Legacy, Tome 2- Life
— Bonne nuit, ma jolie princesse !
Macsen #44
— Bonne nuit, ma jolie princesse !
Son lapin en peluche serré contre elle, Tempérance ferme doucement les yeux et le sommeil a vite raison d’elle. Il faut dire que la journée a été longue pour mon beau trésor. Ce matin, elle m’a rejoint à l’hôpital, en compagnie de ses deux grands-mères afin de rendre visite à Saige. J’ai profité du fait que Nicole et Molly soient au chevet de Saige pour prendre un peu l’air et m’occuper de ma fille. Rester enfermé entre ces quatre murs fades et déprimants n’a rien de très exaltant et avoir une occasion de m’échapper n’était pas de refus. Après avoir avalé un déjeuner en tête-à-tête avec Tempérance, j’ai dû la laisser repartir avec ses deux grands-mères qui devaient se rendre en centre-ville pour y faire des courses. Je dois avouer que je n’étais pas fou d’impatience de remonter auprès de Saige. Si j’avais des choses à lui dire à son réveil, il n’en est plus rien maintenant, qu’elle se remet doucement de sa transplantation.
Forcément, passer des heures à se regarder dans le blanc des yeux sans aborder les problèmes qui restent irrésolus entre nous n’est pas aisé.
Et ce n’est pas l’envie qui lui manque d’entamer la conversation. Je la vois se mordre la langue sans jamais parvenir à surmonter ce que j’interprète comme de l’appréhension. De mon côté, je ne lui laisse que peu de champ libre pour le faire, car je n’ai clairement pas le bon état d’esprit pour ne serait-ce que frôlé le sujet. Pourquoi ? Parce que je ne suis pas foutu d’encaisser tout ce qui vient de me tomber sur le coin de la tronche !
Tout est là, en moi et ça me ronge ! Saige et sa maladie. Saige et ses mensonges. Saige et son cœur qui n’est autre que celui de ma sœur. Saige et son choix merdique et lâche de mourir plutôt que de se battre pour moi et notre bébé…
J’ai beau essayer de passer outre tout ce foutoir, je n’y arrive pas ! Non, si je mets de côté deux secondes qu’elle vient de subir une très lourde chirurgie, si je ne pense plus au fait que j’ai failli la perdre, je ne vois que tout ce furoncle purulent qui pourrit notre histoire.
En fin d’après-midi, son père lui a rendu visite et m’a proposé de me conduire dans leur ranch pour y passer une vraie nuit de sommeil et j’ai sauté sur l’opportunité. Laura en a paru soulagée elle aussi, mais ce n’était visiblement pas pour les mêmes raisons ! Sa démarche était bien plus altruiste que la mienne. Tout ce qu’elle désirait en m’encourageant à y aller était que je passe une soirée en dehors de l’hôpital, que je profite de notre fille. Voilà pourquoi ma princesse est exténuée : j’étais tellement ravi de la retrouver que je l’ai fait veiller tard.
Et je ne regrette pas de m’être décidé à venir ici, car ce dîner a été un véritable plaisir. Premièrement, la bouffe de l’hôpital est limite passable et, qu’a contrario, Molly est une cuisinière hors pair, mais aussi l’ambiance était détendue et légère.
Et j’en avais bien besoin !!!
J’ai pu sympathiser un peu plus avec chacun des membres de la famille Lane et je dois dire que je les trouve adorables et incroyablement touchants. C’est une famille dans le sens le plus brut, mais aussi, le plus beau du terme. Saige a eu une chance formidable de grandir dans ce contexte tendre et sécurisant.
Saige...
Mes émotions sont tellement changeantes quand je pense à elle.
Ma Laura, mon amour....
C’est déroutant de ne plus comprendre les sentiments qu’un être aussi primordial à ma vie est en mesure de me faire ressentir. Lorsque je regarde ma fille, je sais que je veux lui offrir le meilleur et rien ne lui sera plus préférable que Saige. Mais qu’en est-il pour moi ou pour notre couple ?
J’attendais tellement de notre relation, j’ai appris à aimer, à espérer auprès d’elle et je suis tombé de haut devant ses failles. Comment me relever maintenant que j’en sais plus sur ce qui nous rapproche elle et moi ? Difficile de ne pas songer à Legacy lorsque je pose les yeux sur elle.
Leg’... ma petite sœur... mon trésor...
Repenser à elle est atrocement douloureux.
