Legacy, Tome 2- Life
Anthony Bront a écrit : « D’autres…
Saige #37
Anthony Bront a écrit : « D’autres choses nous changent, mais nous commençons et nous finissons avec la famille ». Ces quelques mots n’auront jamais autant de sens qu’à cet instant ! À l’heure où je sens ma vie s’étioler, m’abandonner doucement, il n’y a pas un autre endroit où je voudrais être qu’ici, auprès des miens. Plus je pense à la tournure que j’ai donnée à mon existence, plus j’en viens à regretter... Regretter d’avoir perdu du temps et de l’énergie à songer à ce petit garçon de neuf ans dont la vie avait dû basculer pour que je vive. Regrettez d’avoir fait de Macsen une véritable obsession jusqu’à m’oublier. Mon thérapeute m’a souvent dit que je n’étais pas prête à le rencontrer, il avait tellement raison ! Je ne voyais pas en quoi ça serait si éprouvant pour moi. Comme je me suis trompée... Je n’ai pensé qu’à ce que ça impliquerait pour moi, mais je n’ai pas anticipé que Macsen serait si inabordable ! Et que me reste-t-il maintenant que j’ai foncé tête baissée dans cette histoire ? Il m’a vidée de toutes mes forces !
J’ai voulu lui ouvrir la voie du bonheur vers un avenir plus beau et je me suis sacrifiée pour qu’il y parvienne ! Contrairement à ce qu’il semble croire, je n’ai pensé qu’à lui et, aujourd’hui, il me déteste pour ça ! Je me moque qu’il fasse tout ce qui est en son pouvoir pour m’offrir l’opération de la dernière chance, je ne peux pas oublier la manière dont il a réagi en apprenant la vérité. Mac m’a souvent blessée par la violence de ses propos et j’ai dû passer l’éponge trop de fois, quitte à ravaler ma fierté, mais je n’y arrive plus ! J’imagine qu’il m’a fait trop de mal et que le fait de l’aimer autant a rendu cette souffrance insoutenable. Tout est tellement embrouillé dans ma tête, je ne sais plus où j’en suis ; je veux seulement la paix !
— C’est ici que tu te caches, ma chérie ?
Mon cœur fait un bond de cabri quand le son rocailleux qui teinte la voix de mon père interrompt le fil de mes pensées. Je suis tellement absorbée par elles que je ne l’ai pas vu s’approcher.
Je remets une petite impulsion et la balançoire, sur laquelle je suis assise, reprend un peu d’élan.
— Tu me cherchais ?
Me couvant de cet éternel regard tendre et gorgé d’amour, il s’installe sous l’arbre centenaire où, il y a des années de cela, il a fixé une balançoire pour Tessa et moi. Son silence me fait cesser tout mouvement. J’enroule mes mains autour de la corde et l’observe avec intérêt. Il parcourt les environs avant de prendre une profonde inspiration.
— C’est incroyable comme la vie nous joue des tours...
Je plisse les sourcils en entendant ces quelques mots.
— Lorsque j’ai épousé ta maman, notre avenir était tout tracé. J’avais reçu le ranch de ton grand-père en héritage et j’étais persuadé que tout tournerait essentiellement autour de ça ! Bien sûr, on voulait des enfants et ils auraient pris toute la place qui leur est due dans notre quotidien, mais je pensais que ça serait plus simple, plus idyllique : moi m’occupant de l’exploitation, maman élevant nos petits !
— Mais je suis arrivée et j’ai fichu tous vos plans en l’air...
Mon père se tourne un peu vivement vers moi et le regard que je croise m’intime silencieusement de faire attention à mes paroles.
— Tu n’as rien fichu en l’air, mon trésor. Tu as changé ma façon d’appréhender le monde !
Il se lève, fait deux pas dans ma direction et s’agenouille à mes pieds.
— Avant toi, je le voyais avec les yeux d’un jeune homme de vingt ans qui n’aspire qu’à le conquérir. J’avais entre les mains cet héritage familial et une rage démesurée de faire mes preuves dans un domaine que je côtoyais depuis l’enfance. Je voulais démontrer aux autres que j’étais digne d’être un Lane !
Ses doigts redessinent les boucles de mes cheveux.
— Puis maman est tombée enceinte de toi et de ta sœur ! Très vite, nous avons appris que tu étais malade et que nous allions passer par des phases très délicates, mais ça n’a rien ébranlé de la fougue qui m’habitait. Je rassurais maman sans réellement parvenir à mesurer ce que tout ça impliquerait dans notre futur. Le jour de ta naissance, je n’étais pas plus avancé. Tu étais la première à venir au monde et la sage-femme t’a déposée contre moi pendant que maman devait se recentrer sur Tessa. J’étais totalement stupéfait par ce petit bout que je tenais dans le creux de mes bras. J’étais incapable de détourner les yeux de toi, il y avait tant de choses qui se passaient au fond de moi.
Son pouce câline ma joue.
— Il ne m’a pas fallu plus de quelques secondes pour comprendre, Saige. Comprendre que je ne serai plus jamais le même homme, que ma vie venait de prendre un tournant primordial, que tu m’avais changé. Tu as ouvert tes deux immenses billes vertes et tu sais ce que j’y ai vu ?
Je n’articule aucun mot, je ne prononce aucun son, l’émotion me laisse sans voix, alors je me contente de secouer la tête.
— Moi, mon ange ! Je me suis découvert dans le fond de tes yeux. J’ai découvert ce monde d’amour et de bonheur que tu avais à m’offrir et je m’y suis noyé !
— Papa, mâchouillé-je avec difficulté.
