Legacy, Tome 2- Life
Le coude replié sur mes yeux, j’inspire…
Saige#11
Le coude replié sur mes yeux, j’inspire et expire longuement... profondément.
Je me sens si fatiguée...
Et si je m’en réfère à la fréquence chaotique des battements de mon cœur, je peux dire que mon corps est d’accord avec ça.
Ne me lâche pas, Leg’, s’il te plaît... J’ai besoin de temps, supplié-je intérieurement.
Étendue sur l’un de ces lits superposés mis à disposition des internes en salle de garde, j’essaie de reprendre un semblant de force pour terminer mon service à l’hôpital. Mac m’a encore traînée au bloc et l’opération a duré plus longtemps que prévu. Il tenait à ce que je participe à cette chirurgie et je le remercie de prendre autant au sérieux mon enseignement, mais plus les jours passent, plus masquer mon état devient corsé. Rester debout pendant des heures, être concentrée, attentive et réactive demande une énergie considérable...
Une énergie dont je ne bénéficie plus...
Si on ajoute à ça mes problèmes personnels : les secrets que je dissimule à Macsen, ma sœur qui inonde mon téléphone de messages vocaux et écrits et Collins qui me sermonne à chaque fois qu’elle me croise, c’est le débordement émotionnel et physique !
C’est plus que je ne peux supporter !
Bien sûr, je n’oublie pas que je suis l’unique responsable de cette situation. Je ne rejette la faute sur nul autre que moi ! Mon problème est que je me sens dépassée par tout ça, que je ne sais plus comment m’en sortir sans déclencher une véritable catastrophe !
Je jure en entendant la sonnerie de mon téléphone. Je le récupère et décroche en pensant bêtement qu’il s’agit d’un appel d’un professionnel.
Et quelle bévue, je viens de commettre…
— Lane !
— Saige, ce n’est pas vrai !
Mais alors, la grosse boulette !!!
— Ça fait une semaine que j’essaie de te joindre ! crie ma sœur que je devine folle de rage. Tu filtres mes coups de fil maintenant ?!
— J’ai décroché, non !?
— Nan, mais tu te moques de moi ?! Ta façon de me répondre me laisse penser que tu as surtout oublié de regarder qui te téléphonait !
Je ne vois pas ce qui lui fait dire ça…
— Écoute Tessa, tu es toujours en train de m’engueuler alors, ne t’étonne pas si je t’évite...
— Non, mais je rêve ! Tu me mènes en bateau depuis trop longtemps ! Tu devais parler à Macsen pendant votre voyage, mais tu ne l’as pas fait ! Tu m’as ensuite affirmé que tu le ferais en rentrant et il n’est toujours pas au courant ! En plus de me mentir effrontément, tu t’entêtes à travailler alors que ton médecin ne cesse de te répéter que tu dois te reposer !
De ma main libre, je me masse la tempe en grimaçant ; ma tête va exploser si elle continue de brailler…
— Tu mets ta vie en danger, Saige ! Non, mais est-ce que tu en as conscience ?
— Je te l’ai déjà dit, je sais ce que je fais ! Je suis médecin...
— Arrête ! Il y a bien longtemps que tu es trop déraisonnable et je ne peux plus le tolérer ! Tu as peur de sa réaction, mais il va péter un câble en découvrant la vérité et ça sera normal !
— Je t’assure que tu paniques pour rien...
— Mais qui crois-tu que je suis au juste ?! J’ai grandi avec toi, avec ta maladie aussi ! J’étais peut-être qu’une enfant, mais j’ai parfaitement saisi la gravité de ton état ! Ne me fais pas l’affront de me prendre de haut et de me dire que je ne sais rien ou que je ne comprends pas ! Et ne me balance pas ton doctorat à la figure toutes les cinq secondes, parce que tu te plantes carrément !
— Mais je gère !
— Non, ça suffit ! Les mensonges n’ont que trop duré ! Je ne voulais pas en arriver là, mais tu ne me laisses plus le choix. Si tu ne racontes pas tout à Macsen dans les heures qui viennent, je le ferai moi-même !
— Excuse-moi ?! m’indigné-je, dépitée qu’elle ose me faire ce chantage ignoble.
— Tu m’as bien comprise ! Parle-lui dans les plus brefs délais ou je déballe tout !
— Comment peux-tu être aussi..., bégayé-je tellement je suis furieuse après elle. Tu crois que ça m’aide ?
— Tu refuses de m’écouter depuis le début alors, tant pis pour toi !
— C’est bon, fulminé-je. J’ai assez parlé avec toi !
— Saige ! m’appelle-t-elle comme pour retenir mon attention.
— J’ai du travail, je te laisse...
— Saige Lane !!!
Je raccroche avant de me rallonger en soupirant.
— Mais dans quel merdier, je me suis fourrée, vociféré-je en me cachant dans mes mains.
**
— Saige ?
Entendre mon prénom me coupe dans mon élan alors que je quitte les toilettes du troisième étage de l’hôpital en bayant aux corneilles. Un coup d’œil sur la gauche me confirme que Silva est là. Elle me fait un signe depuis le bureau des infirmières. Je la rejoins.
— Salut, dis-je mollement.
Elle pose gentiment sa main sur mon avant-bras.
— Est-ce que ça va ? Tu as vraiment une mine affreuse…
— Mais oui ! Je suis seulement fatiguée. La journée a été longue…
— Tu rentres chez toi ?
Je consulte ma montre : 1 h 45. À cette heure-ci, Macsen devrait dormir. Je ne risque donc pas de le croiser.
Forcément, je l’évite depuis plusieurs jours… Pourquoi ? Eh bien, il n’a pas oublié ce que je lui ai dit l’autre soir alors que nous venions de faire l’amour.
Si jusqu’à aujourd’hui, il ne faisait que supposer que je lui cachais quelque chose d’important, il en est persuadé depuis que je le lui ai confirmé avant de feindre mon endormissement dans une lâcheté sans nom. Sauf que cette information n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Maintenant, il me harcèle pour que nous trouvions un moment pour finir cette conversation. J’ai pu me cacher derrière le dîner en compagnie de Nicole et Robert et sa garde de la veille, mais ce soir, je n’avais plus aucun moyen de repousser l’échéance alors, j’ai inventé une fausse chirurgie en urgence pour justifier mon retour tardif. Comme c’était un mensonge (supplémentaire), j’ai consacré les dernières heures à dormir en salle de garde. Heureusement, il était de repos, il a donc passé sa journée à la maison avec la petite.
— Oui, je vais pouvoir rentrer.
— J’imagine que tu travailles demain.
Je soupire.
— Exact !
— Saige, je m’inquiète pour toi, tu as vraiment une sale tête. Tu veux que je te ramène chez toi ?
— Non, ça va aller !
— Sûre ?
Voir à quel point elle est soucieuse me touche. Je l’étreins amicalement.
— Qu’est-ce que je ferai sans toi, Silva ?
Je l’embrasse.
— À demain !
Elle me laisse partir sans insister davantage, mais à contrecœur, sans aucun doute.
Je ne prends pas plus de dix minutes pour faire une halte à mon vestiaire avant de rejoindre le parking personnel où je récupère mon pick-up.
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