Je me remémore avec précision chacun des traits de son beau visage. Même les années n’ont pas réussi à altérer mes souvenirs. Je vois sa bouille d’ange me sourire et ses grands yeux noirs me couver de son regard complice. Mon âme en est déchirée de savoir qu’une part d’elle a survécu sans que j’en sois informé.
Il y a un moment en particulier qui tourne en boucle dans ma tête dès que je songe à elle ; le dernier instant que j’ai passé auprès d’elle avant qu’on ne la débranche. Elle paraissait si paisible et tous les tuyaux auxquels elle était reliée semblaient avoir disparu. Nicole et Robert m’avaient laissé quelques minutes seul avec elle pour m’offrir l’opportunité de lui dire au revoir à l’abri de leurs regards. Tout ce que j’avais été capable de lui demander à l’époque avait été de ne pas m’abandonner ; j’ai pleuré, je l’ai supplié de se réveiller...
Et elle est restée ! À travers Saige, elle est revenue auprès de moi...
Je secoue la tête devant cette réflexion totalement perchée.
Comme si Legacy avait influencé les agissements de Saige...
Je remonte la couverture sur ma précieuse Tempérance en me flagellant d’être si sentimental, mais surtout aussi con !
— Elle s’est endormie ?
Un coup d’œil par-dessus mon épaule m’apprend que Tessa se tient sur le seuil de cette chambre qu’elle partage avec sa sœur.
— Elle n’a pas perdu de temps, ricané-je doucement. Je crois que j’ai un peu abusé en la gardant avec moi si tard.
Tessa entre sur la pointe des pieds, marche jusqu’au lit pliant installé près de celui de sa mère.
— Elle t’a manqué et c’est tout à fait normal compte tenu de tout ce que nous venons de vivre.
Elle coule son bras sous le mien, presse sa tête contre mon épaule.
— Tu as eu raison de rentrer à la maison, ce soir. Il faut que tu penses à dormir si tu veux tenir le choc.
Je pose ma tête contre la sienne.
— J’avais besoin de me changer les idées, c’est vrai...
Je me tais une seconde avant de poursuivre.
— Je me sens mal de l’avoir laissé seule, mais je...
— Mac, intervient Tessa. Arrête de te prendre le chou avec ça ! Ce n’est que pour quelques heures. D’ailleurs, elle est certainement en train de dormir à l’heure qu’il est. Nous irons la voir demain matin, OK ?
— À tes ordres, Olsen !
Dans un geste taquin, je la pousse gentiment.
— Pauvre mec, râle-t-elle, en me mettant un coup de coude dans les côtes.
— Tu n’es qu’une garce !
Nous échangeons un regard amusé, mais le sien devient rapidement plus sérieux.
— On a réussi ? Mac, on l’a sauvée, n’est-ce pas ?
Je ne peux me retenir de la serrer contre moi en la voyant si émue.
— Oui, je crois, Tess !
— Pourquoi a-t-elle fait ça ? Pourquoi elle a baissé les bras ?
Je l’étreins plus fort face à cette question dont j’ignore la réponse.
— Moi aussi, ça me fait mal. J’ai beau essayer, je n’arrive pas à comprendre ce qui lui a pris.
— Elle devait avoir tellement peur...
J’aimerais faire preuve de plus de compassion face à tout ce que Laura a pu éprouver depuis que Collins lui a indiqué que le cœur de Legacy s’apprêtait à lâcher, mais je n’y arrive pas. Blessé par la lâcheté de Saige et dans un besoin de dissimuler mes émotions, je repousse gentiment Tessa.
— Moi aussi, j’ai eu peur en apprenant qui elle était et les raisons qui l’ont conduite jusqu’à moi, mais je ne l’ai pas laissée tomber pour autant.
— Non, tu as fait tes valises et tu es parti ! m’objecte-t-elle sur un ton aussi amer que le mien.
Je soupire.
— Forcément, pourquoi s’attendre à autre chose de ta part !
Piqué, je me retranche en moi-même.
J’en ai plus qu’assez de ces deux siamoises...
Je m’apprête à quitter la pièce pour couper court à cette discussion qui de toute évidence est vouée à finir en désastre.
— Je ne suis pas en train de lui trouver des excuses et je ne néglige pas les erreurs qu’elle a commises.
— Non, mais je devrais faire comme si rien ne s’était passé !
— Je pense que tu ne dois pas oublier la chance que nous avons eu qu’elle ait un cœur...
— Un cœur qu’elle a refusé, Tessa ! Si ton père n’était pas intervenu, elle aurait...
— Mais il l’a fait et Saige a eu sa greffe, non ? Pourquoi ne pas nous contenter de ça ?
