Legacy, Tome 2- Life
— Tu donnes Lapin à maman ?
Saige #49
— Tu donnes Lapin à maman ?
Ma sublime Tempérance confortablement installée sur mon lit d’hôpital s’empare de son lapin en peluche pour me le tendre.
— Merci, mon cœur !
Elle sourit avant de s’intéresser à son petit dinosaure en plastique. Moi, je ne parviens pas à la quitter des yeux. Non, depuis qu’elle est arrivée en début d’après-midi, je n’ai pas été capable de me détourner d’elle. Et plus les minutes passent, plus mon cœur se serre dans ma poitrine à l’idée qu’elle doive bientôt s’en aller. Tessa m’a appris que Macsen avait réservé un vol pour le lendemain matin, alors quoiqu’il arrive, ma fille va partir loin de moi dans quelques heures et je ne peux rien y faire.
— Je t’aime tellement, dis-je amoureusement à ma précieuse Tempérance en câlinant sa joue. Tu vas me manquer...
— Vois les choses avec positivité, Saige, me gronde gentiment ma sœur. Tu vas pouvoir mettre à profit ces quelques jours pour te reposer, ainsi tu seras en pleine forme pour t’occuper d’elle quand elle reviendra la semaine prochaine.
Je lève les yeux au ciel.
— Si elle vient...
— Bien sûr que oui ! Macsen s’est engagé...
Je ne peux empêcher un rire mesquin.
— Macsen fera simplement ce qui l’arrange.
— Ne sois pas si dur avec lui, Saige ! me reprend Tessa. Je sais que tu es malheureuse, mais garde à l’esprit que le plus important est le bien-être de votre fille. Je pense sincèrement que Macsen n’a que ça en tête. Il est conscient que Tempé doit avoir son père et sa mère à ses côtés pour s’épanouir et sa seule obsession est que ce soit possible.
— Pour le moment, parce qu’il se sent coupable ! Mais dans quelques mois...
Je roule des yeux.
— Si ce n’est quelques semaines, il songera à refaire sa vie et je serai trop dans sa nouvelle histoire !
— Tu es vraiment en train de supposer qu’il te rayerait de celle de la petite, se lamente ma sœur.
Elle commence à rassembler les quelques jouets appartenant à Tempérance pour les ranger dans son sac.
— Je ne pensais pas dire ça un jour, mais c’est lui qui a raison, tu n’as rien compris à ton homme !
— Bah voyons... ravie de constater que je peux me fier à toi…
Elle marche jusqu’à mon lit et m’embrasse bruyamment.
— Je t’aime et je te soutiendrai toujours et compte sur moi pour te remettre dans le droit chemin quand tu débloques et là...
Elle fiche la pagaille dans mes cheveux déjà bien assez désordonnés.
— Tu débloques carrément !
Son portable lui indique l’arrivée d’un SMS. Elle le consulte.
— Des nouvelles de ce très cher Shane ?
Elle range son téléphone.
— Ce n’est pas lui, mais je l’ai appelé, ce matin !
— Hou... Tu te lances enfin !?!
— Eh bien, oui, j’écoute tes conseils, tu vois !
— Et alors ? me renseigné-je avec enthousiasme en frappant dans mes mains. Je veux tout savoir !
— On a décidé de sortir quand j’irai chercher Tempérance. Je prendrai l’avion samedi afin de dîner avec lui. Ensuite, je rentrai dimanche avec ta fille !
Je la regarde dubitative.
— Vous allez seulement au r esto ?
Tessa hausse les épaules.
— Bien sûr !
Je la pousse gentiment.
— Arrête ton char, vous allez vous envoyer en l’air, avoue !
— N’importe quoi, dit-elle choquée. Je n’ai pas l’intention de coucher avec lui à notre premier véritable rencard ! Je vais passer pour qui, moi ?
— Pour une nana en manque ! rigolé-je. Rappelle-moi depuis quand tu n’as pas vu un mec à poil ?!
— Une éternité, se marre-t-elle. Mais ce n’est pas pour autant que je vais me laisser aller dans ses bras à la première occasion.
Peu convaincue, j’arque un sourcil par ce qu’elle avance.
— On en reparle à ton retour...
— Sans problème !
— D’ailleurs, si tu ne dors pas chez lui, où penses-tu passer la nuit ?
— Mac m’a déjà proposé de squatter chez lui !
Je lui lance un regard cinglant.
— Parce qu’il est au courant ?
— Bah oui...
— Tu racontes tes histoires de cœur avec lui !? Tu lui en parles même avant moi ?!
— Ce que tu dis est ridicule ! Il était là quand Shane m’a appelé, c’est tout ! Pourquoi es-tu autant sur la défensive lorsqu’il est question de lui ?
— J’en ai assez que tout le monde se prosterne à ses pieds ! Il m’a larguée alors j’aimerais...
— Qu’on le déteste par compassion, soupire Tessa. Saige, tu es plus intelligente que ça ! Tu es en colère et c’est un bon moyen pour toi d’atténuer ta souffrance, mais ce n’est pas dans ton tempérament ! Et puis, arrête de croire que tout est perdu entre vous ! Il veut s’accorder un peu de temps seul avec lui-même pour faire le point sur sa vie, sur tout ce qu’il a appris sur toi !
