Legacy, Tome 2- Life

Elma Hilde · Chapitre 22 sur 42

Pages du PDF

Legacy, Tome 2- Life

— Comment ce crétin peut-il savoir ?…

Saige#27

 

 

— Comment ce crétin peut-il savoir ? Je n’y comprends rien !

— Il est médecin, Tess ! Il n’y a rien de plus facile pour lui que de fouiller dans les dossiers médicaux ou même entrer en contact avec le centre de don pour demander des informations.

Assise sur le canapé du salon, j’observe ma sœur faire les cent pas devant moi. Même si je ne lui montre pas, je suis, moi aussi, très nerveuse. Une sensation qui ne me quitte plus depuis ma discussion houleuse avec Huxley.

Ce petit con n’en aura jamais assez de me pourrir la vie…

J’ai eu si peur en comprenant qu’il était au courant pour moi ou pour Legacy et je n’ai rien trouvé de mieux que prendre mes jambes à mon cou. Une fois dans ma voiture, j’ai appelé la seule personne à qui je peux encore confier mes angoisses : ma sœur jumelle. J’étais en pleurs quand je lui ai passé ce coup de fil et vu mon état, elle n’a pas voulu que je prenne le volant. Franchement, entre ma dispute avec Macsen et les révélations d’Huxley, j’aurais été incapable de conduire jusqu’à la maison. Finalement, ma Tess m’a retrouvée sur le parking de l’hôpital. Je suis tombée dans ses bras à l’instant où je l’ai vue.

J’étais tellement désemparée, mais surtout, je me sentais si coupable de lui avoir parlé si durement, ce matin. Évidemment, elle s’est empressée de me rassurer en me disant qu’elle ne m’en tenait pas rigueur, qu’elle m’aimait et que tout était oublié. Je l’ai laissée me reconduire à River North sans être certaine d’y être encore la bienvenue. Une fois rentrée, je lui ai fait part de ma conversation avec l’ami de Macsen.

— Il a quand même usé de sa position, Saige !

Je hausse les épaules.

— Et alors ?! Ce n’est plus important. Il peut en parler à Macsen à tout moment et c’est ce qui me préoccupe vraiment !

— Tu crois qu’il ferait une telle chose ?

— Je ne sais pas Tessa. Ce type est particulièrement vicieux, mais paradoxalement, je pense qu’il tient sincèrement à Mac.

— Saige, me dit très sérieusement ma sœur en s’accroupissant devant moi.

Elle prend mes mains dans les siennes.

— Il ne faut pas que Macsen apprenne la vérité d’une autre personne que toi ! Tu as déjà trop attendu pour lui parler de Legacy, il faut que ça cesse.

Un soupir las filtre d’entre mes lèvres.

— Je comprends que tu es terrifiée à l’idée de lui révéler qui tu es, mais ma chérie...

Elle presse sa main chaude et rassurante contre mon visage.

— Là, tu n’as plus le choix, il mérite de savoir !

J’acquiesce dans un geste de la tête fébrile et incertain.

— Tu as raison, j’en ai conscience. Il faut que je me rende à l’évidence, je ne peux plus reculer, mais, Tess…

Le prénom de ma sœur reste partiellement bloqué dans ma gorge.

— Il ne me le pardonnera jamais...

— Tu ne peux pas en être certaine, essaie-t-elle de me rassurer.

Mes yeux trempés rencontrent les siens.

— J’ai perdu Macsen, affirmé-je avec émotion. Je l’ai perdu à l’instant où j’ai fait le choix de m’investir dans notre relation sans lui parler de sa sœur. J’ai repoussé l’échéance jusqu’ici, car c’est tout ce qui peut m’arriver de pire. Je vis d’illusions depuis trop longtemps et je dois nous sortir de là, mais ça va me coûter le bonheur.

Je secoue lentement la tête.

— Je ne serai plus jamais heureuse, Tessa.

— Oh, mon étoile…

Ma sœur me prend dans ses bras et me serre avec tendresse. Je pleure à chaudes larmes sur son épaule. Je la laisse me réconforter pendant de longues minutes avant de trouver le courage de m’emparer de mon téléphone posé sur la table du salon.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Je saute le pas, lui expliqué-je un sourire peiné au coin des lèvres.

Je compose le numéro de Macsen. Son portable sonne pendant ce qui me semble être une éternité jusqu’à ce que mon appel soit redirigé sur sa boîte vocale. Je décide de lui laisser un message.

