Legacy, Tome 2- Life
— Mac, mon pote, comment s’est passée ton intervention ?
Macsen #34
— Mac, mon pote, comment s’est passée ton intervention ?
La question de mon ami Huxley me fait lever le nez du dossier médical de la patiente que je viens d’opérer pendant près de quatre heures. J’y inscris rapidement mes dernières recommandations pour son traitement postopératoire et le redonne à l’infirmière en charge de veiller sur elle. Je la remercie et elle s’en va.
— Super ! Pas de complications, la patiente est stable.
Je prends appui sur le comptoir et me tourne vers lui.
— Et toi, quoi de neuf ?
— C’est plutôt calme. Je n’ai rien de terrible à me mettre sous la dent.
Je lui assène une tape sur l’épaule.
— J’ai les crocs ! Je te paie le déjeuner ?
— Si c’est toi qui régales...
Je suis sur le point de proposer à Shane de se joindre à nous, mais la sonnerie de mon téléphone me coupe dans mon élan. Je le récupère dans la poche de mon jean et découvrir l’identité de mon correspondant m’arrache une légère grimace :
— C’est Tessa, annoncé-je à Shane qui m’examine avec curiosité.
Cette information semble particulièrement l’intéresser. Je décroche :
— Salut, Tess ! Est-ce que tout va bien ?
— Mac…
Je suis immédiatement saisi par sa manière d’avoir prononcé mon prénom. Il y a une fêlure dans sa voix, une vive inquiétude également. Il n’en faut pas davantage pour me provoquer une montée de stress.
Elle devait me joindre au moindre problème avec sa sœur !
— Je crois que Saige a fait une grosse connerie, poursuit-elle, le timbre toujours aussi fébrile.
— Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ?
— Visiblement, Collins vient de lui téléphoner…
— Collins ?
— Je ne sais pas ce qu’elles se sont dit.
Je me tourne vers Shane qui m’observe avec intérêt.
— Tu n’as pas vu Collins ?
Il me répond par la négative.
— Appelle-la !
— Tout ce que j’ai entendu de leur échange c’est Saige qui racontait qu’elle n’en avait plus besoin, qu’une autre personne devrait en profiter.
Quoi ? Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries, encore !?
— Quand je l’ai questionnée, elle m’a dit que ce coup de fil concernait son appartement.
— Son appart, mais il y a un moment qu’elle l’a rendu !
— J’ai vérifié dans son téléphone la provenance de son dernier appel et il vient du docteur Collins.
Mais putain, qu’est-ce qu’elle branle encore !!!
C’est alors que je reçois une tape visant à attirer mon attention. Huxley me fait un signe de la main. En regardant dans la direction qu’il m’indique, je vois que Collins vient de sortir de l’ascenseur. La mine grave, le pas hâtif, elle avance vers moi.
— Tess, patiente un instant, s’il te plaît, dis-je à mon interlocutrice en allant à la rencontre de ma collègue.
À sa hauteur, je l’interroge :
— Vous avez pris contact avec Saige ?
— À l’instant ! C’est elle que vous avez au téléphone ?
— Sa sœur ! Qu’est-ce qu’il y a ?
— Macsen, me dit-elle l’air contrarié. Il faut que vous lui parliez de toute urgence !
— Pour le moment, c’est à vous que je m’adresse ! durcis-je le ton. S’il y a le moindre problème avec Saige, vous devez m’en informer !
— Sans son consentement, je n’ai pas le....
— Arrêtez avec ces conneries, Collins ! Si elle ne va pas bien, vous avez le devoir de m’en parler ! Il s’agit de sa vie, putain !!!
À son visage changeant, je comprends qu’elle capitule. Elle me saisit par le bras et me conduit à l’écart de nos collègues.
— Le centre de don vient de m’appeler, ils ont un cœur pour elle !
Oh, putain, enfin le bout du tunnel...
— Alors, il faut agir vite...
— Elle a refusé le cœur, devine Tessa qui suit notre conversation par le biais du téléphone.