— Et je suis supposé construire une relation sérieuse sur ces mensonges, sur sa capacité à prendre des décisions aussi foireuses ?! Je devrais fonder une famille avec une femme prête à me tourner le dos dès l’instant où elle ne sait plus gérer une situation ?!
Tessa recule d’un pas et me jauge de la tête au pied.
— Tu ne songes pas à la quitter, Macsen ?! se renseigne-t-elle soudainement beaucoup moins compréhensive.
— Je ne suis pas foutu de penser tellement c’est le bordel dans ma tête ! Elle y a mis un putain de merdier !!!
— Elle a besoin de toi ! Tu ne peux pas tout envoyer balader ! proteste Tessa si fort que la petite remue dans son lit.
J’empoigne Tessa et la fais sortir de force. Dans le couloir, je rabats la porte et toise méchamment la jumelle de Laura.
— Je n’ai pas besoin d’entendre tes leçons de morales, Olsen ! Je me démerde comme je peux avec ce que ta sœur a fait !
— Bah, démerde-toi mieux, abruti !
— Putain, tu me rends barge, toi ! Tu parles, mais jamais tu n’essaies de te mettre à ma place ! À t’écouter, il faut que je sois irréprochable, mais tu n’en as rien à carrer de ce qu’elle m’a infligé !
— Bien sûr que non, mais, Mac, elle est là ! Elle a un nouveau cœur et elle est en vie ! On peut enfin tourner la page et reprendre notre quotidien là où on l’a laissé avant que tout se mette à déconner !
— Où exactement ? l’interrogé-je excédé. Où les choses doivent-elles recommencer ? Parce que du moment où ta sœur est entrée dans ma vie elle n’a fait que de me raconter des bobards ! Dès l’instant où j’ai fait ta connaissance, tu n’as pas cessé de me mentir, toi aussi !
— Nan, mais je rêve !
— Je vous trouvais tellement différentes toutes les deux, mais finalement, vous êtes pareilles : deux foutues menteuses moralisatrices !
Sa mâchoire s’en décroche.
— À chaque fois où je me dis que je vais me reposer sur toi, te confier mes angoisses, je me rends compte que tu es comme elle, tu ne vois que tes intérêts, mais moi tu n’en as rien à foutre !
De ses deux mains, elle me repousse.
— Espèce de connard, crache-t-elle les dents serrées. Ma sœur n’a jamais cessé de penser à toi. Tout ce que Saige fait, elle le fait pour toi !
— Comme préférer mourir ?! C’est pour moi qu’elle a fait ça ?
— Elle était paumée ! Tu es parti et elle a cru vous avoir perdus ! C’est de ta faute aussi !
— Excuse-moi !?!
— Si tu ne l’avais pas laissé dans l’ignorance...
— Nan, mais j’hallucine !!!
— Je peux savoir ce qui se passe ici !?
La voix grave et autoritaire de Marcus ramène le calme et le silence entre Tessa et moi. Pour autant, nous ne cessons pas de nous défier dans nos regards.
— Je pense que tout le monde est fatigué, ce soir. Une bonne nuit de sommeil nous remettra à tous les idées en place. Tessa, descends souhaiter bonne nuit à ta mère et va te coucher.
— Mais... se rebelle-t-elle.
— Je ne veux plus rien entendre !
Tessa me lance un dernier coup d’œil assassin avant de remonter le couloir en n’oubliant pas de me bousculer au passage.
— Tu n’es qu’une emmerdeuse, Olsen !
Mais le regard réprobateur de Marcus me fait vite regretter mes paroles.
— Je sais que Tessa n’est pas toujours très facile...
Sans déconner...
— Mais tu sembles avoir un talent naturel pour faire enrager les gens autour de toi !
— Il faut bien que j’arrive à m’en sortir pris au piège entre les deux siamoises !
Même s’il tente le dissimuler, je vois un rictus se former à la commissure de ses lèvres.
— Je peux me débrouiller avec Saige, mais Tessa...
— Tessa a passé sa vie à ne penser qu’au bien-être de Saige ! me coupe-t-il sur un ton désapprobateur. Elle a tout fait en fonction de sa sœur et ça depuis toujours ! Aujourd’hui, elle a 25 ans et elle n’a pas encore réussi à commencer sa propre vie parce qu’elle ne sait pas vivre autrement qu’avec Saige. Ça me peine de vous voir vous chamailler, car finalement, tout ce qui compte pour vous, c’est Saige !
