Legacy, Tome 2- Life
Encore épuisée par l’opération ainsi que par…
Saige #43
Encore épuisée par l’opération ainsi que par mon nouveau traitement d’immunosuppresseurs, je ne me sens pas au maximum de ma forme, en ce début de matinée. Comme par le passé, ces fichus médicaments me rendent vaseuse et particulièrement fatiguée et la nuit dernière n’a pas été très reposante. Le service de réanimation est loin d’être le plus calme d’un hôpital. Souvent, les patients sont inconscients ou encore dans les vapes, mais ce qui se révèle être très bruyant est le son incessant des respirateurs ou autres moniteurs. Alors, comment trouver un repos réparateur au milieu de toutes ces alarmes ? Même si j’ai pu dormir, je n’ai pas réussi à récupérer.
Sans oublier mes cachets et la liste interminable d’effets secondaires.
L’estomac encore retourné, j’essaie d’adopter une position plus confortable dans mon lit ; une qui m’aidera à soulager un peu ce mal-être qui semble ne pas vouloir me lâcher. Cependant, ça n’a rien d’évident vu que toutes mes forces se sont envolées. Sans oublier tous les fils auxquels je suis reliée. J’essaie tant bien que mal de remettre l’oreiller dans mon dos, mais sans grand succès.
— Attends, attends...
Le docteur Valdez vient de passer la porte de ma chambre. À grandes enjambées, il fonce vers moi et vole à mon secours. Avec son soutien, j’arrive enfin à trouver une place plus agréable à tenir.
— Comment va ma patiente préférée, ce matin ?
Je hausse les épaules.
— Doucement...
— Tu as pu dormir cette nuit ?
— Aussi bien qu’on puisse le faire ici !
— L’infirmière m’a dit que tu as vomi en te réveillant.
— Visiblement, 20 ans après, j’ai toujours une tolérance proche du zéro avec les médicaments antirejet.
Le docteur Valdez me gratifie d’un sourire encourageant.
— Et comme la première fois, tu vas sentir une amélioration dans quelques jours.
Il adopte une attitude plus décontractée et vient s’asseoir au pied de mon lit.
— J’ai eu l’occasion de bavarder un peu avec Macsen et il ne tarit pas d’éloge sur ton potentiel dans un bloc opératoire.
Je fais la moue.
— Je ne suis pas certaine que son avis soit très objectif...
— Pourtant, je n’ai pas de mal à croire en son jugement. Cela dit, pour être parfaitement honnête, j’ai été surpris en apprenant que tu avais changé d’orientation. Je ne me souviens pas que tu as déjà évoqué la possibilité de faire médecine...
— Ce n’est pas ce que j’avais choisi un premier lieu, c’est vrai, mais après ma première année à l’université, j’ai changé de filière et je me suis inscrite en fac de médecine.
— Après toutes ces années passées à l’hôpital, je n’aurais jamais cru que tu puisses te lancer dans un internant en chirurgie cardiothoracique.
— J’y suis restée si longtemps, j’ai vu tant de choses et j’en ai subi encore plus que je connais le sujet sur le bout des doigts, répliqué-je amusée. J’ai carrément assuré en cours et j’ai fini première de ma promo !
— Et l’internat te plaît ?
— Oui, jusqu’à ce que je sois contrainte d’arrêter.
— C’est comme les effets secondaires de ton traitement, Saige, c’est temporaire.
— Avec mes immunosuppresseurs, ça serait mal venu de passer mes journées dans un hôpital.
— Pour le moment, je ne te le conseillerai pas, c’est évident, mais ton corps va s’habituer à ton nouveau cœur et nous diminuerons les doses de ton traitement. Je ne dis pas que ça sera simple, mais ce n’est pas infaisable.
Je hausse les épaules.
— On verra bien !
— En parlant de ton cœur, comment te sens-tu par rapport à cette seconde greffe ? Lors de ta première opération, tu te posais beaucoup de questions...