« Euh… Mac… »

Je soupire.

« Mon amour, je sais ce qui te fait souffrir. Je l’ai toujours su. Tu as besoin de ma franchise, de connaître la vérité et je suis prête à te l’apporter, qu’importe les conséquences. Je suis chez nous, la petite est avec moi, Tessa nous a ramenés à la maison. Rentre s’il te plaît. Je t’attends, Bébé. Je vais te dire ce que tu as besoin d’entendre et je ne me défilerai plus, mais je t’en prie, mon amour, je t’en supplie, garde toujours à l’esprit que je t’aime plus que ma vie. Je t’aimerai jusqu’à la fin, Mac. Il n’y a que toi, il n’y a jamais eu que toi… »

Je raccroche et me blottis une nouvelle fois contre ma sœur.

— Tout va bien aller, ma Saige, dit-elle sur un ton apaisant.

— Je voudrais tant y croire, mais Macsen n’est pas homme à pardonner.

Je l’abandonne et me laisse retomber dans le fauteuil.

— Il y a quelque chose dont je ne t’ai pas parlé et que Huxley m’a appris.

— Quoi donc ?

— J’ai des difficultés à y croire, tellement ça me semble improbable venant de Macsen. Cependant, je ne pense pas qu’Huxley puisse me mentir sur un sujet aussi grave...

— De quoi il s’agit ?

— Huxley m’a rapporté que Macsen aurait fait des tentatives de suicide.

Je vois à la mine effarée de ma sœur que cette révélation la met dans le même état d’incrédulité que moi.

— Sérieusement ?!

— Selon lui, ça serait arrivé à trois reprises et, à chaque fois, il aurait choisi le jour de l’anniversaire de Legacy. Pour lui, il n’y a rien de plus douloureux pour Mac que la mort de sa sœur.

Tessa, toujours muette comme une carpe, s’assied sur la table basse du salon.

— Mac m’a confié un jour qu’il n’avait plus prononcé son prénom depuis le jour où elle a été débranchée ; plus jamais avant que je le lui demande…

J’adresse un regard résolu à ma sœur.

— Plus nous avancions dans notre relation, plus je comprenais à quel point il a été affecté par toute cette affaire et la réalité c’est qu’il ne pourra jamais m’aimer, pas moi !

— Saige…

— Non, Tessa, je t’assure que tu n’as pas assisté à ça, tu n’as pas vu sa peine ! Lorsque je l’aurai informé de la vérité, je ne serai plus sa Laura, je serai seulement la femme qui vit grâce au cœur de sa sœur ; une sœur qu’on lui a arrachée. Il ne portera plus jamais le même regard sur moi, sur notre histoire. Je vais tout perdre : Mac, ma fille, ma vie, moi-même…

— Il t’aime ! proteste Tessa. Je crois que tu ne mesures pas l’importance de son amour pour toi ! Oui, il va devoir encaisser le choc et ça n’aura rien d’agréable, mais ce type est fou de toi. Il me l’a encore dit tout à l’heure. Vous vous êtes disputés et tu es revenue ici en étant persuadée qu’il n’était plus certain de son amour pour toi, pourtant il me l’a confirmé. Il est perdu dans sa manière de t’aborder et tout ce qui est en train de se produire lui fiche une trouille bleue. Entre son passé et ses sentiments pour toi, il craint de revivre l’enfer.

— Finalement, peut-être que le mieux serait qu’il me déteste... Si je ne reçois pas cette greffe à temps et que le pire doit m’arriver, il souffrirait moins…

— Comment peux-tu dire une chose aussi monstrueuse et surtout absurde, Saige ? s’écrie ma sœur en se plantant fermement sur ses deux pieds.

Elle fait quelques pas vers la cuisine avant de revenir vers moi, l’air contrarié.

— Tu es stupide, tu sais ! Vraiment stupide ! Il aura mal quoiqu’il se passe et ça sera notre cas à tous !

Je vois ses grands yeux se remplirent de larmes et je m’en veux immédiatement de la mettre dans cet état. Je me lève et la rejoins.

— Je suis désolée, Tessa. Je raconte n’importe quoi, simplement parce que je suis morte de peur.

— J’ai peur, moi aussi ! Mac et sa famille ont peur ! Cependant, nous devons garder notre calme et nous soutenir les uns les autres !

J’opine du chef.

— Oui, tu as raison.