Hein ? Elle n’aurait pas fait un truc aussi con !!!
— Elle ne vous a pas dit non ? questionné-je Collins, le cœur battant à l’idée qu’elle confirme la supposition de Tessa.
— Je suis désolée, Macsen, me dit doucement Collins, visiblement confuse d’avoir à m’apprendre une mauvaise nouvelle. Mais Saige refuse sa transplantation.
MAIS PUTAIN !!! rugis-je en moi-même. QU’EST-CE QU’ELLE DANS LA TÊTE À LA FIN ?
— Comme vous le savez, j’ai peu de temps pour leur donner le feu vert. Si vous devez tenter quelque chose, c’est maintenant !
— Tessa, j’arrive ! Je saute dans la voiture et je viens la chercher.
Je me tourne vers Collins.
— Dites-leur que c’est OK ! Elle sera là dans moins de trente minutes.
— Mac, m’interpelle Tess, que je devine en larmes.
— Quoi ?
— Nous ne sommes pas à Chicago, m’avoue-t-elle apeurée.
— Excuse-moi ???
— Elle se sentait si seule à l’appartement sans toi et la petite... On a pensé que ça serait bien de rentrer à la maison pour quelques jours.
— Mais qu’est-ce que vous avez dans le crâne, putain de merde ?! Vous me les brisez sévère toutes les deux !!!
— Elle m’a affirmé que ça ne changerait rien pour la greffe !
— Je fais comment maintenant, Tess ?! J’en ai ras le-cul de vos conneries !!!
— Je suis tellement désolée...
J’ignore les excuses de Tessa et me concentre à nouveau sur Collins.
— Où se trouve le cœur actuellement ?
— Dallas !
— Appelez le centre, dites-leur d’envoyer le cœur à l’hôpital de Sioux Falls.
— Macsen...
— Collins ! la coupé-je abruptement. Je sais que je vous en demande beaucoup et si vous voulez vous décharger de ça, je les contacte moi-même, mais je ne vais pas risquer de perdre l’unique chance de la sauver !!! J’ai une petite fille d’un an qui a besoin de sa mère !!!
Elle me dévisage un instant, puis :
— Très bien, je leur téléphone immédiatement !
— Donnez-leur le nom de Valdez. Je vais lui passer un coup de fil, il s’occupera d’elle, là-bas !
Sans perdre de temps, je m’approche de Shane.
— Appelle Sioux Falls !
Mon ami qui comprend l’urgence de ma requête attrape le combiné.
— Mac, qu’est-ce que je peux faire ? me demande Hux qui n’a pas perdu une miette du foutoir qui règne ici.
— Appelle Frank ! Il faut que je lui parle de toute urgence !
Huxley réagit aussitôt.
— Tessa ?
— Mac… sanglote-t-elle. Mon Dieu, Mac, je suis tellement navrée.
— Je t’avais dit de m’informer de tout ce qui la concernait, Tessa ! Je te faisais confiance !
— J’ai voulu le faire, mais j’ai eu peur que tu penses qu’elle vous abandonnait, Tempé et toi.
— C’est exactement ce qu’elle fait en refusant sa greffe, elle baisse les bras !
Je pince l’arête du nez en inspirant le plus calmement possible.
Rien ne sert de s’emporter ! L’urgence est qu’elle accepte cette opération. Le reste viendra plus tard !
— Il faut que je lui parle ! Je dois lui faire entendre raison !
— Elle est partie marcher. Je vais la chercher, me prévient-elle.
— Et tes parents, que disent-ils de tout ça ? Leur a-t-elle seulement fait part de la vérité sur son état ?
— Bien sûr qu’ils savent ! Elle n’a pas eu à le faire et si tu avais mis ton petit ego de côté cinq minutes, tu aurais vu que Saige dépérit à vue d’œil, Cole !
— On est vraiment obligé de régler ça, maintenant ?
Shane me fait un signe de la main.
— Attends une seconde !
