Legacy, Tome 2- Life
Pour la vingtième fois de la matinée,…
Macsen #6
Pour la vingtième fois de la matinée, j’entends mon portable vibrer depuis le tableau de bord et je ne décroche toujours pas. L’appel provient de Saige, je le sais pour avoir vérifié à son premier coup de fil, il y a quelque chose comme deux bonnes heures de ça. Vous trouverez sûrement que l’ignorer est puéril ou encore cruel… Ça l’est probablement, je le confesse. Le fait est que je n’ai nullement envie de lui parler. J’ai donc pris mes clics et mes claques et je me suis tiré pour la journée. J’ai besoin de temps pour réfléchir et ça ne lui fera pas de mal de se retrouver seule avec sa mauvaise conscience.
Ne sachant pas très bien ce que j’allais faire au cours de mon « évasion », j’ai décidé de ne pas prendre Tempérance avec moi. L’idée de ne pas être près d’elle me fait profondément chier, mais il fait froid dehors et je ne vois pas bien comment occuper une enfant d’un an dans les parages. Du coup, je vais là où la route me mène. Je conduis et ça me suffit à m’aérer l’esprit.
Cette nuit, après notre dispute, je me suis rendu à l’étage, mais pas pour regagner notre chambre. Non, j’ai trouvé refuge dans le bureau de mon oncle. Je me suis assis dans le sofa qui s’y trouve et le regard un peu hagard, sonné par tout ce merdier qui me pourrit l’existence depuis quelques jours, j’ai attendu que ma colère s’apaise. Le soleil était levé quand je me suis senti assez calme pour l’affronter. Aux premières lueurs du jour, je suis sorti de ma cachette avec l’idée d’aller la rejoindre pour évoquer plus tranquillement ce qui la préoccupe et qui nous détruit. Sauf qu’une fois dans notre chambre, j’ai pu constater que Saige pionce mieux quand on s’est engueulés. J’ai senti mon cœur se serrer en la voyant dormir si profondément alors que, de mon côté, j’étais comme un fou. Du coup, ça m’a tellement foutu en pétard que j’ai sauté dans mes fringues et je me suis barré.
Alors, si je ne sais pas bien où je vais au volant de ma voiture, je ne suis pas plus avancé en ce qui concerne notre couple.
Nan, mais sérieusement, c’est quoi son problème à la fin ?! N’ai-je pas fait tout ce qu’elle voulait ? N’ai-je pas rempli toutes ses conditions et ça, depuis le premier jour ?
Quand je me suis retrouvé seul avec Tempérance, j’ai pris un engagement envers elle, j’ai décidé d’endosser ce nouveau rôle et d’assumer ma fille et je ne pense pas avoir merdé ! Je reconnais avoir souvent été maladroit avec Saige. J’ai parfois manqué de tact, mais putain, j’ai renié tout ce que j’étais pour m’améliorer ! Et depuis, je suis totalement dévoué à mon enfant ainsi qu’à ma femme et ça ne suffit pas ?! Qu’est-ce qu’elle attend de moi ? Qu’est-ce qui lui passe par la tête, en ce moment ? J’ai un millier de questions et pas l’ombre d’une réponse… Pas une jusqu’à voir le nom de Nelly s’afficher sur l’écran de mon portable. Sans la moindre réticence, je décroche !
— Quoi ?
Je regrette immédiatement mon ton trop agressif.
Si je veux lui soutirer des infos, il vaut mieux que je me la mette dans la poche, celle-ci !
— Comment ça « quoi ? » ? Espèce de con ! Pourquoi ma sœur m’appelle-t-elle en larmes alors que vous êtes supposés passer un bon moment en famille ?
— Peut-être est-ce une question que tu devrais lui poser directement !? Et si tu obtiens une explication, je ne suis pas contre le fait que tu la partages avec moi. Si j’attends après ta sœur pour m’en fournir une, je vais pouvoir poireauter longtemps…
Je l’entends soupirer.
— OK ! Je ne vais pas te dézinguer tout de suite et écouter ta version de l’histoire avant.
Je roule des yeux devant sa menace faussement sérieuse.
— J’aimerais bien connaître la sienne, tiens ... Je vois ça d’ici : Macsen est un gros connard égoïste qui ne comprend rien à rien…
— Je te demande de me dire ce qui s’est passé, pas de me faire ton numéro, Cole ! me rappelle-t-elle à l’ordre.
