Legacy, Tome 2- Life
— La sonnerie de mon téléphone —…
Saige#33
— La sonnerie de mon téléphone — lui a au moins le mérite de me faire remuer dans le canapé où je suis affalée depuis mon réveil. Il est plus de 19 h et je n’ai pas bougé de là de toute la journée. Non, je n’ai plus envie de me forcer à faire comme si : comme s’ils allaient revenir ; comme si j’allais recevoir cette greffe à temps ; comme si la vie était un foutu conte de fées ! « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », c’est bien pour Cendrillon, mais pas pour moi ! Pourtant, cette histoire n’était pas trop mal partie. Surtout, vu la manière dont elle a débuté... Malgré ce commencement un peu chaotique, nous nous étions enfin trouvés, Macsen et moi. Notre famille pouvait s’épanouir en douceur. Jusqu’à ce que je fiche tout en l’air avec mes mensonges.
Si j’avais pleinement conscience que les choses étaient vraiment mal barrées entre Mac et moi, il m’est apparu évident qu’elles ne pourraient plus s’arranger suite à notre entrevue au pied de la maison de Nicole et Robert. L’idée de tenter de lui parler ne me paraissait pas excellente alors que je quittais River North. En voyant comment notre discussion a tourné au vinaigre, j’en conclus que j’aurais dû m’abstenir. Aujourd’hui, même embrasser ma fille est impossible ! Comment garder espoir quand tout échappe à mon contrôle ?
Je reconnais que j’ai merdé ! J’ai été trop loin avec lui, mais d’ici à m’interdire de voir Tempérance...
Je sais qui est Macsen, je mesure, dans la douleur, à quel point je le fais souffrir, mais je ne pensais pas qu’il emploierait cette méthode pour m’atteindre ! Je réalise très bien l’ampleur de la catastrophe et, malgré cela, pendant une seconde, je prie pour que sa colère se soit atténuée et que cet appel vienne de lui.
On dit que l’espoir fait vivre...
Même si le cœur n’y est pas, je prends ce coup de fil qui remue le couteau dans une plaie encore à vif.
— Bonjour, maman, décroché-je en essayant de contenir un sanglot.
— Ma chérie, est-ce que tout va bien ? Tu as une petite voix.
Je me racle la gorge pour tenter de le chasser.
— Oui, oui, désolée. Je m’étais assoupie.
— J’imagine que tu dois beaucoup travailler...
— Ce n’est pas simple en ce moment, c’est vrai !
— Ça me soulage de savoir que Tessa est avec toi ! Avec elle à tes côtés, tu feras plus attention à toi.
Ma pauvre maman... Tu serais profondément déçue si tu connaissais la vérité…
— Rassure-moi, vous avez des occasions de vous retrouver, toutes les deux !?
— Bien sûr !
— Je ne suis pas très sereine de savoir mes deux filles seules dans une ville telle que Chicago. Je me fais vraiment du souci...
— Il ne faut pas, maman, me hâté-je de la rassurer. On veille l’une sur l’autre comme on l’a toujours fait !
— Mais Tessa va bientôt rentrer à la maison et, toi, tu seras de nouveau seule.
— Et je m’en sors très bien...
— Tu me le jures, mon bébé ?
J’ai un pincement au cœur.
— Oui, maman.
— Et quand est-ce que tu pourras venir nous voir ?
— Je..., marmotté-je quand je crois que la digue va rompre, que je vais fondre en larmes. Je ne sais pas...
— Écoute, mon trésor, je n’ai jamais manqué de te soutenir dans toutes les décisions que tu as prises, même quand tu m’as annoncé que tu partais faire ton internat à des centaines de kilomètres de chez nous, mais on ne t’a pas vue depuis des mois. Ça devient de plus en plus difficile pour nous tous...
— Et vous me manquez énormément.
Cette fois, je ne cherche plus à lui cacher que ses paroles me touchent.
— Viens nous rendre visite. Tu pourrais accompagner Tessa lorsqu’elle rentrera et passer quelques jours à la maison.