— Je ne voulais pas être dur avec elle, mais elle n’essaie pas de se mettre à ma place...
— Mais est-ce vraiment son rôle ?
— Je pensais pouvoir la considérer comme une amie. J’en viens à me demander si c’est possible !
— Oui, ça l’est, mais elles sont sœurs et ça comptera toujours plus que n’importe quoi ou n’importe qui...
Je me pince l’arête du nez en soupirant.
— J’imagine...
— Pourquoi es-tu tellement en colère après ma fille ?
Je pointe mon index en direction du couloir où Tessa vient de disparaître.
— Elle ne fait pas le moindre effort pour essayer de se mettre un peu à ma place !
— Je ne parle pas de Tessa, mais de Saige ! Pourquoi lui en veux-tu ?
M’adossant au mur, j’enfonce les mains dans les poches de mon jean en fixant le sol fait d’un bois joliment vieilli qui craque sous nos pieds.
— Vous êtes un homme intelligent, Marcus. Vous savez parfaitement ce que je lui reproche !
— Tu as de très bonnes raisons de lui en vouloir, je l’admets, mais qu’est-ce qui te retient de souffler maintenant que le plus dur est derrière nous ? Les semaines, les mois à venir ne seront pas aisés pour Saige, mais il y a de l’espoir !
— Elle a baissé les bras ! Elle n’a pas cherché à se battre...
— Ne crois pas que ça ne m’a pas profondément touché que tu doives m’appeler pour m’apprendre à quel point son cas était désespéré et qu’elle était prête à renoncer à son unique chance de vivre, mais j’essaie de voir au-delà de ça parce que je ne peux pas comprendre tout ce qu’elle a enduré depuis sa naissance. J’ai assisté à tout, j’ai surmonté ça avec elle, mais ce que Saige a ressenti au plus profond d’elle-même, je l’ignore et toi aussi !
— C’est bien ça le problème...
— Que tu l’ignores ?
— Non Marcus, ce qui m’inquiète, c’est ce qu’elle a dans la tête ! Oui, c’est insaisissable, mais ça impacte sur toute sa vie, sur celle qu’on a essayé de bâtir tous les deux. Elle s’en veut de tout ce que vous avez dû surmonter à cause de sa maladie, de tout ce que j’ai dû affronter après la mort de ma famille et ça lui pourrit l’existence, mais surtout ça lui fait faire des erreurs.
— Elles sont impardonnables ?
Mes mains s’abattent sur mon jean.
— Franchement, je n’en sais rien ! J’aimerais que tout soit plus simple, mais bon sang, il s’agit de ma sœur, Marcus, c’est trop énorme !
Je me tais quand je crois que je vais chialer. Le père de Saige doit le sentir, car il pose amicalement sa main sur mon bras.
— Je suis désolé, mon grand. Désolé que tu sois contraint de replonger dans cette partie de ton passé.
— J’ai accepté de l’affronter pour elle, admis-je avec pudeur. Je voulais lui offrir le reste de mon existence et pour ça, je devais me réconcilier avec ma vie, mais Saige est mon avenir comme elle est mon passé et j’ignore dans quelle mesure je peux m’y faire.
— J’arrive à me mettre à ta place et je sais que tu veux le meilleur pour elle comme pour toi. Je vois que tu l’aimes profondément et quoique tu décides, Macsen, le plus important est que tu sois sincère avec elle, mais aussi avec ce que tu ressens au fond de toi.
— J’ai besoin de temps et d’espace pour accepter qu’elle soit qui elle est. Lorsque je pose les yeux sur elle, je ne vois que Legacy...
Je regarde affectueusement Marcus.
— Je suis heureux qu’elle ait eu son cœur. Personne ne le mérite plus que votre fille et je suis très fier d’être tombé amoureux d’elle, encore plus d’être aimé d’une femme aussi fascinante, mais pour le moment, ce n’est plus suffisant. Mon amour pour elle n’est pas assez fort pour m’aider à faire le deuil de ma sœur maintenant que je sais comme elles sont connectées, toutes les deux. J’ai des choses à régler avec moi-même et c’est impossible en restant auprès de Saige.
— Alors, tu dois lui dire, Macsen ! Demande-lui de t’accorder ce dont tu as besoin et ne lui donne pas plus d’espoir que tu ne peux lui offrir.
— Comment suis-je censé renoncer à la seule femme que j’ai jamais aimé e ? Je n’éprouverai plus jamais ça pour personne.
— Saige saura ce qu’il y a de mieux pour vous. Fais-lui confiance !
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