Legacy, Tome 2- Life

Elma Hilde · Chapitre 9 sur 42

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Legacy, Tome 2- Life

De nouveau, je replace le verre à…

Macsen #10

 

 

De nouveau, je replace le verre à vin et celui à eau en face de l’assiette en porcelaine dressée sur la nappe immaculée. Un petit rire moqueur provenant de la cuisine me détourne de ma tâche. Laura, affairée à terminer la préparation de notre dîner, me regarde un air malicieux en coin.

— C’est la dixième fois que tu vérifies la table...

— Je veux seulement que...

Je hausse les épaules.

— En fait, je ne sais même pas ce que je fais, lui avoué-je avant de rire de mon propre comportement.

— Vraiment ? Moi, j’ai ma petite idée.

— Quelle est ta théorie, mon génie ?

Ma sublime Laura fait le tour de l’îlot pour venir se blottir contre moi.

— Ce dîner te rend nerveux. Tu as peur qu’il ne se passe pas comme tu l’imagines et tu t’assures que tout soit parfait.

Je l’étreins et cherche dans ce contact un peu de réconfort. Laura a raison. Je redoute que cette soirée ne se déroule pas comme je le voudrais. Il ne s’agit pas simplement d’un repas en famille avec Nicole et Robert ; si c’était le cas, je ne serais pas aussi angoissé. En réalité, je m’apprête à leur révéler un aspect de ma nouvelle vie et j’ai peur de les décevoir.

Ce soir, pour la première fois, ma tante et mon oncle vont venir souper dans mon appartement en présence de la femme que j’aime, mais surtout de notre princesse. Laura a su les charmer lors de leur première rencontre et je n’ai aucun doute que Tempérance sera à la hauteur de sa mère. Ce qui me rend songeur est le fait qu’il y a des mois que je leur cache l’arrivée de cette petite fille dans ma vie et la place qu’elle y occupe maintenant que sa mère biologique l’a abandonnée. Je les ai si souvent tenus loin de mon quotidien, de tout ce qui m’arrivait. J’ai peur qu’ils croient que je ne leur accorde pas assez d’importance pour leur parler de mon enfant. Le problème vient uniquement de moi ; je n’étais pas prêt à leur livrer cette nouvelle part de mon existence.

— Mac, tu ne mesures pas l’amour que te porte Nicole.

Laura m’offre le bonheur de pouvoir me plonger dans son immense regard.

— Pour elle, tout ce qui compte le plus au monde est que tu sois heureux. Ce soir, tout ce qu’elle verra est que tu es incroyablement épanoui dans ton rôle de père. C’est la seule chose qu’elle retiendra de sa rencontre avec sa petite fille.

— Tu penses qu’elle la considérera ainsi ?

La trouver secouant la tête la mine désespérée me fait glousser. La paume de sa main vient épouser ma joue.

— Macsen Cole, tu n’as aucune conscience que tu comptes vraiment pour les gens qui t’entourent. Il est temps que tu t’ouvres à cet amour-là également. Par respect pour tes parents...

Elle fait la moue.

— Et parce que tu ne t’es jamais montré très abordable, ta tante et ton oncle ont été contraints de rester à leur place. Pourtant, je sais au plus profond de moi que tu représentes bien plus à leurs yeux que ce que tu imagines. Tu es leur petit garçon Macsen et rien ne pourra changer ça.

Je souris en pressant mon front contre le sien.

— Je veux qu’ils prennent la place qu’ils désirent dans la vie de notre fille, mais j’ignore comment le leur faire savoir.

— Je pense que le plus beau cadeau que tu pourrais leur faire est de leur offrir le rôle que tu souhaites leur donner. Ils attendent que tu leur ouvres ton cœur, ils espèrent que tu les laisses entrer dans ta vie. C’est toi qui détiens le pouvoir, Macsen.

Tendrement, je lui demande :

— Qu’est-ce que je ferai sans toi ?

Ses mains remontent le long de mon dos et presse doucement ses lèvres sur les miennes. Je sens son sourire.

— Tu ferais ce qu’il faut mon amour, tu fais toujours ce qu’il faut...

Je ris.

— C’est nouveau, ça !

Je l’embrasse langoureusement quand on sonne à la porte de l’appartement. Mon stress monte d’un cran à l’approche de ce moment aussi attendu que redouté. Laura est la première à remuer. Elle passe derrière et sa main vient fouetter mon postérieur. 

— Bouge ton beau petit cul, Cole ! m’ordonne-t-elle, en trottinant en direction du couloir.

— Fais attention à ce que tu fais, Ingalls, rétorqué-je avec sérieux. Je pourrais en redemander.