— Tu vas lui dire la vérité sur la façon dont tu l’as connu, il va avoir du mal à encaisser la nouvelle, mais il fera la part des choses entre tes cachotteries et l’urgence de ton état de santé. Il faut juste que tu te prépares à ce qu’il fasse ce qu’il fait toujours quand il se sent acculé…

— Se montrer impitoyable !

Elle me fait un sourire compatissant.

— Mais ça ne signifiera pas qu’il ne t’aime plus…

— J’espère, Tessa, je le souhaite de tout mon…

La fin de ma phrase est couverte par le bruit d’une porte percutant un mur. Ma sœur et moi échangeons un regard d’incompréhension et de terreur mélangé.

— SAIGE ! hurle Macsen depuis l’entrée de l’appartement. PUTAIN DE MERDE !!! s’époumone-t-il alors qu’il remonte le couloir à pas d’éléphant.

Je recule, me tapis dans un coin du salon alors qu’il est sur le point de surgir dans la pièce. Cette fois c’est fini, je n’ai plus aucune chance de m’en sortir…

OceanofPDF.com

Macsen #28

 

 

Le trajet jusqu’à River North n’a pas suffi à me faire décolérer, bien au contraire. Pendant ces longues minutes qui me séparaient de Saige, mon cerveau a tourné et viré dans tous les sens. J’avais beau essayer de remettre un peu d’ordre dans le chaos qui y règne, il y avait toujours un détail pour venir y foutre la pagaille. Je me suis fait la rétrospective de notre relation, depuis le jour où elle a intégré le programme, en cherchant comment j’ai pu passer à côté de ça ! J’ignorais que Nicole et Robert avaient fait don des organes de ma sœur, alors, dans ces circonstances, comment me douter que cette petite ingénue fraîchement débarquée de nulle part était en fait une pauvre gamine malade qui a pu survivre grâce au cœur de ma sœur ? Sérieusement, les probabilités qu’un truc comme ça vous tombe sur le coin de la gueule sont de quoi ? Une sur dix millions ?

Et il a fallu que ça m’arrive à moi !!!

Non seulement cette nana a mis ma vie sens dessus dessous et, comme si ce n’était pas suffisant, elle a fait ce qu’il fallait pour que je tombe sous son charme. Et quel était le but de sa démarche, finalement ?

Elle voulait quoi ? Me dire « merci », remuer le couteau dans la plaie, m’anéantir ? J’en sais foutre rien !

C’est en quête de réponses que j’entre dans l’appartement comme une putain de tornade prête à tout emporter sur son passage.

Ouais, je vais tout ravager, surtout elle !!!

Mené par cette détermination féroce à comprendre comment et pourquoi elle a pu me faire aussi mal, je traverse le couloir de mon appart au pas de charge. Je suis agité, je hurle, je jure, je suis un vrai dément quand j’entre dans le salon.

Mais ce que je ressens au fond de mes tripes, c’est de la peur ! Pas d’en découvrir encore sur Saige, car je pense connaître le pire d’elle, non, ce que je crains, c’est moi ! Mes émotions n’ont jamais été aussi vives et tranchantes. Respirer, ressentir, aimer, tout ce qui fait de moi un être vivant me fait atrocement souffrir et, à cet instant, je veux qu’elle ait mal ! Jamais, je n’ai éprouvé une si grande douleur, une telle haine du monde qui m’entoure, de la vie en générale, d’elle ! J’en ai bavé quand ma famille est morte, mais ce n’est rien en comparaison de ce que Saige me fait subir en étant juste là sous mes yeux !

Elle vit, elle respire, son cœur bat dans sa poitrine… Un cœur que j’ai si souvent écouté chanter en me disant qu’il n’y avait rien de plus rassurant que le sentir vibrer. Comme un abruti, je pensais être la seule et unique raison pour qu’il batte si fort. En vérité, la vraie raison est que ma sœur est morte.

Je tremble, je ne suis qu’un amas de fureur, de folie, de chagrin face à ce petit bout de femme tétanisée et retranchée qui me détaille avec un affolement et une crainte sans bornes. Je ne vois qu’elle aux alentours, je ne sens que sa peur et elle me nourrit. Elle fomente ma rage, ma haine. Ce sont elles qui me dominent et réduisent à néant ma conscience, cette part de réflexion qui pourrait me conduire à l’apaisement, au calme et au dialogue.

Au diable ces boniments ! Je veux qu’elle paie !!!