— Quand je t’ai prise contre moi, je ne savais pas que tu étais malade ! Sur le moment, il nous était impossible de vous différencier. Alors, non, je n’ai pas agi avec toi autrement qu’avec Tessa parce que tu étais souffrante et je n’ai jamais préféré l’un de mes enfants. Cependant, j’ai vécu quelque chose d’unique et d’incroyablement précieux avec toi, le jour de ta naissance, une chose que je ne pourrais jamais oublier. C’est la seule raison qui explique cette connexion entre nous, mon bébé. Tu étais à peine sortie du ventre de ta maman que tu m’avais déjà tout donné, tu n’as jamais cessé de donner !
— Pour... pourquoi me dis-tu tout ça, papa ?
Je pleure à chaudes larmes. Il les essuie du bout du pouce.
— S’il y a bien un endroit dans ce monde où je peux trouver la vérité, c’est dans tes yeux, mon amour. Alors, je veux que tu me regardes et que tu m’apprennes que tu abandonnes ce combat.
Je tente de me détourner de mon père, mais il me ramène vers lui d’un geste doux et assuré à la fois.
— Non, Saige ! Tu dois te plonger dans mes yeux et me dire que tu veux t’en aller.
— Pourquoi est-ce que tu me fais ça ?
— Tu as visiblement fait un choix et je dois t’entendre me l’expliquer ! Je n’ai jamais rien exigé de toi et tu le sais parfaitement ! Aujourd’hui, je le fais parce que je dois comprendre comment ma petite étoile a perdu toute envie de vivre alors que je l’ai vue se battre comme une acharnée toute son existence.
Je baisse les yeux.
— C’est à cause de cet homme... Macsen ?
Je relève la tête.
— Comment ?
Je lève les yeux au ciel.
— Tessa, bien sûr...
Mon père répond par la négative.
— Non, c’est lui qui vient de me téléphoner.
— Mac ?
— Oui, il m’a dit qu’il t’aimait et, vu sa démarche, j’ai tendance à vouloir le croire, mais je dois comprendre pourquoi ma fille en arrive à refuser un cœur en bonne santé alors qu’elle a une famille et visiblement un homme prêt à tout pour elle.
— Je..., sangloté-je. Je suis fatiguée, papa.
— Et de quoi, mon trésor ? Explique-moi !
— C’est épuisant. J’ai la sensation de ne pas pouvoir avancer dans ma vie. Qu’importe ce que je fais, je suis perpétuellement rattrapée par la maladie.
— Tu as fait le plus gros, ma puce. Tu as survécu à toutes tes opérations ! Même quand la dernière a mal tourné, tu as fait un pied de nez au destin et tu as reçu ta première greffe. Tu as surmonté tous les obstacles qui se sont mis sur ton chemin parce que tu es forte, Saige, bien plus que je ne le serai jamais ! Tu as l’ardeur nécessaire pour vivre cette nouvelle greffe et gagner ce combat, comme tu as remporté tous les autres avants !
— Peut-être que je ne suis pas si forte, finalement...
— On en vient au second problème dont ton ami m’a parlé.
Il me jauge plus sérieusement.
— Pourquoi dois-je apprendre d’un parfait étranger que ma fille se sent coupable de tout ce que nous avons vécu par le passé ?
Une nouvelle fois, je me dérobe, mais mon père refuse et lève mon visage vers lui.
— Je croyais qu’on se disait tout, toi et moi, qu’il n’y avait pas de secret entre nous...
— Tu t’es sacrifié pour être présent à mes côtés.
— J’ai renoncé à des rêves que j’avais faits avant de devenir père, car j’ai compris que vous étiez mon nouveau rêve ! Toi, Tessa et tous tes frères et sœurs, vous êtes suffisants à mon bonheur. Je n’ai pas besoin d’avoir le plus beau grand ranch du Dakota ou des milliers de dollars sur mon compte bancaire pour être un homme accompli, j’ai besoin de ma fami...
Le reste de sa phrase est bloqué dans sa gorge, retenu par l’émotion. Il prend mon visage en coupe.
— J’ai besoin de mon étoile ! La première d’une pluie de sept autres étoiles qui ont toutes illuminé mon ciel.
Je pleure de plus belle quand ses larmes viennent ruisseler sur ses joues.
— Je veux que tu continues de briller, mon trésor. Cette vie, ce monde ne serait plus jamais le même sans ta lumière.
— J’ai si peur, papa...
— Je suis terrifié moi aussi, mais je peux la surmonter, me battre contre mes pires angoisses si ça veut dire garder ma famille intacte et à l’abri du chagrin. Loin de moi l’idée de te demander d’accepter cette greffe pour moi ou pour le reste de notre maison, Saige. Non, j’attends de prendre la bonne décision pour toi ! Tu as une vie à vivre, un avenir à bâtir et un monde à éblouir de tout ce que tu es !
— Il y a tellement de choses que je vais devoir affronter, ça me tétanise !
— On va procéder par étape, avancer petit à petit.
Je hoche doucement la tête.
— Le plus urgent est de nous rendre à l’hôpital. Le docteur Valdez t’attend et ton nouveau cœur est en route.
— D’accord...
Mon père écarte ses bras, je m’y jette sans une once d’hésitation. Il me serre contre lui.
— Je t’aime, mon petit ange, me cajole-t-il alors que je fonds en larmes sur son épaule.
— Tu restes avec moi, gémis-je en l’étreignant de toutes les forces que j’aie encore.
— Je serai toujours avec toi, maintenant et à jamais !
— Je suis tellement désolée, papa...
— Je le suis, moi aussi. J’ai pensé que tu viendrais me voir si tu te sentais perdue, si tu avais besoin de te confier. J’ai pris notre complicité pour acquise et je n’aurais pas dû. Rien n’est gagné dans la vie, Saige. Je te promets de ne plus jamais l’oublier !
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