Dans un mouvement sensuel, elle balance la tête sur le côté ce qui fait remuer sa chevelure ondulée et rousse.

— J’ai toujours su que ça finirait ainsi, badine-t-elle le visage irradiant de beauté.

— Comment ?

— Moi te mettant la fessée, bien sûr !

J’éclate de rire. Elle me fait un clin d’œil.

— Va chercher Tempé, je vais leur ouvrir.

Elle disparaît dans l’entrée. De mon côté, je gagne le salon où se trouve le parc de Tempé.

— Tu viens voir papa, ma princesse ?

Ma chipie lève son beau visage vers moi et me tend les bras.

— Baba !

— Oui, mon cœur, dis-je avant d’embrasser sa joue charnue.

Je marche vers la salle à manger.

— Papa aimerait te présenter deux personnes très importantes pour lui et je suis certain qu’elles le deviendront pour toi aussi.

Depuis l’endroit où je me trouve, j’entends Saige échanger quelques mots de bienvenue avec Nicole et Robert. Ils discutent une seconde avant qu’elle ne les invite à la suivre. Mon cœur se met à battre la chamade quand elle apparaît. Une vague de chaleur, conséquence directe de mon état de stress, me submerge lorsque ma tante lui succède.

— Bonsoir...

Son sourire ravi s’estompe instantanément quand son regard se pose sur le bébé lové contre moi.

— Tata, articulé-je le timbre toujours aussi hésitant. Je voudrais te... euh...

J’ai un coup d’œil pour Laura et sa mine réconfortante m’insuffle une bonne dose de courage.

— Si Laura et moi tenions tant à vous avoir à dîner, ce soir, c’était pour vous présenter cette adorable princesse.

Je manipule Tempé de sorte qu’elle soit face à eux.

— Cette belle poupée s’appelle Tempérance, leur expliqué-je avec plus d’assurance. Et c’est notre fille.

— Macsen, murmure Nicole sans quitter la petite du regard. Tu as... vous avez...

Ses yeux se remplissent de larmes.

— Oh, mon Dieu...

Elle porte une main à sa bouche. Je m’intéresse à Tempérance.

— Tempé, mon cœur, tu dis bonjour à ta grand-mère...

Le sanglot qui s’ensuit me fait lever la tête. Voir ma tante dans un tel état d’émoi m’exhorte à avancer jusqu’à elle. Là, je la prends dans mes bras.

— Enfin, si c’est ce que tu souhaites, ajouté-je avant de l’embrasser. Rien ne t’y oblige, mais cette enfant aurait une veine incroyable de t’avoir dans sa vie.

Plus timidement, je poursuis :

— J’en sais quelque chose...

— Oh ! Macsen, sanglote Nicole, en me serrant dans ses bras en retour. J’ai eu beaucoup de chance moi aussi.

Avec ce que j’interprète comme de l’appréhension, elle câline la joue de Tempérance.

— Bonjour, petit trésor, lui dit-elle comme si elle ne parvenait pas à croire qu’elle soit réelle. C’est vrai ce que dit ton papa, tu es très belle.

Nous échangeons un regard attendri.

— Je suis heureux que tu sois là, il y a des choses dont je dois te parler.

— Et je t’écouterai, mon chéri.

— Tu aimerais la prendre ?

— Je ne voudrais pas l’effrayer. On ne se connaît pas encore, toutes les deux.

— Elle n’est pas timide !

Je m’adresse alors à ma fille.

— Tu vas avec grand-mère ? Je crois qu’elle adorerait que tu lui fasses un de ces gros câlins dont tu as le secret.

Comme je m’y attendais, mon trésor ne se fait pas prier. Nicole lui offre ses bras et la petite s’y jette sans la moindre hésitation. Robert s’approche et capture sa main entre ses doigts.

— Alors toi, tu es une fillette absolument adorable et je suis ravi de faire ta connaissance, Princesse.

Tempérance rit aux dires de Robert. Après l’avoir embrassé, il se tourne dans ma direction.

— Tu n’as de cesse de nous étonner, ces derniers temps…

Je sens un nœud énorme se former dans ma gorge. Je crois que je vais suffoquer.

— Et des surprises comme Saige ou Tempérance ne peuvent que nous combler de bonheur, Macsen.

Comme je suis toujours un mec bourré de fierté, je ne laisse rien paraître de cet immense soulagement découlant des propos tenus par mon oncle. Il me rejoint et m’offre l’accolade la plus franche et la plus intime que nous ayons jamais partagée.

Et vous imaginez bien que ça ne nous est pas arrivé souvent, hein !