— Comment as-tu osé !?! crié-je en balayant d’un coup de main tout ce qui se trouvait sur la table à manger.

Les affaires de Tempé, un bouquet de fleurs, tout retombe sur le sol dans un bruit de verre brisé. La fervente protestation de Tessa me parvient d’une manière un peu floue. Je n’y prête aucune attention et demeure bien au chaud dans cette bulle de colère qui m’entoure, me protège.

— Je… j’ai..., bafouille maladroitement cette traîtresse en s’appuyant contre le mur comme si elle allait pouvoir soudainement passer au travers et s’enfuir.

— Menteuse !!! Tu n’es qu’une putain de menteuse !!!

— Je ne voulais pas… Je ne savais pas comment te le dire…

Mon regard s’assombrit encore un peu plus quand j’entends sa pitoyable tentative de se dédouaner.

Le bras timidement tendu vers moi, elle se risque à un pas dans ma direction.

— Ne t’approche pas de moi, l’avertis-je sur un ton de malade alors que j’envoie valser le canapé à plusieurs centimètres de sa place première.

Ma violente réaction la fait se maintenir à bonne distance de moi.

— Espèce de sale manipulatrice…

— C’est faux ! s’écrie-t-elle soudainement enhardie avant de faire un pas en arrière. J’avais peur, Macsen ! Je n’ai jamais voulu te manipuler, mais j’ignorais comment te le dire ! Plus je m’enfonçais dans notre histoire, plus ça devenait impossible.

— JE M’EN BRANLE !!!

Elle tressaute.

— Tu entends, je n’en ai rien à foutre de tes excuses ! Rien ne peut justifier ce que tu as fait…

— Je sais...

— Non, tu ne sais rien !!! riposté-je toujours sur le même ton cinglant. Je… je…

Il y a tellement de choses que j’ai sur le cœur, tellement de colère dans ma voix que je me mets à bégayer et ça achève de me faire perdre toute rationalité.

— Je t’ai laissé entrer dans ma vie, Saige !!! Je t’ai accordé tout ce que tu m’as réclamé, tout ce que tu as exigé de moi. Je te l’ai dit une fois, je n’avais rien à te donner parce que je ne valais rien ! Alors, je t’ai offert tout ce qui me restait : moi ! Mais pas celui que tu as rencontré à ton arrivée ici, pas ce type répugnant et creux que j’étais. Non, je t’ai fait cadeau de ce petit garçon de 9 ans que je cachais en moi depuis 20 ans et je t’ai laissé en faire ce que tu voulais parce que je te faisais confiance.

— Je te demande pardon, Macsen…

Mais ses excuses sont pires qu’une insulte pour moi.

— Je t’ai donné ma fille, Saige ! Elle est ce que j’ai fait de mieux en ce monde et je l’ai remise entre tes bras.

— Mon Dieu, se larmoie-t-elle. Je suis tellement désolée…

En deux enjambées, je me tiens face à elle et dans un sursaut de colère, j’attrape son visage entre mes mains et le ramène fermement vers moi.

— Macsen, arrête !!!

Je n’accorde aucun crédit à l’avertissement de Tessa

— Je t’ai aimé, je t’ai fait l’amour, putain !

— Je sais...

— Toutes ces choses que je t’ai dites sur elle...

Je pose mon front contre le sien.

— C’était tellement intime, tu aurais dû me le dire !

— J’ai essayé...

Je relève la tête, fixe le plafond une seconde tout en gardant son visage prisonnier.

— Je n’ai pas essayé d’être quelqu’un de bien pour toi, je le suis devenu. Je n’ai pas essayé de t’aimer, je suis tombé amoureux de toi. Je n’ai pas essayé de devenir père, j’ai pris ce nouveau rôle et je l’ai endossé sans faillir.

— Macsen...

— Je me suis donné à toi, Laura... tellement qu’il ne reste plus rien de moi. C’est surréaliste et complètement flippant, mais j’ai accepté ça parce que je me sentais en sécurité dans tes bras. Je me disais que personne au monde ne pourrait autant me protéger que toi, mais tu es l’être qui m’aura fait le plus de mal.

— Non...

Elle pleurniche.

— Tu n’es pas loyale, tu n’es pas respectueuse, tu n’es pas sincère...

Je soupire.

— Je ne pensais pas dire une telle chose un jour, mais tu n’es pas digne de mon amour pour toi.

Je l’abandonne si durement qu’elle percute le mur dans un claquement sourd.