— Si j’en crois Saige, il n’y a rien à raconter, puisqu’il ne se passe rien ! Elle a tout le temps la tête ailleurs, elle est totalement déprimée, elle ne dort plus la nuit, elle ne sourit plus, mais à l’écouter tout baigne !
— Je vois...
— Ça serait sympa de me dire ce que tu vois, parce que moi, j’avance à l’aveugle ! Du jour au lendemain, elle a totalement changé d’attitude. Elle a même été jusqu’à faire ses valises, merde !
— Et j’ai fait en sorte qu’elle ne parte pas, tu te souviens ?!
— Franchement, j’en viens à me demander si ce n’était pas une connerie...
— Attends, tu n’es pas sérieux !?
— Mais Tess, elle n’a pas envie d’être avec moi !
— Ça n’a rien à voir avec toi ! C’est Saige qui a un problème. Arrête de tout ramener à toi, bon sang !
— Excuse-moi ?!
— C’est ça, ton analyse : si elle va mal, c’est donc qu’elle remet en cause tout ce que vous êtes ou même sa place dans la vie de la petite ? Heureusement que tu n’as pas choisi la psychologie, tu aurais été à chier !
— Tu sais Nelly, je n’avais envie de parler à personne, mais toi, je t’ai répondu !
— Et alors ?
— Je peux toujours te raccrocher à la gueule !
— C’est Saige qui va mal, pas votre couple ! Toi et la petite, vous êtes ce à quoi elle se cramponne, Macsen ! Si elle a l’impression qu’elle te perd, elle va sombrer encore plus vite !
— Et comment je fais pour l’aider si j’ignore ce qu’elle a ?
Je me masse l’arête du nez quand je sens une migraine débarquer au galop.
— Eh, merde ! grogné-je en frappant le volant. Qu’est-ce qui lui arrive, putain ?!
— Il faut que tu la mettes en confiance et elle te parlera…
— En confiance, repris-je la mâchoire serrée. Je croyais l’avoir gagné e !
— Pour certaines choses, oui, mais là, c’est très personnel.
— Tu le sais, n’est-ce pas ? Tu es au courant et tu ne me dis rien !
— C’est plus compliqué que ça, Mac.
— Bien sûr...
— Retourne auprès d’elle, montre-lui que tu seras toujours là pour elle quoiqu’il advienne. Quand tu fuis, tu la confortes dans l’idée qu’elle ne peut pas tout te dire !
— Et je suis supposé le prendre comment quand c’est elle qui le fait ?
— Écoute, je n’ai pas les réponses à vos problèmes. Par contre, j’en ai quelques-unes concernant ma sœur. Je peux te dire qu’elle t’aime, que je ne l’ai jamais vu aimer ainsi ! Je peux te certifier qu’elle a adopté ta fille bien avant que toi, tu sois devenu son père ! Elle a sûrement été la première à adorer cet enfant comme un parent digne de ce nom aime son petit ! Voilà qui est Saige, Mac : elle aime de toute son âme et parfois elle commet des erreurs, mais surtout, ça lui fait incroyablement peur ! Et il n’y a pas un être sur terre qui lui fait plus peur que toi…
Je fais peur à la femme que j’aime... Alors, ça, c’est génial !
J’essuie mes yeux humides.
— Mais ça, je te l’ai déjà dit !
— Qu’est-ce que je fais pour que ça ne soit plus le cas ?
— Ça va probablement demander du temps, mais il faut que tu lui montres qu’elle peut se confier sans craindre ta réaction. Sois moins impulsif ! Tu pars en vrille à la moindre occasion !
— Seulement quand j’ai la sensation qu’elle m’échappe !
— Saige est comme toi, sauf qu’elle n’agit pas de la même façon !
— C’était plus simple quand je ne faisais que baiser, bougonné-je.
Je pense que ma réflexion va donner à Tessa une bonne raison de m’engueuler, mais bizarrement elle rigole.
— C’est sûrement vrai... Pourtant, je suis certaine que tu ne pourrais plus mener cette vie. Tu as mon étoile dans la peau comme elle t’a dans la sienne.
J’esquisse un sourire furtif.
— Tess, dis-je doucement. Pourquoi il y a cette petite voix dans ma tête qui cesse de me dire que c’est grave ?
