec une lueur étrange dans le regard, que tes ancêtres ne venaient pas d’Omphal, tu te souviens ? Que tu n’étais que la deuxième ou troisième génération à être née ici.
Boltz ouvrit la bouche comme pour répliquer quelque chose, mais aucun son ne sortit. À la place, il resta immobile, le doigt levé dans une argumentation silencieuse.
— Comment sais-tu cela ? demanda Filik en se penchant en avant.
— Les livres de la bibliothèque de mes parents, répondit Boltz avec les sourcils froncés, comme s’il s’attendait à devoir se justifier.
— Tes parents n’étaient pas fermiers ? insista Filik. Comment avaient-ils eu tous ces livres ?
Boltz se renfrogna.
— Comment je suis censé le savoir, moi ? On a juste toujours eu beaucoup de livres, c’est tout ! Personne n’a jamais creusé la question.
— Chez moi aussi, il y avait beaucoup de livres, répondit Filik avec un sourire entendu, c’est plutôt courant dans les familles de haut rang.
Il jeta un regard en coin à Jaime et Maddie, qui, comme lui, souriaient face à l’expression de Boltz.
— Vous pensez vraiment, dit celui-ci à voix basse, que les Goff étaient une famille de dragonniers Ildari ?
— Ça expliquerait pourquoi tu arrives à contrôler Azur. Il fait partie d’une espèce qui refuse d’obéir et en temps normal, ils sont tués. Mais si ça se trouve, ces dragons n’obéissaient en fait qu’à une seule famille.
Ce fut au tour de Filik de se renfrogner. Si sa théorie se vérifiait, cela signifiait que tout ce temps, les Ildari avaient tué des dragons pour rien… Il y avait bien une famille capable de les contrôler, elle avait peut-être juste décidé de quitter le pays des années auparavant.
— En tout cas, ça ne résout pas notre problème, reprit-il, il faut le sortir d’ici sans se faire repérer et trouver un endroit où on pourra l’entraîner.
Il y eut un silence rompu uniquement par les grognements de Boltz. Jaime fixait intensément les flammes et Maddie tripotait son chiffon d’un air inquiet.
— La grotte sous la rivière, peut-être ?
Ils tournèrent tous la tête en même temps. Assil se tenait en haut de l’escalier, un pichet vide à la main, l’air un peu honteux.
— Excusez-moi, dit-il avec un sourire, je venais prendre un peu d’eau et je vous ai entendus parler. Je ne cherchais pas à être indiscret.
Puis, s’adressant à Boltz.
— Tu te rappelles la grotte sous la rivière, non ?
Boltz afficha une expression incertaine.
— Nous allions là-bas tous les étés ! La grotte qui donne sur les cascades !
— Ça y est, je l’ai ! s’exclama soudain Boltz en se tapant le front du poing.
Il fit un grand sourire à Assil et marmonna dans un gloussement :
— La vieille planque à bateau.
Assil gloussa à son tour et Jaime leur jeta un regard curieux.
— Planque à bateau ?
— Boltz et moi avions construit un bateau, expliqua Assil en s’asseyant près de Boltz. Enfin… Un bateau, c’est beaucoup dire, c’était plutôt un radeau ! Et nous l’avions caché dans cette grotte en pensant qu’un jour, on pourrait s’en servir…
L’espace de quelques secondes, ce fut comme s’ils étaient à nouveau enfants. Ils tressautèrent et rirent de bon cœur à l’évocation de leurs souvenirs. Filik vit les yeux de Maddie briller légèrement plus que d’habitude à la lueur des dernières braises du feu.
— En tout cas, reprit Boltz, c’est une grotte assez grande pour permettre à Azur d’atteindre sa taille adulte sans problème. Il y a des cascades partout donc là aussi, très pratique s’il s’emporte…
Maddie se mordit la lèvre, loin d’être convaincue.
— Tu as une meilleure idée ?
— Non, mais…
— C’est la meilleure solution, Maddie, assura Assil, je ne pense pas que quiconque connaisse l’existence de cette grotte.
— En tout cas nous n’avons jamais croisé personne, ajouta Boltz en tapant de la main sur la table. C’est décidé, nous irons là-bas !
Il jeta un regard interrogateur vers Filik, qui acquiesça vigoureusement. Ce serait parfait ! Ils auraient de l’espace et de l’eau tout autour, ce qui permettrait de garder Azur en contrôle.
— Allons-y dès demain, dit-il, le plus tôt sera le mieux.
— Quoi ? s’étonna Boltz. Déjà ?
— Euh, oui… Ce serait préférable. Je ne sais pas quand Ilderad a prévu d’attaquer… Mais ça pourrait être d’un jour à l’autre…
— Il a raison, admit sombrement Jaime. Il faut vite que tu puisses contrôler ce dragon, Boltz. On a décidé de rester, alors autant apprendre à se défendre…
— Bah, très bien, répondit Boltz en levant les bras, de toute façon ça ne prendra que quelques jours ! Faisons ça, alors !
Filik tourna lentement la tête vers Maddie et balbutia :
— Et d’ailleurs, Maddie… je me demandais si…
— Je vous préparerai un sac de provisions et de couvertures, assura Maddie avec un sourire résigné.
Tout en parlant, elle avait posé une main anxieuse sur l’épaule de Boltz, qui agrippa lui-même le poignet de la tenancière d’un geste rassurant.