Je pose mon portable et récupère le téléphone qu’il me tend.
— Valdez ! m’avise-t-il.
— Docteur Valdez, docteur Cole ! me présenté-je brièvement. Je vous appelle au sujet de Saige Lane.
— Saige...
Il y a un léger blanc.
— Il y a un problème avec son cœur ?
— Effectivement !
— Mince...
— Elle a été placée sur liste d’attente, il y a quelques semaines et, aujourd’hui, nous avons un cœur compatible.
— Je suis soulagé de l’apprendre ! En quoi puis-je vous être utile Docteur Cole ?
— Il faut que vous réalisiez sa greffe !
— Pardon ?
— Le cœur va partir de Dallas pour Sioux Falls dans les minutes qui viennent. Saige est rentrée chez ses parents pour se reposer et nous avons besoin qu’elle se fasse opérer dans votre hôpital. Vous connaissez son cas mieux que quiconque, vous avez pratiqué sa première greffe.
— Mais c’est votre patiente, vous avez sûrement le temps de…
— Ce n’est pas ma patiente, c’est ma femme ! Ce cœur que vous lui avez transplanté, il y a 20 ans était celui de ma sœur, alors, même avec toute la bonne volonté du monde, je serais incapable de mener à bien cette opération.
— Je… euh…
— Saige a confiance en vous, donc c’est pareil pour moi. S’il vous plaît, je vous le demande, aidez-la !
— Je vais le faire, vous pouvez compter sur moi !
— Merci infiniment. Saige sera bientôt là, son nouveau cœur aussi. Je vous repasse mon collègue, il va vous donner mon numéro de téléphone. Tenez-moi informé s’il se passe quoi que ce soit. Je vous rejoins au plus vite.
— Entendu !
Je rends son bien à Shane et reprends Tess en ligne.
— Tess, Valdez va faire la greffe ! Le cœur…
J’interroge Collins du regard, elle est toujours au téléphone. Elle lève le pouce comme pour me dire « OK ».
— Est en route pour l’hôpital de Sioux Falls.
Mais le silence de mon interlocutrice me surprend.
— Tess ?
— De quoi est-ce que tu te mêles ?
Une phrase, quelques mots les uns après les autres, le son de sa voix…
— Laura ?
— Comment peux-tu prendre cette décision pour moi ?
— Et toi, comment peux-tu renoncer alors que nous sommes si près du but ?
— Nous ? répété-t-elle avec mépris. Tu oses me parler d’un nous après toutes ces atrocités que tu m’as jetées au visage ?
— J’étais en colère, Saige ! Pour autant, je ne me désintéresse pas de ce qui t’arrive !
— Vraiment ? J’ai cru comprendre que je pouvais aller brûler en enfer, alors je ne vois pas en quoi mon sort te préoccupe, subitement !
— Et tu me fais payer mes paroles en refusant de te soigner ?
— Je laisse à une autre personne la chance que j’ai déjà eue une fois ! s’irrite-t-elle. Je n’en peux plus, je suis fatiguée… fatiguée de me battre, de me sentir coupable de vivre à SA place, Macsen !!!
— C’est ce fils de pute qui a pris le volant totalement bourré qui a tué ma sœur , ce n’est pas toi, Saige ! crié-je. Toi, tu as seulement fait comme moi, tu as survécu. C’est ce que nous sommes : des survivants !!! On a eu une donne merdique et on s’est battus pour faire tourner la chance…
— Et je la paie trop cher cette chance ! Une dernière fois, sois ce chirurgien sans scrupules que j’ai rencontré lors de mon premier jour d’internat, appelles le centre et donnes ce cœur à une autre personne, arrête de t’entêter.
— JE REFUSE !!! m’époumoné-je, le corps tremblant de part en part.
— Fais ton putain de job ! Tu as un patient que tu ne peux pas sauver alors tu passes au prochain et tu te bats pour lui. Sois ce foutu connard que tu as toujours été et laisse ma famille tranquille.
Et elle raccroche.
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