— Parle-lui, m’encourage-t-elle l’intonation perceptiblement vacillante. C’est tout ce que je peux te conseiller…
— Je vais rentrer à la maison, capitulé-je. Je vais aller la voir et lui dire que je suis désolé.
— Ne t’attends pas à ce qu’elle se livre à toi parce que tu lui auras présenté des excuses. Ça ne peut pas être aussi facile…
— Non, je m’en doute. Tu sais, je m’aperçois que Saige n’est pas si limpide que je le pensais. Je la voyais d’une certaine façon et je me demande si je ne l’ai pas mal jugée.
— Ne sois pas trop dur avec elle, je t’en prie. Garde en mémoire qu’elle t’aime !
— Je vais faire de mon mieux…
— Tu as intérêt si tu ne veux pas que je te fasse la peau, Cole.
Je souffle longuement.
— Comment est-ce possible que vous soyez jumelles, sérieux ?! C’est un mystère de la science que je ne m’expliquerai jamais…
— Et moi, je ne vois pas ce qu’elle te trouve alors…
Je ricane.
— À plus tard, Nelly.
— Tu es vraiment… baragouine Tessa.
Je raccroche avant qu’elle finisse sa phrase.
**
Le trajet de retour à Winthrop me demande un peu moins d’une heure. Finalement, j’ai roulé plus que je ne l’ai réalisé sur le moment et ça m’a bien pris la tête ! Après mon échange avec Tessa, je ne pensais plus qu’à une chose : tenir Saige dans mes bras, lui dire de ne plus avoir peur de moi et lui promettre que je ferai tout mon possible pour qu’elle ne doute plus jamais de moi. Et je dois admettre qu’il n’y a que ces quelques mots qui me restent de notre conversation : « il n’y a pas un être sur terre qui lui fasse plus peur que toi… »
Je ne prétends pas que l’ensemble de notre discussion n’est pas important, non , m ais ça, ça m’a marqué. Oui, elle m’avait déjà dit ça alors que Saige était sur le point de s’en aller pour Ploucland, mais je ne l’ai pas entendu de la même façon, aujourd’hui… Je ne mesurais pas encore l’ampleur du problème à ce moment-là. Force est de constater qu’il est bien plus sérieux que je ne l’avais interprété alors…
Et je n’ai aucune idée de la manière de le gérer quand je passe la porte de la maison en fin de matinée.
Non, vraiment aucune…
— Macsen ?
Ça serait bien que tu trouves et fissa, mon pote, me somme ma conscience en voyant Laura débouler à travers l’entrée. Encore habillée de son pyjama, elle a les traits marqués, les yeux cernés et rougis.
— Salut, bafouillé-je maladroitement, un peu honteux, je dois le reconnaître, d’être celui qui l’a mise dans cet état.
— Tu étais où ?
Elle dissimule son visage dans ses mains, y étouffe un sanglot.
— J’étais morte de peur…
— Tess ne t’a pas téléphoné ?
Voilà que je reste planté là comme un putain de demeuré ! Mais bouge, bordel !
— Tessa ? Pourquoi Tessa m’aurait dit où tu étais ?
Elle réfléchit une seconde.
— Alors, moi je t’appelle quelque chose comme un millier de fois et tu ne prends pas un seul de mes coups de fil, mais elle, tu lui réponds !!!
Eh merde…
— Si tu n’avais pas envie de me parler, tu aurais au moins pu me texter que tu allais bien !!!
— J’avais besoin de m’aérer l’esprit, me justifié-je maladroitement.
— Je ne te le reproche pas ! Notre conversation t’a ébranlé, mais, d’ici à me laisser seule avec le bébé sans me donner la moindre nouvelle…
Je prends ma tête entre mes mains en ricanant nerveusement.
— Notre conversation m’a ébranlé, dis-je avec amertume.
J’avance vers elle, l’index pointé dans sa direction, mais très vite les mots de Tessa viennent me remettre dans le droit chemin : « sois moins impulsif… »
J’emprunte un ton plus doux.
— Ça a fait un peu plus que m’ébranler et tu sais pourquoi ?
Je la surplombe de ma taille avantageuse quand elle secoue timidement la tête.
— Parce que je t’aime, Laura , et je pète carrément un plomb !
J’appose ma main sur sa poitrine, mon regard le plus intrusif qui soit s’enfonce en elle. Je veux entrer en elle, je veux que mes mots la pénétrer.
