Legacy, Tome 2- Life

Elma Hilde · Chapitre 38 sur 42

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Legacy, Tome 2- Life

Le parvis de l’hôpital de Sioux Falls…

Macsen #46

 

Le parvis de l’hôpital de Sioux Falls est particulièrement calme, en ce début de journée. Il y a bien quelques badauds qui vont et viennent, mais rien à voir avec le flux de passants qui gravitent autour de UC. Ici, les choses sont bien plus paisibles. Les gens, la ville, la vie... tout est plus tranquille ! Tout sauf moi... Non, je n’ai rien de tout ça, ce matin. Ce n’est pas si évident à croire en me trouvant assis sur un banc, les mains cachées dans les poches de mon manteau et le regard dans le vague.

Pourtant tout en moi bouillonne !

J’ai quitté la chambre quelques minutes après ma discussion avec Laura. Je suis parti parce que rester là à la regarder pleurer est devenu insupportable. J’essaie sûrement de me donner bonne conscience, mais sincèrement, je pense qu’elle a ressenti du soulagement quand je lui ai dit qu’il valait mieux que je m’en aille.

Comment lui en vouloir ? Je viens de lui briser le cœur !

J’ignore depuis combien de temps je squatte ici... j’en ai perdu la notion... Tout ce que je sais est que je n’ai pas envie d’être là-haut avec elle, qu’il met pénible de me retrouver chez ses parents entouré de toute sa famille et encore moins de voir ma fille alors que je viens d’anéantir toutes ses chances d’avoir un véritable foyer. Je grimace quand cette idée me traverse l’esprit.

Mon pauvre bébé, qu’est-ce que j’ai à t’offrir, maintenant ? Une famille brisée ? Une garde alternée ? Laura a tellement raison : je suis un putain de connard !

Mais qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? Je n’arrive pas à être dans la même pièce que Laura sans penser à ma sœur et ça me tue ! Si Saige avait toqué à la porte de chez moi pour me confier qu’elle était la jeune femme qui avait reçu son cœur vingt ans auparavant, j’aurais pété un plomb, je la lui aurais claquée au nez en lui disant que je ne veux rien savoir d’elle. J’aurais appelé ma tante et la pauvre en aurait pris plein la gueule pour m’avoir caché le don d’organe de Legacy. Après avoir passé mes nerfs sur tout le monde, j’aurais fait la seule chose dont j’étais capable à l’époque ; j’aurais bu et baisé jusqu’à oublier ce putain de merdier.

Mais, aujourd’hui, je n’ai pas d’autre choix que d’affronter la vérité et je n’ai aucune parade pour ne plus y penser. Non, c’est en moi à chaque seconde qui s’écoule et je ne peux rien y faire. Voilà pourquoi je dois prendre mes distances ; je vais devenir dingue si je suis confronté à mon passé en permanence ! Mais comment lui faire comprendre que c’est la meilleure option pour nous sans exacerber sa culpabilité ? Trouver les mots justes, ceux qui ne la heurteront pas n’a rien d’évident. Je l’aime et ma préoccupation première est de la protéger. Je ne suis pas furax après elle, ou alors, ma peine a pris le pas sur ma colère, c’est difficile à établir. Je suis le seul à pouvoir prendre une décision aussi importante. Saige m’a démontré qu’elle n’est pas la mieux placée pour le faire. C’est une personne brillante, d’une grande intelligence, mais elle perd toute rationalité quand il est question de nous... de moi surtout...

Je reste convaincu qu’elle doit se défaire de cette obsession autour de moi. Car oui, c’est une vraie obsession ! Elle a mené toute sa vie en fonction de moi et c’est carrément malsain, touchant, mais nocif !

— Te voilà...

Mon regard toujours perdu dans la contemplation passive des environs, je ne sourcille même pas lorsque Tessa s’adresse à moi. Je ne sens que sa présence à mes côtés, ses yeux braqués sur moi.

— Alors, ça y est, tu l’as fait ?

Le timbre de sa voix n’est pas accusateur ou agressif, non, il est peiné et sensible.

Sans me détourner de ce point imaginaire que je fixe encore, je réponds par l’affirmative d’un silencieux hochement de tête.

— Et comment tu te sens ?

— Je t’ai dit de venir pour rester près d’elle, Tessa, pas pour te soucier de moi !

Tessa s’agite, s’accroupit devant moi et lie ses mains aux miennes.

— Je vais aller la voir dans une minute, mais pour le moment, je suis ici avec toi ! Comment est-ce que tu te sens ?

Je tourne enfin la tête vers mon interlocutrice et me retrouver face à ce visage en tout point similaire à celui de la femme que je viens de quitter me transperce littéralement le cœur. J’ai aussi mal que si Saige était là à mes pieds et ne pas en faire la démonstration relève de l’incongrue. Tessa, les traits particulièrement doux, me détaille un instant en silence.