— Mais je ne suis plus une enfant de six ans. Je n’ai plus toutes ces interrogations...
— As-tu trouvé toutes les réponses que tu cherchais à cette époque ?
— Je crois, oui...
— Et à Chicago, tu as découvert tout ce que tu désirais ?
Confrontée à cette nouvelle question qui me met mal à l’aise, je baisse la tête.
— Je me souviens parfaitement que tu m’avais interrogé sur la provenance de ton cœur après ton opération. Je n’avais pas pu te donner beaucoup d’informations pour des raisons qui te paraissent plus évidentes aujourd’hui, mais, finalement, tu n’as jamais cessé de t’interroger !
— Après l’opération, il y a eu une longue période où j’ai dû apprendre à vivre avec ce nouveau cœur et ce lourd traitement qui m’a donné du fil à retordre, sans oublier la crainte du rejet, alors j’ai inconsciemment mis cette histoire dans un coin de ma tête. Avec les années, mes questions sont revenues.
— Mais tu ne pouvais rien entreprendre avant ta majorité.
Il cherche mon regard et me fixe avec cette affection que les années ont fait croître.
— Et Macsen dans tout ça ? C’était important pour toi de le rencontrer ?
— Je voulais qu’il sache que j’avais pu vivre grâce au cœur de sa sœur...
— Et finalement, tu ne lui as rien dit...
— C’était tellement perturbant de me retrouver face à lui que je n’ai pas eu le courage de le faire. Je me suis trop impliquée dans cette relation et avouer la vérité est devenue impossible.
— Il faut reconnaître qu’elle était incroyablement surprenante !
— J’imagine...
— Et maintenant que tu es venue au bout de cette démarche, te sens-tu libérée de toutes tes inquiétudes ?
— En ce qui me concerne, oui, mais rien n’est moins simple à propos de Macsen.
— Le temps fait bien les choses, Saige.
— J’aurais dû... Il y avait probablement un autre moyen d’aborder le problème. J’ai manqué de tact... j’ai manqué de tout, en fait...
— Les erreurs de jugement ne sont pas une fatalité ! Il faut seulement savoir les reconnaître et en tirer des leçons.
— C’est pour cette raison que je n’appréhende pas cette deuxième transplantation de la même manière. Je ne veux pas qu’elle m’affecte comme la première fois.
— Je ne peux que m’en réjouir.
Il se lève et comme souvent depuis que j’ai fait la connaissance du docteur Valdez, il me donne une accolade chaleureuse.
— Ne sois pas trop sévère avec toi-même. Personne ne peut savoir comment tu as ressenti toutes ces choses que tu as endurées depuis ta naissance, mais il ne tient qu’à toi de partager ça avec une personne qui pourra t’écouter et te comprendre. Ne sous-estime pas l’aspect psychologique de ce que tu viens de vivre !
Je le remercie d’un regard amical.
— Le docteur Stevenson consulte toujours, tu sais.
Entendre le nom de mon ancienne psychologue me met dans un drôle d’état émotionnel. J’ignore si ça m’agace qu’il l’évoque ou si au contraire, j’ai envie de la revoir.
— Je pourrais lui demander de venir te rendre une visite, tu pourrais te sentir mieux si tu échangeais avec elle.
— Je... euh... bégayé-je prise au dépourvue face à cette proposition inattendue.
— Penses-y et fais-moi savoir ce que tu décides ! Tu es là pour un petit moment encore...
Il me fait un clin d’œil. Je glousse.
— Je suis une sacrée veinarde, gouaillé-je en souriant.
Son expression devient immédiatement plus sérieuse.
— Oui, Saige, tu as eu beaucoup de chance ! Tu as dû surmonter énormément d’épreuves et certaines ont été très pénibles, mais reste consciente de la chance que tu as eue malgré cela.
— Promis...
— Je passerai te voir avant de quitter l’hôpital.
— Alors, à plus tard !
— À tout à l’heure !
OceanofPDF.com