— Je...
Je suis sur le point de lui dire que j’ignore si cela sera possible même si j’ai pleinement conscience que c’est un mensonge.
Pourtant, je n’ai jamais eu autant envie de les voir...
— Je fais faire tout ce que je peux pour venir, je te le promets.
Décidément, tu n’en auras jamais fini de mentir..., me nargue ma mauvaise conscience.
— Je donnerai tout ce que je possède pour avoir tous mes enfants auprès de moi...
— Je sais, maman, je suis désolée, gémis-je. Je ne voulais pas vous faire de peine.
— Ne dis pas ça, mon trésor. Tu nous rends extrêmement fiers.
Penserais-tu cela si tu connaissais la vérité, maman ?
— Merci.
— Tu me rappelles très bientôt pour me donner de tes nouvelles ?
— Sans faute !
— Embrasse ta sœur pour moi.
— Je le ferai...
— À très bientôt, ma chérie.
— À bientôt, maman.
— Je vous aime mes bébés.
— Nous aussi, on vous aime !
Ma mère coupe la communication. Je regarde fixement l’écran de mon téléphone pendant de longues secondes alors que de nouvelles larmes perlent sous mes paupières.
Tu pourrais être avec eux plutôt qu’ici à te morfondre ! me blâme cette petite voix moralisatrice qui n’a de cesse de me tourmenter. Après ce que tu as fait endurer à Macsen, tu t’entêtes à leur réserver le même sort. Qu’ont-ils fait pour mériter que tu les traites avec autant d’indifférence. Tu te vantes d’agir pour leur bien, mais n’est-ce pas toi que tu essaies de protéger au fond ?
— Arrête de te culpabiliser...
J’abandonne ma contemplation pensive lorsque Tessa s’adresse à moi. Instinctivement, mon regard la cherche et la trouve à l’entrée du salon. Elle me détaille avec sollicitude.
— Ce n’est pas bon pour toi de t’accabler de la sorte.
— Ce sont mes mauvais choix qui nous ont conduits à cette situation, Tessa.
Ma sœur s’approche et s’accoude contre le dossier du canapé. Les yeux dans les yeux, elle poursuit :
— Et il n’y aurait pas un moyen de tenter d’améliorer un peu les choses ?
— Avec Macsen, clairement non ! Pour le reste, je vois bien une solution, mais ça voudrait dire réajuster nos plans...
— Ton plan, Saige ! riposte Tessa. Je t’ai suivie à un moment où je pensais que tu maîtrisais encore la situation, mais plus je te regarde, plus je me dis que tu n’as jamais été aussi perdue de toute ton existence ! Là, tu n’es plus en mesure de prendre la moindre décision posée et réfléchie ! Tu as trop de chagrin...
— Qu’est-ce qu’on devrait faire selon toi ?
— Maman a envie de te voir, Saige, et je crois que tu as besoin de retrouver les tiens. Je suis convaincue que franchir la porte de la maison te soulagera déjà d’un poids énorme. C’est auprès des gens qu’on aime qu’on est le plus fort !
— C’est pour ça que je voulais rester près de Mac, avoué-je avec tristesse.
— Pour l’instant, c’est votre relation qui t’affaiblit le plus ! Si tu prenais un peu de recul par rapport à tout ça ?
— J’ai envie de rentrer. J’en ai assez de me trouver ici sans eux !
Enfin, j’ose le confesser. Oui, je veux rentrer auprès de ma famille. La vie me quitte et la seule personne avec qui je voulais surmonter cette ultime épreuve m’a tourné le dos. Il n’y a que chez moi que je pourrais trouver un peu de paix. Elle m’aidera à partir plus dignement.
— Ça ne changera rien à ton placement sur liste d’attente ?
Je secoue la tête.
— Non, il faut simplement que je prévienne Collins.
— Alors qu’est-ce qui nous empêche de prendre la route demain matin ?
J’ai un sourire timide.
— Rien... Plus rien ne me retient à Chicago...
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