— S’il n’y avait pas une petite fille pour qui tu comptes et que j’aime au point de faire l’impensable pour elle, je plongerais mes mains dans ta poitrine et je t’arracherai son cœur. Au moins, tu comprendrais ce que je ressens en ce moment.

Le visage dans ses mains où elle dissimule ses pleurs bruyants presque inhumains. Elle se laisse glisser contre le mur.

— Legacy était pleine de bonté et d’amour et tu ne mérites pas de porter ce qu’il y avait de plus beau chez elle.

Je fais volte-face et me tourne vers Tessa.

— Où est ma fille ?

Elle lève ses mains en signe d’apaisement.

— Attends, Macsen, il faut qu’on parle de tout ça…

— Je n’ai plus rien à lui dire ! Je ne sais qui est cette femme !

— Mais Mac, tente de protester Tessa.

— Où est ma fille, putain ?

— Dans son lit, elle s’est endormie.

— Je récupère quelques-unes de nos affaires et on s’en va !

— Quoi ? bafouille Saige, recroquevillée sur le sol.

Je ne prends pas la peine de lui répondre et marche en direction du couloir.

— Macsen !

Je suis sur le point de pénétrer dans ma chambre quand je sens qu’elle me retient par le bras.

— Non, attends, tu ne peux pas l’emmener !!!

Je la repousse une fois, mais elle revient à la charge.

— Macsen, je t’en prie, ne me la prend pas, me supplie-t-elle le visage ravagé par un flot de larmes incontrôlable. Pas mon bébé…

— La ferme !!!

Ses jérémiades finissent de me rendre fou.

— Tu as fermé ta gueule au sujet de ma sœur, tu as fermé ta gueule quand ta santé a été en danger, alors fais-moi plaisir, continues à la fermer !

J’entre dans la chambre, ramasse le premier sac qui me tombe sous la main et le bourre de vêtements. Je fais un bref passage par la salle de bains, quand j’en ressors, Saige se tient dans l’encadrement de la porte.

— Où vas-tu aller ?

J’occulte sa question.

— Chez Nicole ?

Je conserve le silence. Elle hoquette.

— Comment as-tu su ?

Cette nouvelle interrogation a le mérite de me faire relever la tête dans sa direction.

— Pas par toi ! Voilà tout ce que je veux retenir de la manière dont j’ai découvert la vérité : je ne l’ai pas apprise de ta bouche !

— Ça aurait changé quelque chose ?

J’ai un rire mauvais.

— Je ne cherche pas à minimiser ce que j’ai fait, je me demande seulement si ça aurait changé ta façon de réagir…

Je soupire.

— Franchement, je n’en sais rien !

Je hausse les épaules.

— Je ne le crois pas…

Elle se risque à faire un pas dans ma direction, mais se ravise devant mon air peu accommodant.

— Tu as le droit de remettre beaucoup de choses en question Macsen. Je comprends que je ne l’ai pas volé, mais je veux sincèrement que tu me croies quand je te dis que je t’aime !

Je ramasse mon sac de voyage et remonte en direction de la sortie.

— C’est possible, oui…

Je marque un arrêt à sa hauteur et me plonge une dernière fois dans ses deux bijoux vert émeraude qui m’ont si souvent envoûté.

— Mais je viens de réaliser qu’on n’a pas la même vision de l’amour, tous les deux. C’est dur à admettre et ça me retourne les tripes rien que de le penser, mais je suis amoureux d’une nana qui n’a jamais réellement existé. Je te regarde et je ne vois qu’une étrangère.

Je repousse une de ses mèches rebelles qui lui encombre le visage.

— Je ne sais pas ce que tu désirais le jour où tu as décidé de venir ici pour apprendre à me connaître, mais si tu as pensé que ça me ferait du bien qu’on me dise qu’un autre être humain est en vit grâce à elle, tu as fait une erreur. Rien ne me rendra ce que j’ai perdu, pas même de savoir qu’une part d’elle demeure en toi.

Elle refoule un sanglot.

— Je voulais te demander de pardon…

Son regard se dirige vers le sol.

— Pardon de vivre à sa place.

J’observe avec attention une dernière fois son visage.

— Et à l’époque, je t’aurais répondu que tu n’as pas à te sentir coupable, que je n’ai aucune raison de t’en tenir rigueur, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui ! Aujourd’hui, je te dis simplement d’aller en enfer !

OceanofPDF.com