— Je suis loin d’être aussi optimiste que toi...
Tessa récupère le manteau de Tempérance et commence à lui passer.
— Mais qu’est-ce que tu fais ?
— On va aller faire un petit tour à la cafétéria, m’explique-t-elle en habillant ma fille.
— Je préfère qu’on reste là, je suis bien ici, je peux mieux profiter d’elle.
— On s’en va toutes les deux, poursuit-elle. Toi, tu as une visite...
— Une visite ?! Mais de quoi tu parles ?
La réponse à ma question ne tarde pas à toquer à la porte de ma chambre. J’échange un regard curieux avec ma sœur qui me fait un clin d’œil.
— Baba !
— Coucou ma princesse ! s’exclame Macsen qui vient de faire son entrée dans la pièce.
Nan, mais je rêve....
Il s’approche et récupère la petite dans ses bras.
— Tu t’es bien amusée, mon chat ?
— Mama...
— Tu vas aller avec tata pour prendre ton goûter. Après tu reviendras voir maman !
— Mais...
Mais Macsen tend déjà Tempé à ma sœur.
— C’est une plaisanterie, m’horripilé-je d’assister à leur manège sans même qu’on me demande mon avis.
Impuissante, ignorée, je regarde ma fille s’en aller avec Tessa en nous laissant seuls, Mac et moi. À peine la porte close, je lance les hostilités.
— Tu ne manques pas de culot ! Je n’ai pas beaucoup de temps avec elle et il faut que tu viennes me l’enlever !
Les bras fermés sur son torse, il me dévisage en silence.
— Qu’est-ce que tu fiches ici ?!
Toujours aussi calme et impassible, il marche jusqu’au fauteuil et s’y installe avec une décontraction qui me donne envie de lui crever les yeux.
— C’est comme ça que tu veux qu’on se dise au revoir, Laura ?
— Quoi ? Tu me dis que tout est fini entre nous, que tu t’en vas avec ma fille et tu me demandes un câlin d’adieu maintenant ?!
Son doigt courant sur ses lèvres, il a les yeux rivés sur moi. Ils sont d’une étrange intensité comme s’il essayait de m’hypnotiser.
— Un truc comme ça, répond-il avec nonchalance.
— Il faut te faire soigner, Macsen.
Je saute de mon lit.
— Je vais aller rejoindre ma fille !
— Saige...
Il attrape mon poignet en vol tandis que je passe près de lui pour sortir de ce traquenard monté de toute pièce par cet imbécile et ma traîtresse de sœur.
— Bébé, je t’en prie, chuchote-t-il en coulant son regard dans le mien.
Je m’apprête à l’envoyer se faire voir, mais Mac tire sur mon bras de sorte que je finisse sur ses genoux. N’ayant que peu de force, je m’écrase sur lui sans pouvoir émettre la moindre résistance. Il ne perd pas une seconde pour s’enrouler autour de ma taille et ainsi s’assurer que je ne puisse pas me sauver.
— Mac, lâche-moi !
— Ma puce, souffle-t-il dans mon cou. J’ai envie d’un moment avec toi. Je sais que je te demande beaucoup vu ce que je viens de faire, mais je ne peux pas me résoudre à ce que nous nous séparions de cette façon.
Malgré mon ressentiment à son encontre, je finis par céder avant de me laisser transporter par la chaleur de son souffle sur ma nuque, la douceur de ses mains sur mon corps.
— Mac, murmuré-je en m’accrochant à ses épaules.
Ses lèvres glissent sur ma peau, descendent dangereusement vers la naissance de ma poitrine. De sa main gauche, il redessine délicatement les formes de mes seins.
— Je t’aime, Laura, susurre-t-il un ton de souffrance. N’oublie pas que je t’aime...
Je lui mordille l’oreille alors que mes doigts remontent à l’arrière de sa tête dans une incitation tacite à poursuivre son exploration.
— J’ai peur de vivre loin de toi...
Mais il m’abandonne et coule son regard dans le mien.
— Moi aussi, je suis terrifié, Bébé, mais je ne peux pas...
La fin de sa phrase n’est qu’un couinement douloureux. Je vois ses beaux yeux noirs se remplirent de larmes.
— Je t’aime comme jamais je ne pensais aimer, m’avoue-t-il en cajolant ma joue. Je t’ai ouvert mon cœur, je t’ai laissé faire ce que tu voulais de moi, Laura, et tu m’as déçu...
— Ce n’est pas ce que je cherchais…
— Je le sais, ma chérie. Ça, je n’en doute pas une seconde. Je ne crois pas que tu puisses volontairement me faire du mal, que tu as seulement été maladroite, mais en avoir conscience ne suffit pas à ce que je passe l’éponge.
Avec une grandeur lenteur, il parcourt mes lèvres.
— Je voudrais, balbutie-t-il d’une manière presque inaudible. Mais je n’y arrive pas...