— C’est vrai ce que tu as dit à mon père, Macsen, je suis ton amie. Alors, oui, quand il est question de Saige, je perds facilement le contrôle de mes émotions, mais papa aussi a raison, on est pareils toi et moi.

La pression de ses mains contre les miennes se fait plus soutenue.

— Nous allons tous vivre des moments délicats dans les jours à venir et je sais que, malgré ce que tu viens de faire, tu aimes ma sœur. Je sais aussi que tu ne cesseras jamais de te soucier d’elle et je suis ta meilleure alliée pour que votre séparation se fasse le plus en douceur possible.

Je grimace lorsqu’elle emploie ce terme.

Je l’ai quittée... j’ai abandonné ma Laura, mon bonheur...

— Qu’est-ce que j’ai fait ? articulé-je d’une voix limite audible avant que ma tête retombe contre l’épaule de Tessa. Mon Dieu, Tessa, qu’est-ce que j’ai fait ?

Et là, le visage caché dans le manteau de Tessa, le corps grelottant, je laisse enfin la digue qui contenait mes émotions se briser et je pleure comme je l’ai fait qu’une seule et unique fois dans mon existence — sur le lit d’hôpital de ma sœur juste avant qu’on la débranche — les bras de Tessa se referment autour de moi. Je l’enlace à la taille, la serre comme une bouée de sauvetage dans mon océan de chagrin. Et je chiale ! Je chiale comme ce môme qui venait de tout perdre se larmoyant sur le corps endormi de sa sœur. Elle était mon dernier espoir de ne pas vivre ma vie seul et je l’ai perdue, elle aussi.

— Tu as agi au mieux pour toi et pour mon étoile. Si tu n’es pas prêt à lui offrir cette vie qu’elle désire, alors ne te force pas. Tu as tes défauts, Macsen, mais la malhonnêteté n’en est pas un. Tu es sincère et ça fait de toi un homme bien. Tu as fait ce qu’il fallait, je t’assure.

J’acquiesce sans parvenir à faire cesser mes larmes.

— Je l’aime, Tessa, je te jure que je l’aime.

— Je le sais, Mac...

— J’ai besoin de toi, parce que je n’ai plus rien ! Je n’ai que ma fille et je m’en veux de fiche en l’air sa famille, mais je ne peux pas être bon père pour elle si je ne sais plus où j’en suis dans ma vie.

— Je le comprends et Saige finira par l’accepter. En ce qui concerne Tempérance, tout ce dont cette enfant a besoin, c’est de l’amour de son père et de sa mère. Qu’importe comment vous vivez, le principal est qu’elle vous voit être heureux, tu saisis ?

Je hoche lentement la tête avant de la relever quand je sens mes larmes se tarir. Un peu confus de m’être montré si vulnérable devant Tessa, je n’ose pas la regarder dans les yeux. J’assèche mes joues.

— Je ne sais pas comment je peux gérer ça. Je veux la rassurer, qu’elle soit convaincue que je ne lui enlèverai pas le bébé, mais je dois retourner à Chicago. Je ne peux pas laisser Tempérance ici et je ne peux envisager que Saige rentre avec nous. Elle doit rester auprès de vous. Et puis, elle n’est pas en état de voyager.

— Tu veux repartir quand ?

— Elle a très bien récupéré, Valdez pense l’autoriser à sortir dans quelques jours, je m’en irai après !

— On va s’occuper de mettre une organisation en place, Mac, je te le promets ! Tu peux compter sur moi, je t’aiderai de mon mieux.

J’ai un sourire ému en entendant sa promesse. Du bout des doigts et avec une certaine appréhension, je repousse cette mèche rousse et lisse qui balaie son visage au grès du vent.

— Je t’aime, Tessa. Je sais qu’on a du mal à ne pas s’engueuler tous les deux, mais je t’assure que je suis sincère. J’ai la sensation incroyable et précieuse d’avoir à nouveau une famille et même si ça me fait peur, je veux préserver ça.

Elle me met un coup dans l’épaule.

— Moi aussi, je t’aime, Cole !

Je dépose un baiser sur son front.

— Va la voir maintenant. Je n’ai pas envie qu’elle soit seule !

Tessa se redresse.

— J’y vais ! Tu vas faire quoi, toi ?

— Réfléchir à la meilleure organisation possible pour la suite.

Sa main se presse sur mon épaule.

— On va trouver comment faire, Mac. Il faut garder espoir !

— J’aimerais qu’elle me pardonne. Je ne m’attends pas à un miracle, mais la pensée qu’elle me déteste est pire que tout.

— Je connais mon étoile et je doute qu’elle puisse un jour en arriver là. Il lui faudra sûrement un petit moment pour se faire à l’idée, c’est tout !

— J’espère que tu as raison.

Elle me fait un clin d’œil.

— Je me trompe rarement quand il s’agit de ma sœur...

Tessa pirouette sur elle-même avant de foncer en direction de l’hôpital, je la regarde s’éloigner en me demandant comment je peux faire pour adoucir un peu les choses et trouver comment rassurer Saige au sujet de Tempérance.

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