Le Secret de L'Ancien Voeu: Tome II - Les Quatre Armées (French Edition)
Chapitre XXIII
Tout était prêt
— Toutes les factions sont en place ?
— Affirmatif, mon Général.
— Les balistes de la Tour Est ?
— Affirmatif. Les lanciers sont également prêts.
— Parfait. Disposez.
— Général… Il y a des nouvelles. Nos armées se sont repliées à Goslar.
— Repliées ? Sur quel ordre ?
— Sur… sur aucun ordre, mon Général.
— Envoyez chercher le Capitaine.
Le messager qui venait faire son rapport à la Tour Nord baissa la tête, l’air très mal à l’aise.
— Le Capitaine Miller est… il est mort, mon Général.
Le Général se figea face à son reflet. Il se vit froncer imperceptiblement les sourcils. Il tournait le dos à l’émissaire et regardait par la porte-fenêtre de la chambre. L’Enfant dormait profondément tandis que le soleil atteignait son zénith. Que la Major Inya ait été tuée n’avait rien d’étonnant. Cependant, le Capitaine Miller… Voilà qui était contrariant. Qui avait bien pu être assez puissant pour lui tenir tête, à lui et à son armée de Sans-Vie ?
— Comment est-ce arrivé ?
— Un homme que l’on nomme Zaël, mon Général. Son armée est également à nos portes.
— Vous me dites que cette petite armée est parvenue à défaire le Capitaine ? dit le Général en levant un sourcil.
— Non, mon Général, répondit le messager en se tordant les mains. C’est cet homme, seul. Il s’est battu seul contre plusieurs Sans-Vie et a réussi à atteindre le Capitaine.
Le Général se détourna brusquement de son reflet et leva la main d’un geste impérieux.
— Sortez, maintenant.
— Il… Il y a autre chose, mon Général.
Le messager se tordit les mains de plus belle, son menton fuyant s’enfonçant dans son cou à mesure qu’il parlait.
— Les rebelles… Personne ne sait comment, mais… Leur chef, Boltz, a été vu sur le dos d’un dragon.
Il avait dit cette phrase comme s’il souhaitait disparaître à travers le sol.
— Ils seront bientôt à nos portes… L’armée d’Ilderad sera également là dans moins d’une heure, si nos calculs sont justes. Leurs dragons ont été aperçus dans le ciel…
— Sortez ! tonna soudain le Général.
Le messager se retira sans un mot en manquant de trébucher dans l’embrasure, et les gardes refermèrent la porte derrière lui. Le Général regarda l’Enfant quelques secondes et se rendit compte que ses dents s’étaient mises à grincer. Il desserra la mâchoire et promena une main sur ses joues. Tout allait bien se dérouler. Ce n’était qu’une tache sur son plan. Il n’avait pas prévu d’avoir à se passer des Sans-Vie du Capitaine… Mais il se débrouillerait. Un unique dragon n’allait pas faire la différence… Même si ce dragon était chevauché par son petit frère.
À cette pensée, il sentit à nouveau ses molaires s’imbriquer désagréablement. Comment… Comment Boltz avait-il découvert qu’il était capable de contrôler ces bêtes ?! Personne, à part Brand et le précédent Capitaine, ne savait que les Goff étaient originellement des Ildari. Et aussi… Où en avait-il trouvé un ? Malyria était la seule dragonne présente à Omphal… S’était-il allié avec Ilderad ? Rien ne concordait… Mais cela n’avait aucune importance immédiate.
Les rebelles, ainsi que l’armée de Zaël, étaient sur le point de lancer l’assaut. L’armée d’Ilderad arrivait, elle aussi. Leurs invasions terrestres n’avaient été qu’un avant-goût. Désormais, ils s’apprêtaient à frapper leur grand coup final. Ils envoyaient leurs dragonniers. Mais le Général était prêt. En jetant un dernier regard par la fenêtre, il vit en effet plusieurs points noirs grandir et bouger dans le ciel blanchâtre de l’hiver ensoleillé. Ils étaient là… C’était pourtant un beau début d’après-midi… Quel gâchis.
Son armée tout entière était postée à l’extérieur des murs de la Capitale. Il baissa les yeux et contempla quelques secondes la masse immobile qui se concentrait devant la Porte des Arènes, puis se dirigea vers l’entrée de la chambre. Les gardes lui ouvrirent la porte.
— Que personne d’autre que moi n’entre et ne sorte d’ici, ordonna-t-il. Y compris l’Enfant.
Ils opinèrent du chef et il se détourna d’eux. L’Enfant… Ils venaient tous pour lui. Bien sûr. Il était leur cible. Mais il ne les laisserait pas l’avoir. Le Général descendit les marches, traversa le hall d’entrée, appela des gardes qui lui emboîtèrent le pas, puis bifurqua vers un escalier qui s’enfonçait dans les profondeurs du Grand Palais, droit vers les cachots. Malyria, pensa-t-il, tu vas pouvoir prendre l’air.
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