— Ce que je crois, ma puce, c’est que tu ne réalises pas encore bien ce qui se passe entre nous. C’est un peu de ma faute ; je t’ai donné de bonnes raisons de ne pas m’accorder toute ta confiance, mais Saige tu es tout ce que je suis à présent !
Je bascule la tête en arrière, prends une grande inspiration.
— Je suis nul pour ces trucs-là et putain, ça m’énerve !!!
Lorsque je reviens vers elle, elle pleure et ça me tue de la voir dans cet état.
— Je n’ai jamais souhaité tomber amoureux et je n’en ai toujours pas envie, d’ailleurs.
Malgré sa peine, j’arrive à lui soutirer un petit rictus.
— Mais je ne peux pas lutter contre ce que j’éprouve lorsque tu es là, ma puce. C’est fort, c’est troublant, mais c’est surtout très beau. Tu es tout pour moi et quand je dis tout, tu ne mesures pas ce que ça implique pour un mec comme moi qui n’avait que dalle avant que tu pointes ta jolie bouille dans sa vie.
Mon compliment — un peu gauche, je l’avoue — lui fait détourner le regard.
— Tu m’as dit un jour que j’étais vide et c’était tellement vrai, Saige ! J’étais vide de tout et tu l’as comblé uniquement de toi ! Oui, il y a Tempé, elle remplit mon cœur de joie et c’est totalement flippant d’aimer un autre être humain de cette façon, je te jure, mais ce n’est pas comme avec toi ! Nous deux, c’est différent ! C’est…
J’inspire à nouveau en espérant que de me recentrer sur ma respiration m’aidera à ne pas chialer…
— Comme si j’avais recommencé à vivre quand tu es apparue dans mon existence. C’est ça que j’éprouve ! Il y a 20 ans, ma famille est morte et lorsqu’on a débranché ma sœur, il y a une part de moi qui s’en est allée avec elle. Dès l’instant où je t’ai vu dans la salle de repos, tu m’as intrigué !
— J’ai surtout eu l’impression de te rendre fou de rage.
Je fais une grimace.
— Oui, il y avait beaucoup de ça au début, mais personne sur terre n’a su faire naître la moindre émotion chez moi. La haine, la colère, l’amour ce sont des sentiments naturels que chacun a besoin d’éprouver pour se sentir vivant ! Moi, je m’étais fermé à tout ça, alors la baise m’aidait à combler un peu cette nécessité d’être humain. Toi, tu as tout réveillé en moi ! Il y a d’abord eu la colère et la frustration et puis, quand j’ai appris à gérer ça, j’ai pu accepter d’aimer… de t’aimer toi et personne d’autre ! Tu m’as redonné mon humanité et je ne peux la vivre qu’à travers nous ! Tu as ressuscité mon âme !
— Macsen, marmotte-t-elle en pressant son visage trempé dans le creux de ma main. Je ne voulais pas te faire de peine…
Et ses sanglots reprennent de plus belle. Je capture son minois entre mes doigts et dépose mes lèvres sur les siennes.
— Chut, sèches tes larmes, ma chérie, soufflé-je doucement contre sa bouche humide. Je t’aime et je sais que tu éprouves la même chose. On apprend, parfois dans la douleur, ce que vivre à deux implique. Tout est allé si vite entre nous, on doit juste ralentir un peu, se poser et profiter d’être ensemble.
— Je ne voulais pas être aussi maladroite…
— Et je n’aurais pas dû m’emporter comme je l’ai fait. J’aimerais que tu te sentes sécurité avec moi et je perds mes moyens quand j’ai l’impression d’échouer.
— C’est le cas, je t’assure. C’est en moi que je me manque de confiance, pas en toi !
Je secoue lentement la tête en souriant timidement.
— Je crois que tu penses ce que tu dis, ma Laura, mais que tu es dans l’erreur. Il y a quelque chose qui te fait encore douter et je te promets d’y remédier !
— Je t’aime, Macsen, et ça, c’est indiscutable !
— Je sais et c’est précisément cette formidable sensation d’être profondément aimé qui me ramènera toujours vers toi. C’est si précieux, Saige, je ne pourrais plus jamais m’en passer. Je n’ai plus aucun sens sans ma Laura !
— Et je n’en ai pas davantage sans toi, mon amour…
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