J’attrape son visage entre mes mains et fonce sur sa bouche. Macsen ne perd pas de temps pour répondre à ce baiser. Ses doigts dans ma chevelure, il me maintient contre lui et glisse sa langue entre mes lèvres. Il y a tellement d’envie, de passion dans ce baiser que mes larmes redoublent d’intensité quand je songe qu’il va me priver de cette sensation incroyable d’être l’objet de son désir.
— Mac..., pleuré-je dans sa bouche.
J’aimerais qu’il continue, qu’il n’arrête plus de m’embrasser. Je voudrais plus que tout le garder captif de mes lèvres, de mes bras, de mon cœur, mais le poids de la douleur, de la désillusion est trop fort pour qu’il puisse le surmonter. Il m’abandonne et pose son front contre le mien. J’essaie de lui voler un baiser, mais il me le refuse.
— S’il te plaît, m’implore-t-il la gorge nouée. Tu es ma plus grande faiblesse, Laura, et je n’ai pas peur de te dire que tu as le pouvoir de me faire plier.
Il lève son sublime visage ruisselant vers moi.
— Mais je crois aussi que tu m’aimes suffisamment pour me laisser m’en aller parce que tu sais au fond de ton cœur que j’en ai besoin pour moi et uniquement pour moi...
— Tu dois être loin de moi pour être heureux ?
Il secoue la tête. Il y a tant de désespoir dans le noir de ses yeux...
— Pour trouver la sérénité, Laura. Il faut que je mette mon âme en paix et tant que tu feras partie de ma vie, je ne pourrais pas le faire.
— Comment en est-on arrivés là ?
J’enroule mes bras autour de lui.
— Comment ai-je pu nous faire ça ?
— Il n’y a pas que la manière dont tu as géré notre rencontre ou qui tu étais en réalité. Il y a aussi que...
Ses doigts effleurent ma poitrine à l’endroit précis où se trouvait le cœur de sa sœur, il y a encore quelques jours.
— Je dois la laisser s’envoler et c’est impossible avec toi. Quand je te regarde, tout me ramène à Legacy. J’aimerais être plus fort pour toi, pour notre fille, mais je ne suis qu’un faible et c’est toi... toi et l’amour que j’ai pour toi qui m’ont rendu vulnérable. Il faut que j’apprenne à vivre avec tout ça...
— Je ne sais plus ce que je suis censée faire quand je vois tout le mal que je te fais seulement en étant là devant toi.
— Tu m’en aurais fait bien davantage si tu ne t’étais pas battue. Je ne veux pas vivre dans un monde où tu n’es plus...
Il a un sourire confus.
— Je sais que je ne t’aide pas avec tous mes états d’âme et j’en suis désolé.
Je secoue la tête comme pour repousser ses paroles.
— Je comprends ce que tu ressens, Mac, mieux que tu sembles le croire, tu sais...
— Non, ma puce, j’en ai pleinement conscience, mais ce chemin je dois le faire sans toi...
Il essuie mes larmes.
— Maintenant, je veux que tu sèches tes pleurs et que tu fasses la seule chose que personne ne peut te prendre, c’est d’être la maman de Tempérance. Concentre-toi sur elle. ! Il n’y a qu’elle qui soit vraiment importante…
— Non, Macsen, toi aussi tu comptes plus que tout dans ma vie. Je ne suis moi qu’avec vous, mais tu dois partir et faire ce qui te semble le mieux pour toi.
— Merci, mon amour, dit-il reconnaissant. Merci de me respecter.
Je me lève et, dans une tentative de chasser l’atmosphère pesante qui a envahi ma chambre, je récupère mon gilet et le passe en laissant le temps à Mac de reprendre ses esprits. Je l’entends se mettre debout. Il m’étreint alors que je lui tourne toujours le dos.
Son souffle me chatouille la joue.
— Tu es la plus belle chose qui pouvait m’arriver, Saige. Je t’ai donné tout ce que je suis et ça t’appartient à jamais.
J’opine du chef sans dire le moindre mot. Je veux seulement qu’il s’en aille tant que j’ai encore la force de le laisser partir.
Il dépose un chaste baiser sur ma tempe et c’est un vide incommensurable que j’éprouve quand sa chaleur m’abandonne pour laisser place au froid glacial de son absence. Il fait quelques pas dans la pièce et ouvre la porte. Je crois qu’elle va se refermer derrière lui.
— Si tu avais su comment ça finirait, tu serais venue à Chicago ?
Je balance la tête sur le côté en entendant sa question, un sourire sur mon visage.
— Même si je t’ai blessé, je sais que je t’ai aidé à retrouver une part de toi-même alors oui, je n’aurais loupé ça pour rien au monde !
Il me sourit en retour.
— Moi non plus, ma jolie lionne...
Il s’apprête à sortir, mais me lance une ultime œillade.
— Tu vas me manquer, Ingalls.
J’ignore ma vue qui se brouille et laisse échapper un rire timide.
— Bah ça, c’est carrément évident !
Mac m’offre le bonheur d’un dernier sourire avant de disparaître dans le couloir. La porte claque quand prenant appui contre mon lit, je me fais glisser sur le sol. Le regard vide, je fixe l’endroit où il vient de s’en aller.
— Toi aussi, tu vas me manquer, mon amour...
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