— Merci, Robert !

Saige pose son bras sur mes hanches et m’embrasse tendrement.

— Mon amour, dit-t-elle contre ma joue. Tu es si beau quand tu es heureux.

Je lui rends son baiser.

— Et ça n’aurait jamais été possible si tu n’étais pas entrée dans ma vie, Laura.

Nous sentant épiés par nos invités, nous nous éloignons l’un de l’autre. Je les convie à s’asseoir au salon pendant que Saige et moi servons l’apéritif.

**

 

— Tempé s’est endormie, nous annonce Saige en revenant de la chambre de Tempérance, Nicole sur les talons.

Toutes les trois sont parties, il y a un moment, quand la petite a montré des signes de fatigue. Sa mère a décrété qu’il était l’heure de dormir et a proposé à Nicole de se joindre à elle pour la coucher. Évidemment, celle-ci a sauté sur l’occasion !

Pendant leur absence, mon oncle et moi avons bavardé de tout et de rien en buvant un verre de vin. Cependant, à leur retour, ma tante semble changée ; elle est songeuse. Si jusqu’ici la présence de Tempérance a détourné son attention, maintenant que le bébé dort, je suppose qu’elle a une myriade de questions à me poser.

Quand faut y aller…

— Tata, est-ce que tu te sens bien ?

Mon intervention coupe court à sa réflexion solitaire et silencieuse.

— Oh, oui, très bien...

J’adopte une posture bien moins décontractée.

— J’imagine que tu as certaines interrogations…

Elle me fait un sourire confus, comme si elle s’excusait déjà de s’introduire dans ma vie.

— Disons que j’aimerais comprendre, je le reconnais…

Laissant courir mes doigts le long de ma barbe, je cherche la meilleure entame à cette conversation vouée à être délicate, mais les mots ne me viennent pas aisément. Autour de l’apparition de Tempé dans mon existence, il y a certains détails peu flatteurs, comme par exemple ma réaction en trouvant la petite dans les bras de Saige lorsque sa mère l’a abandonné. Logiquement, je ne suis pas vraiment pressé de leur dévoiler cette facette de ma personnalité qui me fait profondément honte.

— Et je veux t’apporter des réponses, seulement, je ne sais pas vraiment par où commencer...

Laura capture ma main dans la sienne et se penche pour me donner un baiser.

— On fait tous des erreurs, Mac...

Cette nana lit dans mes pensées, ce n’est pas possible...

— Le plus important est de les corriger et d’en tirer des leçons.

Elle me fait un clin d’œil.

— Exactement ce que tu as fait avec Tempérance !

Je la remercie d’un sourire et me racle doucement la gorge avant de prendre la parole. Trouver l’aisance de parler de mon enfant n’a jamais été aussi compliqué. Les yeux de Nicole et Robert sont braqués sur moi et l’idée qu’ils puissent me juger me paralyse.

— J’ai toujours su que Tempé existait, commencé-je mon récit sans trouver le courage de lever le nez de mon assiette. Sa mère biologique m’a appris sa grossesse dès le début. Avec elle, ça a été comme toutes les autres fois, une histoire sans lendemain. Pas d’attaches, pas de sentiments, c’est tout ce que je voulais. Et puis, vu le mode de vie de sa génitrice, je ne pouvais pas avoir la certitude d’être le père du bébé alors, je l’ai envoyée balader.

J’ose enfin une œillade vers mes « parents » et les trouver à l’écoute, sans le moindre signe de désapprobation ou de déception sur leur visage me libère un peu de ce poids qui me pèse sur la conscience.

— Je l’ai revu seulement le jour de l’accouchement. Elle s’est présentée à UC quand elle a perdu du sang. Je l’ai fait admettre à l’hôpital et Tempé est venue au monde. J’ai payé tous les frais médicaux et sa mère a commencé à me parler de pension. J’ai eu la sensation qu’elle n’était là que pour mon fric alors, ça m’a conforté dans l’idée qu’elle se servait du bébé pour obtenir du pognon. Comment croire que j’étais bien le père ? Je lui ai dit qu’elle n’aurait rien de plus de ma part, qu’elle pouvait s’en aller et c’est ce qu’elle a fait... Jusqu’à il y a quelques mois...

J’échange un regard avec Laura.

— Macsen était au bloc quand Debra, la mère de Tempé, est revenue à l’hôpital avec elle. C’est donc moi qui l’ai récupérée. Selon ses dires, tout était arrangé avec Mac, il devait la prendre pour le week-end. Je lui ai suggéré d’attendre qu’il sorte de son opération avant de partir, mais elle a déposé Tempé dans mes bras, m’a laissé quelques affaires et s’est sauvée.