— Merci, Maddie. Quelques jours seulement, c’est promis !
— Azur fait déjà ce qu’il lui ordonne, affirma Filik, ça ne sera pas bien difficile. On partira juste avant l’aube.
Maddie hocha la tête sans grande conviction, les lèvres serrées, et Filik vit que Boltz scrutait Jaime avec un petit regard préoccupé, sa main dans la sienne. Dès demain, Boltz dompterait son dragon. Son dragon, à lui, Filik… qui ne lui avait jamais réellement obéi… mais qui semblait désormais tout disposé à écouter un étranger. Un étranger, vraiment ? Boltz en était-il vraiment un, tout compte fait ? Il semblerait que non. Il ne pouvait s’agir d’un hasard. Il y avait une loi magique qui forçait les dragons à obéir à certains humains de sang Ildari.
Les œufs de dragons étaient ramassés directement dans leurs nids, au creux des montagnes. Régulièrement, les Ildari envoyaient des expéditions de dragonniers récupérer de nouveaux œufs pour de futurs élevages. Souvent, les nids étaient situés aux mêmes endroits, car les dragonnes gardaient leurs antres durant des centaines d’années. Filik observa Boltz du coin de l’œil. Peut-être sa famille était-elle effectivement une de ces rares familles capables de dompter ces fameux dragons incontrôlables… Si c’était le cas, il était très heureux qu’ils s’en soient rendu compte. Seulement… S’il devait être honnête avec lui-même, Filik avait espéré qu’Azur finirait par l’écouter, lui. Mais là encore, une petite voix lui murmura « Tu n’en as jamais voulu… Dragonnier… Tu as toujours su que ce n’était pas pour toi. ». Il passa une main devant sa frange pour la relever de ses yeux. Oui. C’était vrai. Il n’en avait jamais voulu. Il n’avait jamais voulu être dragonnier, chevaucher un dragon, ni même avoir sa propre monture ailée. Il ne s’était enfui avec Azur que pour lui éviter la mort. S’il l’avait su en sécurité, il ne l’aurait pas emmené avec lui. N’était-ce pas précisément une bonne chose qu’il ait fini par trouver quelqu’un qui permette à Azur de ne pas se faire remarquer, de rester avec lui plutôt que de se faire capturer avant d’avoir pu atteindre sa taille adulte ? Si… bien sûr que si. Il avait pris sa décision. Il allait aider Boltz à entraîner Azur. Il savait bien que c’était la solution. Peut-être même était-ce ce qu’il fallait au Royaume d’Omphal pour résister à Ilderad. Mais que restait-il réellement du Royaume ? Après la mort de l’Ancien Vœu, y avait-il quelque chose à sauver ? Cette fille… Filik tourna la tête vers Jaime, qui regardait toujours Boltz d’un air encourageant. Pourquoi Adrasté avait-elle effacé sa mémoire ? Et pourquoi refusait-elle désormais de s’en séparer ? Elle n’avait rien dit à Filik, mais ce dernier n’était pas dupe. Elle était venue à Gandir pour Jaime, et elle restait ici pour Jaime. Filik la voyait maugréer continuellement, grommeler qu’elle n’aimait pas être là… pourtant elle ne bougeait pas. Quel était leur lien ?
Jaime et Boltz discutaient à présent à voix basse, le visage proche l’un de l’autre. Il se rendit compte que son regard s’était attardé sur Jaime plusieurs secondes de trop lorsqu’il la vit lui adresser un sourire curieux en ajustant sa queue de cheval au-dessus de sa nuque. Il se détourna précipitamment pour ne pas leur donner l’impression qu’il cherchait à écouter ce qu’ils disaient et fit un geste en direction de Boltz.
— Comme tu as eu ça ?
Boltz leva les sourcils et porta machinalement sa main vers la cicatrice laiteuse qui lui barrait la tempe et s’étendait jusqu’à son cou, juste en dessous de son oreille.
— Oh, ça… Ça date !
Il fit courir son doigt sur la ligne blanche, les yeux dans le vague.
— C’était mon frère, le jour de son rappel. Il m’a laissé un souvenir.
Ils se redressèrent tous.
— Pourquoi ? s’indigna Jaime. Tu ne m’avais pas dit !
— Je ne voulais pas qu’il s’en aille, expliqua Boltz en haussant les épaules, j’ai essayé de me battre contre lui pour l’inciter à rester, mais j’étais bien malade, ce jour-là ! Qu’est-ce que j’ai braillé… Moi aussi, je me serais mis un coup à la tête pour me faire taire.
Il leva la main alors que Jaime s’apprêtait à dire quelque chose et lança un regard entendu à Filik.
— Nous partons tôt, demain, c’est bien ça ?
Filik fit signe que oui.
— Dans ce cas, allons dormir.
Boltz prit la main de Jaime et fit racler sa chaise au sol en s’étirant.
— Maddie, tu n’as qu’à laisser les provisions sur le comptoir, nous ne te réveillerons pas.
Pris de court, Filik le regarda remonter les escaliers avec Jaime et songea que lui aussi devrait se reposer un peu. Il y parviendrait mieux ce soir : la pluie s’étant arrêtée quelques instants auparavant, la nuit serait sans doute plus calme.
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