— Depuis, on ne l’a plus revue, poursuit Macsen.

— Ce week-end n’avait jamais été programmé entre vous ? me questionne Nicole.

— Je n’avais jamais eu de nouvelles ! Cette fille désirait seulement...

— L’abandonner, finit ma tante.

J’acquiesce.

— Quand j’ai vu Laura avec ce bébé dans les bras, j’ai totalement paniqué. Tout ce que je voulais, à ce moment-là, était de mener ma vie comme je l’avais toujours fait. Je n’étais pas prêt à assumer un enfant que je ne connaissais pas et qui ne m’avait jamais vu, alors j’ai...

Je me tais et inspire un grand coup.

— J’étais tellement con à cette période de ma vie !

— Mac m’a demandé de veiller sur le bébé...

J’observe Laura tandis qu’elle tente d’embellir ce que j’ai fait ce jour-là.

— Non, ma puce, ce n’est pas vraiment ainsi que ça s’est passé...

— Mac...

— J’ai agi comme un enfoiré et tu le sais ! Oui, je ne suis plus le même et je me suis rattrapé, mais ça ne change rien à ce que j’ai fait !

— Qu’est-ce que tu as fait ? cherche à savoir ma tante.

La mine coupable, je poursuis mon récit.

— J’ai forcé Laura à prendre la petite avec elle en menaçant d’appeler les flics pour leur remettre le bébé si elle ne s’en occupait pas, avoué-je, coupable.

— Macsen...

— Je suis désolé, me contenté-je de répondre. Je n’étais pas quelqu’un de bien...

— C’est comme ça que j’ai emménagé ici, embraye Laura pour me venir en aide. Ça n’a pas été simple au début, je l’admets, mais très vite, Tempé a su gagner le cœur de son père. Ce n’est pas moi qui ai changé Mac, c’est sa fille.

— Tu n’y es pas étrangère, non plus !

— Mais sa mère est quelque part. Elle peut revenir dans sa vie à tout moment, s’exprime Robert.

Je me tourne un peu brusquement vers lui.

— Sa maman, c’est Laura ! Cette foutue junkie n’a jamais su s’occuper de ma fille, elle l’a abandonnée ! Laura lui a donné tout l’amour dont elle avait besoin !

Mon oncle lève les mains en l’air en signe d’apaisement.

— Attends, je ne suis pas en train de remettre en question la légitimité de Saige dans la vie de cette petite fille, seulement, je pense d’une manière plus pragmatique. Tu n’as pas reconnu cet enfant, Saige n’est pas liée à elle par le sang, vous n’avez aucune autoritaire sur Tempé !

— Mais, s’emporte Macsen.

— Tu l’aimes, s’interpose Robert. Je le vois parfaitement et vous semblez être de très bons parents pour cette petite. Je n’ai pas le moindre doute à ce sujet. Ton rôle est de protéger ton enfant, le mien est de te préserver toi ! Je ne dis pas que ce que vous faites est répréhensible, juste que vous devez vous prémunir de cette femme dont on ignore les motivations.

Je dois bien admettre que le discours de mon oncle ne manque pas de sens : on doit s’armer contre Debra ! Même si je la vois mal revenir dans la vie de ma fille…

— Avec Laura, on a déjà parlé de mettre de l’ordre dans cette situation. Je veux reconnaître Tempé et faire de Laura sa maman.

— Dans ce cas, il faut entamer les démarches ! Sans la présence de la mère, ça pourrait être plus simple.

— J’imagine que son absence jouera en notre faveur, ajoute Nicole.

— Dès demain, j’appellerai notre avocat, poursuit Robert. Il m’expliquera la marche à suivre, mais je pense que dans un premier temps, il faut déclarer l’abandon maternel auprès des autorités.

— Je suis d’accord avec Robert.

— On va prendre contact avec Phil, il viendra vous voir !

J’observe Laura en biais. Depuis notre escapade à Winthrop, nous n’avons plus évoqué mon désir qu’elle adopte Tempé.

— Laura ?

Elle cligne des yeux à plusieurs reprises comme pour chasser ses pensées.

— Si tu as besoin de temps pour y réfléchir…

Elle s’étire sur sa chaise et m’embrasse. Plongés dans le regard de l’autre, elle me dit :

— Je ne veux pas qu’elle soit ma fille, Mac, elle l’est ! Tempé est à moi !

Je souris comme un gamin quand je comprends qu’elle va m’offrir ce que je désire le plus au monde : notre famille !

— Et je suis à toi, moi aussi...

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